Croatie: les rescapés des camps dénoncent la fascisation de la société

RTBF, 22 avril 2016 :

La Croatie commémorait ce vendredi la libération du camp de concentration de Jasenovac où des dizaines de milliers de Serbes, de Roms et de Juifs trouvèrent la mort pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais cette année, les cérémonies ont été boycottées par les associations de victimes et d’anciens combattants yougoslaves pour dénoncer la dérive fasciste de la société croate, encouragée selon elles par le gouvernement conservateur.

Comme chaque année, Nadir Dedić et sa femme Fatima sont venus à Jasenovac. Les deux octogénaires sont les derniers rescapés du camp de concentration issus de la communauté tzigane.

Aujourd’hui, Nadir est là, mais il reste à l’entrée du mémorial. Pour lui, pas question de participer aux cérémonies officielles : « C’est dommage, mais on ne peut pas mettre ensemble les partisans antifascistes et les racistes, et les nazis. Ici, vous savez ce n’est pas ceux-là qui manquent. Mais que moi j’aille les écouter, jamais ! »

Graffitis racistes

Depuis plusieurs mois, la Croatie a pris un virage très à droite, qui rappelle les sombres années 1990, celle du président nationaliste Franjo Tudjman. Des néo-chemises noires paradent dans la capitale Zagreb, des graffitis racistes recouvrent les murs de tout le pays.

Le 22 mars dernier lors du match contre Israël, les supporters croates ont même crié des saluts nazis et ils ont aussi appelé à tuer les Serbes. La seule réponse de la présidente Kolinda Grabar Kitarovic a été de condamner toute forme de totalitarisme, mettant sur le même plan les crimes nazis et les crimes communistes yougoslaves. Comme en 2015, elle a encore refusé de venir cette année à Jasenovac. Zlatko Hasanbegovic, le nouveau ministre la Culture, un historien révisionniste, avait par contre fait le déplacement. Plus de vingt ans après la fin de la guerre, la Croatie n’arrive toujours pas à chasser les démons du passé.

Libération, 22 avril 2016 :

La cérémonie officielle, ce vendredi, autour du troisième camp le plus meurtrier derrière Auschwitz et Treblinka cristallise les tensions dans un pays en proie à de vives discordes. Le gouvernement de droite nationaliste est accusé de relativiser le passé oustachi du pays.

Les Juifs de Croatie, associés aux Serbes de Croatie et aux associations antifascistes du pays, ont décidé de boycotter la cérémonie de commémoration, ce vendredi, de l’insurrection du camp d’extermination de Jasonevac (22 avril 1945). La raison principale : la recrudescence de l’idéologie des oustachis, qui serait encouragée par le gouvernement de droite nationaliste au pouvoir depuis janvier 2016.

Organisation terroriste clandestine à ses débuts, le mouvement des oustachis («insurgés» en serbo-croate) a profité de l’invasion de la Yougoslavie en 1941 pour prendre le pouvoir en Croatie. Alliés précieux des Allemands et des Italiens lors de la guerre, les oustachis et leur chef Ante Pavelic ont participé activement à l’extermination des populations juives, serbes, roms et tsiganes de Croatie.

Un ministre de la Culture révisionniste

Le camp de Jasenovac, surnommé le «Auschwitz croate», fut le seul camp d’extermination non géré par les nazis. Bien qu’il ne possédait pas de chambres à gaz, le camp s’est illustré dans la barbarie de ses exécutions par épuisement, par arme à feu et arme blanche, mais aussi au marteau et par des jets de pierres. Selon le musée du Mémorial de l’Holocauste à Washington, environ 100 000 personnes ont péri à Jasenovac. Parmi les 40 000 Juifs de Croatie, 75% ont été tués par le régime oustachi entre 1941 et 1945.

Début avril, la principale organisation juive de Croatie s’était inquiétée des «événements quotidiens qui relativisent les crimes du régime oustachi pendant la Seconde Guerre mondiale et revitalisent l’idéologie oustachie». En effet, depuis l’investiture du gouvernement ultranationaliste du Premier ministre, Tihomir Oreskovic, les provocations se multiplient. La plus marquante est sans nul doute la nomination comme ministre de la Culture de Zlatko Hasanbegovic, un historien ouvertement révisionniste et ancien membre d’un groupe pro-oustachi créé par Ante Pavelic lors de ses années d’exil. L’homme se revendique comme anti-antifasciste.

Héradication de l’héritage yougoslave

Le football croate est également fortement marqué par les actes pronazis : le 23 mars, lors d’un match amical entre la Croatie et Israël, des supporteurs croates ont perturbé la rencontre en scandant des «Sieg Heil» et «Za domm spremni», le cri de ralliement des oustachis, sans aucune réaction des autorités, alors que la présidente de la République était dans les tribunes.

Une politique d’éradication de l’héritage yougoslave et communiste est, en outre, menée par le nouveau gouvernement qui supprime progressivement toutes les références au mouvement des partisans qui a libéré la Croatie des oustachis en 1945. Les organisations juives, roms, serbes et antifascistes du pays ont préféré se recueillir de leur côté, lors de commémorations parallèles, pour honorer la mémoire des victimes de la barbarie nazie et oustachie.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s