Egypte, 3 juillet, 20 h 15 : coup d’État dans la révolution

C’est assurément un coup d’Etat militaire qui est en cours, mais un coup d’Etat dans la révolution. 

Le but de ce coup d’Etat, en renversant Morsi, n’est pas d’affronter la révolution, la briser mais plutôt la contenir, la freiner, l’empêcher d’aller jusqu’au bout de ce qu’elle porte.

L’armée avait déjà fait la même chose  en février 2011 lorsqu’elle avait lâché Moubarak au moment où il y avait eu des appels à la grève générale et que tout montrait qu’ils commençaient à être suivis. En lâchant l’accessoire, Moubarak, l’armée préservait l’essentiel, la propriété des possédants. Elle recommence aujourd’hui la même chose.

La contestation permanente ne cesse pas en Egypte depuis plus de deux ans, qui s’amplifie depuis décembre 2012 et qui est quasi non stop depuis cette date, avec une extension considérable des conflits sociaux puisque des records historiques mondiaux de grèves et de protestations sociales marquent l’Egypte depuis le début de l’année. Or ces mouvement sociaux ont trouvé une cristallisation politique extraordinaire au travers la campagne Tamarod qui arrivait non seulement à obtenir 22 millions de signatures contre Morsi mais mobiliser des millions et des millions d’égyptiens dans les rues pour exiger la chute de Morsi.  Il n’était pas difficile de comprendre que si la rue faisait tomber Morsi, c’était la porte ouverte à un déferlement de revendications sociales et économiques qui  allaient s’attaquer aux riches, aux possédants,  à la propriété et donc aussi à l’armée puisque c’est le plus grand des propriétaires en Egypte, aussi bien dans le domaine industriel qu’agricole ou commercial. Il lui fallait éviter cela.
Évidemment elle aurait pu s’en prendre directement au mouvement social et faire front avec les Frères Musulmans et accessoirement le FSN contre la révolution en marche.


Le problème pour elle c’est qu’elle ne le pouvait pas.

Elle avait déjà tenté un coup d’Etat contre la révolution en juin 2012, fait quelques pas dans ce sens mais avait finalement reculé, devant la mobilisation populaire, quelle avait  d’autant plus craint à l’époque, qu’après et malgré deux ans de répression féroce ( plus de 11000 condamnations de militants par des tribunaux militaires, des tortures, une répression féroce) le mouvement social était plus vivant que jamais, n’avait pas peur alors et  surtout que ses propres soldats paraissaient moins sûrs que jamais. Il y avait eu des révoltes à la base de l’armée et de la police, on avait vu des officiers manifester avec les révolutionnaires. La direction de l’armée avait alors craint que son appareil militaire ne se dissolve dans cette épreuve. C’est pour ça qu’ils avaient finalement confié le pouvoir aux Frères Musulmans qui paraissaient les seuls à avoir un appareil ( 2 millions d’adhérents) et une idéologie influente, la religion, pour endiguer cette révolution qui ne cessait pas.

Or là, en juin 2013, elle se trouvait dans une situation encore pire.

Les Frères Musulmans ont perdu toute leur influence, le poison religieux ne marche plus ou moins,  et le mouvement révolutionnaire était bien plus fort qu’en janvier 2011, infiniment plus nombreux dans les manifestations, sur un fond de luttes sociales bien plus importantes qu’en janvier 2011 et beaucoup plus expérimenté avec de nombreux militants qu’il n’avait pas en 2011.  S’opposer au mouvement aurait voulu dire perdre probablement l’armée qui se serait disloquée, seul rempart entre la révolution et la propriété. Car le FSN ne pèse d’aucun poids réel même s’il a fait preuve de bonne volonté contre la révolution plusieurs fois.

L’armée a donc préféré ne pas affronter la révolution, mais tenté d’en détourner le cours, momentanément.

Bien sûr, on peut se demander pourquoi le mouvement révolutionnaire a accepter cette collaboration momentanée de l’armée à leur cause alors qu’ils sont très nombreux à savoir qu’on ne peut pas faire confiance à l’armée pour l’avoir connue, à travers ses prisons, ses tortures et ses mille violences ? Tout simplement parce que si le mouvement est très fort, leur conscience l’est un peu moins, même si elle grandit. Non pas qu’ils ne sachent pas quel peut-être le danger d’un coup d’Etat militaire à ce moment, mais parce qu’ils ne savent tout simplement pas bien encore ce qu’ils veulent et quoi faire, quels objectifs avoir. Il est significatif que ce soient des démocrates, révolutionnaires certes, mais démocrates surtout, qui ne jurent donc que par les bulletins de vote et la démocratie représentative, qui se soient trouvés à la tête de ce mouvement avec le seul objectif d’organiser de nouvelles élections présidentielles mais qui ne veulent en aucun cas se faire les représentants des revendications sociales des plus pauvres, même pas de leur antilibéralisme et encore moins de leur anticapitalisme. La faiblesse du mouvement était donc ses chefs ou plus exactement, sa conscience,  ce qu’il a en tête qui fait qu’il ait accepté d’avoir de tels chefs.

Dans cette situation, on verra donc l’armée tenter de reprendre des positions, grignoter à nouveau les libertés, réprimer, comme elle l’avait fait après la chute de Moubarak, mais elle aura beaucoup plus de mal pour le faire qu’il y a deux ans, parce que le mouvement est infiniment plus fort et plus expérimenté, et averti de ce qu’est l’armée. Et que cette dernière n’aura plus à ses côtés son ami/rival qu’est la confrérie des Frères Musulmans pour tromper les gens. Enfin la situation sociale est lamentable, l’économie à deux doigts de s’effondrer et c’est pour cela que la majeure partie des gens étaient dans la rue. Or l’armée n’a pas de réponse et est en plus un grand propriétaire ultra riche, bref la cible de beaucoup des luttes sociales. Et ce n’est pas le FSN s’il est admis au gouvernement qui pourra tromper longtemps les pauvres, n’ayant jamais eu une grande autorité auprès de la population et surtout des plus pauvres.
L’avenir est à la révolution. Et pas qu’en Egypte comme on le voit avec la Turquie, le Brésil… Or c’est peut-être de la convergence de ces mouvements, de leurs encouragements réciproques, qu’ils pourront s’enrichir de ce qu’il y a de meilleur dans chacun d’eux , pour finalement avoir une conscience claire de ce qu’ils veulent, des objectifs qui font de la prochaine révolution une révolution clairement sociale et pas seulemnet démocratique.

Il y a un nombre considérable de gens place Tahrir et Ittahidiya, mais aussi devant le palais Qubba et devant le siège de la garde présidentielle. Et ça arrive toujours d eplus en plus. Y aura-t-il plus de monde que les jours précédents ? C’est bien possible.

L’armée bloque les accès aux places où sont concentrés les Frères Musulmans

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Tank à Gizah

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3 réponses à “Egypte, 3 juillet, 20 h 15 : coup d’État dans la révolution

  1. A reblogué ceci sur communismefensch and commented:
    Cette analyse est la plus pertinente pour un marxiste.

  2. J’ai lu que c’était l’Arabie Saoudite et les Emirats qui auraient financé le coup d’état militaire : Ça n’augure rien de bon ni pour la démocratie, ni pour l’économie.

  3. Ping : Égypte, 4 juillet, 18 H 00 : et maintenant les grèves ouvrières ? | Solidarité Ouvrière

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