Des « esclaves d’État » nord-coréens en Europe

La Croix, 28 juillet 2016 :

Pyongyang aurait envoyé des milliers d’« ouvriers forcés » en plein cœur de l’Europe, a affirmé, mercredi 6 juillet, une ONG de défense des droits de l’homme.

Pour contrôler ces travailleurs, le régime menacerait leurs familles restées au pays.

Pas de salaires, pas de papiers, des conditions de travail déplorables en plein cœur de l’Europe. Dans un rapport publié mercredi 6 juillet, l’association Alliance européenne pour les droits de l’homme en Corée du Nord (EAHRNK), en partenariat avec LeidenAsia (centre de recherches néerlandais sur l’Asie), a mis en lumière un système opaque et inédit d’esclavage organisé par un régime : celui du leader nord-coréen Kim Jong-un, qui dépêcherait des centaines, voire des milliers, de travailleurs en tant qu’« esclaves d’État » dans des pays de l’Union européenne (UE), et particulièrement en Pologne.

Il confisquerait ensuite entre 70 et 90 % de leurs salaires pour récupérer des devises fortes, en faisant peser sur leurs familles restées aux pays les menaces d’exécution ou de déportation dans les camps politiques s’ils ne reversent pas « leur dû » aux caisses de l’État.

Près de 50 000 individus dispersés dans le monde

C’est un fait divers dramatique, survenu le 29 août 2014 dans le chantier naval de Gdynia, une station balnéaire polonaise au bord de la mer Baltique, qui a été l’élément déclencheur de cette enquête. Ce jour-là, les vêtements de Chon Kyŏngsu, soudeur nord-coréen affecté à la réparation d’un pipeline, prennent feu. Il décédera le lendemain des suites de ses blessures, le corps brûlé à plus de 95 %. Scrutée par l’inspection du travail polonaise locale, sa mort révèle au grand jour un certain nombre de pratiques illégales maquillées depuis plusieurs années par ses employeurs.

Aucune supervision des tâches, pas d’équipement de protection adéquat, des horaires de travail oscillant entre dix et douze heures par jour, six jours par semaine… Comme « près de 50 000 autres individus » dispersés partout dans le monde – mais principalement en Chine, en Russie, au Qatar et au sein de l’UE – d’après un rapport des Nations unies rendu public l’an dernier, Chon Kyŏngsu était un travailleur étranger esclave, à distance, du régime de Kim Jong-un.
Soumis à des séances d’éducation idéologique

« Ce type d’histoires et de témoignages montre bien que ce ne sont pas seulement la législation européenne, les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) et les droits de l’homme qui sont structurellement violés ici, analyse Agnès Jongerius, représentante des Pays-Bas au Parlement européen et vice-présidente de la Commission de l’emploi et des affaires sociales. Mais que ces pratiques sont avant tout une attaque frontale à l’humanité elle-même. »

En plus d’exercer leur métier dans des conditions déplorables, ces ressortissants nord-coréens seraient, d’après l’ONG, maintenus sous surveillance et soumis à des séances récurrentes d’éducation idéologique. « L’idéologie est non seulement utilisée comme bâton pour battre les travailleurs, mais aussi comme carotte pour les faire marcher : plus ils gagnent d’argent en monnaie étrangère pour le Parti du travail de Corée, plus ils reçoivent un grade honorifique élevé… », déplore l’association dans son dernier rapport.

Des « vaches à devises » pour Kim Jong-un

Qu’ils travaillent dans le bâtiment, sur des chantiers navals ou dans les fermes de l’Union européenne, ces ouvriers ne percevraient pas directement leurs salaires, remis aux mains d’entreprises intermédiaires et reversés aussitôt, par le biais d’accords tacites avec des firmes nord-coréennes, dans les caisses du régime.

« La Corée du Nord est la plus grande agence de travail illégal au monde, elle fonctionne comme une entreprise », affirmait fin mai, Remco Breuker, professeur spécialiste de la Corée à la Leiden University (Hollande) et directeur d’un groupe de réflexion sur les travailleurs nord-coréens, au média d’investigation Vice. « L’Union européenne n’a pas réagi après la publication du rapport de l’EAHRNK, mais j’espère qu’il va faire changer les mentalités », souligne encore le spécialiste.

Considérés comme des produits d’exportation, ces « esclaves d’état » seraient des « vaches à devises » pour le gouvernement de Kim Jong-un, frappé depuis le 2 mars par de nouvelles sanctions monétaires internationales votées par les Nations unies en réponse aux essais nucléaires de Pyongyang.

En tout, ce système de travail dissimulé rapporterait, chaque année, entre 1,2 et 2,3 milliards de dollars (1 à 2 milliards d’euros) au régime. Dont 15 millions (13,6 millions d’euros) en provenance de Pologne.

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Une réponse à “Des « esclaves d’État » nord-coréens en Europe

  1. libreria7mari

    L Europe demande toujours plus d esclave pour le travail et la Corée envoye. Lorsque la Corée envoye moins d esclaves l UE sanctionne !!!

    J'aime

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