Luttes sociales en Algérie

L’Expression, 20 juin 2011 :

Le cercle de la contestation sociale et des mécontentements ne cesse de s´élargir. L´actualité nationale vit au rythme d´un mélange détonnant. Toutes les catégories sociales sans exception demandent leur part du gâteau, issu de la rente. Il est constaté la montée au créneau de nouvelles catégories de corporations portant haut et fort leurs revendications. Elle ne font que hausser le ton de l´exaspération amplifiant le malaise social.

Ces vagues de protestations tous azimuts s´ajoutent à celles déjà existantes sur le front social. La récurrence de ces mouvements est-elle l´effet d´un statu quo qui dure?

La contestation trouve un nouveau foyer suite à l´affichage des listes de bénéficiaires de logements sociaux, comme c´est le cas récemment à Alger. L´affichage est repris timidement sous renforts policiers pour éviter le risque de voir l´opération dégénérer en révolte des mal-logés.

L´opération de distribution de logements par des commissions ad-hoc rencontre des problèmes non seulement dans le cas où la demande est supérieure à l´offre mais il y a aussi des pratiques de favoritisme qui persistent, selon les témoignages de plusieurs postulants malheureux. Que ce soit à El Mouradia, Kouba, Belouizdad, El Madania ou Sidi M´hamed, c´est le même scénario. Les listes rendues publiques font l´objet de vives contestations. Si les mécontentements, qui sont légion, sont atténués un tant soit peu par l´ouverture des recours, on risque en revanche de reporter indéfiniment ces opérations de relogement en restant à ce stade de faire et refaire des listes. Ne semblant pas entendre le vacarme des révoltes arabes ni tirer une quelconque leçon des émeutes dramatiques de logements, les mêmes pratiques d´antan sont perpétuées. A titre d´illustration, on a bien débusqué des étrangers, à savoir un Marocain et deux Tunisiens sur la liste des bénéficiaires de logements rendue publique par une commune d´Alger. Cela a valu la suspension de ses fonctions au maire de cette commune. Dans telle autre commune, on a constaté que les bénéficiaires sont tous originaires de la même région du maire. Les listes seraient sujettes à un atermoiement qui ne dit pas son nom, selon quelques indiscrétions.
Et il n´y a pas que les demandeurs de logements qui sortent dans la rue.

Les maires et les commissaires aux comptes avaient aussi manifesté leur ras-le-bol face à la volonté de l´administration de grignoter sur leurs prérogatives. Le relais est pris par les avocats. Ils remettent en cause un projet de loi en voie d´adoption par la chambre basse du Parlement. Les contestataires y voient un véritable danger pour l´indépendance du droit de la défense. Selon eux, «ce projet de loi remettrait en cause l´Etat de droit. Il vise à réduire davantage tous les espaces de liberté et de défense de la scène publique».

De leur côté, les 7000 médecins résidents en grève depuis trois mois s´apprêtent à démissionner collectivement.

Les communaux, dont le ras-le-bol est directement lié à l´érosion du pouvoir d´achat conjugué à une inflation très élevée, entrent en grève cyclique à raison de deux jours par semaine à partir de demain. Ce sont près d´un demi-million de personnes qui «projettent de marcher sur la Présidence après deux semaines de grève», selon le président du conseil des communaux, Ali Yahia. Suite au débrayage réussi opéré par les 24.000 postiers, c´est au tour des autres travailleurs du secteur de la télécommunication de prendre le relais et réclamer 30% d´augmentation des salaires.

Pour rappel, la grève de 15 jours qu´a connue Algérie Poste a coûté 400 milliards de dinars à l´entreprise publique. Les imams n´ont pas eu besoin d´investir la rue pour que le ministre de tutelle décide à leur profit d´une augmentation substantielle qui varie entre 30 et 50%.

Des milliers de retraités, venus des quatre coins du pays se sont rassemblés le 15 juin dernier devant la Centrale syndicale, à Alger, pour exiger une revalorisation de leurs pensions. Sans détour, ces derniers disent qu´«on ne veut plus attendre la tripartite et les promesses sans lendemain. Faute d´économie productive, tout le monde vit de l´argent du pétrole. donc nous voulons nous aussi notre part de cette rente», disent-ils.

La même situation prévaut au niveau des 10 ports que compte le pays. Les dockers et personnels des entreprises portuaires, qui ne veulent plus attendre la tripartite de septembre prochain, menacent de paralysie, de nouveau, les ports. Les sages-femmes, les contractuels de l´éducation, les anesthésistes, pour ne citer que ceux-là, sont autant de catégories sociales qui menacent de débrayer à leur tour.

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