Blessés lors de la manifestation contre la loi travail : « On croit toujours que ça n’arrive qu’aux autres »

Le Monde, 13 mai 2016 :

« J’ai vraiment l’impression de brûler », se plaint Pascal (le prénom a été modifié), 57 ans, à demi-mot. Il prend son mal en patience, lourdement irrité au visage par un jet de gaz lacrymogène, jeudi 12 mai, lors de la manifestation contre la réforme du code du travail.

Comme lui, une trentaine de personnes ont trouvé refuge, à la hâte, dans la cour d’un presbytère, en face de la paroisse Saint-François-Xavier, dans le 7e arrondissement de Paris. Ils ont atterri dans cet improbable îlot de verdure et de calme dans la confusion des échauffourées, prenant au dépourvu des paroissiens parfois réticents. Le lieu est rapidement devenu une base de repli. Les soignants, des manifestants équipés de matériel de premiers soins, y rapatrient quelques personnes blessées ou choquées.

Dehors, les affrontements continuent d’opposer manifestants et forces de l’ordre, à quelques centaines de mètres de la place Vauban, lieu prévu de dispersion de la marche qui a réuni entre 12 000 et 50 000 personnes – selon, respectivement, la préfecture et la Confédération générale du travail. Le bruit des explosions de grenades résonne dans la cour, les gaz lacrymogènes franchissent l’épais mur d’enceinte. Pourtant, ces violences semblent venir d’un monde parallèle, tout proche et pourtant hors de portée. A l’écart de l’agitation, les manifestants pansent leurs plaies entre les lilas blancs et les glycines, pendant qu’un hélicoptère survole la zone à l’aplomb.

Les déboires de Pascal ont commencé alors qu’il souhaitait quitter le rassemblement :

« Les policiers voulaient nous fouiller avant de nous laisser passer. On était dans une sorte de négociation. Ils n’étaient pas du tout menacés. J’ai dit “laissez-nous passer” et l’un d’entre eux s’est avancé et m’a pulvérisé du gaz lacrymogène en plein visage à moins de trois mètres. En fait il m’a visé moi, mais c’était pour faire reculer les autres. »

Pour David Michaux, secrétaire national de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA)-Police chargé des CRS : « Les sprays lacrymogènes sont l’un des moyens de défense qu’on nous donne. Sur un barrage, si un manifestant vient au contact et se montre agressif, on y a recours. Généralement on ne vise pas le visage », précise-t-il. L’ancien CRS ne peut évidemment pas répondre, a posteriori, d’une situation particulière.

Plus d’une heure après l’épisode qui le concerne, Pascal garde le visage rougi et les yeux injectés de sang. La plupart des blessés qui l’entourent ont quant à eux été touchés par des explosions, celles « des grenades de désencerclement », supposent-ils. Ils ont des ecchymoses, des plaies et des brûlures. Sylvain, professeur de philosophie de 26 ans, a été touché au mollet : « Je ne souffre pas le martyre, relativise-t-il. C’est mon jean qui m’a sauvé, le mec à côté de moi était dans un état bien pire. »

Melvin, lycéen de 15 ans, assure qu’il ne reviendra plus manifester : « Au début j’ai cru que j’aillais perdre ma jambe », s’emporte-t-il. Léo (c’est un surnom), étudiante de 20 ans, attend de pouvoir sortir pour aller passer une radio du genou : « On croit toujours que ça n’arrive qu’aux autres », souffle-t-elle.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/05/13/blesses-lors-de-la-manifestation-contre-la-loi-travail-on-croit-toujours-que-ca-n-arrive-qu-aux-autres_4919490_823448.html#OKl7yBo3uJfwh39M.99

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