Galeries Lafayette de Lyon : «Presque chaque jour, on retrouve un salarié en larmes»

L’Humanité, 17 juillet 2016 :

Les employés des Galeries Lafayette de Lyon Part-Dieu ont débrayé vendredi à l’appel d’une intersyndicale CFDT-CGT-FO pour dénoncer le sous-effectif et la détérioration de leurs conditions de travail. Au bout du rouleau, ils exigent des renforts.

Les salariés sortent au compte-goutte rejoindre les syndicalistes rassemblés devant les Galeries Lafayette de la Part-Dieu, le grand centre commercial de Lyon. Beaucoup ne débrayent qu’une heure ou deux, pour ne pas perdre trop de salaire, mais tiennent quand même à faire savoir leur ras-le-bol. A l’appel d’une intersyndicale CFDT-CGT-FO, de nombreux vendeurs et caissiers se sont mis en grève vendredi pour réclamer de meilleures conditions de travail. Syndiqués et non-syndiqués se confondent, endossant les chasubles des différentes organisations syndicales qui les défendent. « On était plus de 200 employés équivalent temps plein il y a un an et demi, aujourd’hui nous ne sommes plus que 165 ! », résume Nathalie Frachon, déléguée CGT dans le grand magasin. Par le jeu des non-remplacements de départs en retraite, de fins de contrat ou des ruptures conventionnelles, mais aussi en ayant recours à de nombreux démonstrateurs fournis par les marques pour vendre leurs produits au sein de la boutique plutôt que d’embaucher des personnels Galeries Lafayette. « Il y a maintenant plus de démonstrateurs que de salariés Galeries Lafayette dans notre magasin », affirme la cégétiste.

Résultat: des employés en sous-effectif, voire parfois seuls dans leur rayon, sommés de se plier à une polyvalence accrue. « Je suis censée être conseiller de vente, c’est-à-dire de m’occuper de la mise en rayon, du réassort, de l’étiquetage et de conseiller les clients. Mais on me demande de plus en plus d’être en caisse, de vendre des cartes Cofinoga, et de faire de la sécurité en plus du reste », dénonce Marc, employé de 59 ans, qui affirme qu’il veut absolument partir. « Même s’il ne me reste que trois ans avant la retraite, je ne tiendrai pas », affirme le salarié qui se dit « à plat » et ne supporte plus de travailler seul, en sous-sol, avec la musique à fond. Sans compter que si la qualité de service aux clients en pâtit, ce sont aussi les employés qui en font les frais. « Au bout de vingt minutes de queue, les gens s’énervent, ils se défoulent sur nous », témoigne Marc. Claire (prénom modifié) a elle dû vivre avec le sentiment de culpabilité de devoir laisser ses collègues gérer sa charge de travail pendant les trois mois et demi où elle a été arrêtée pour des problèmes de dos. « Le médecin du travail m’a prescrit un fauteuil mais je ne peux jamais m’asseoir », explique-t-elle.

Un rythme d’autant plus difficile à tenir que les dimanches « du maire » travaillés sont passés de quatre à douze, en vertu de la loi Macron, le tout sans embauche pour assurer ces jours supplémentaires. « Et seuls les cinq premiers nous donnent droit à un jour de récupération, les sept autres sont seulement payés double », précise Nathalie Frachon. « Presque chaque jour, on retrouve l’un de nos collègues en larmes. Un tiers des effectifs du magasin a été en arrêt-maladie entre mars et juin 2016 ! », souligne Victor Pietriga, délégué FO, qui précise que les managers ne sont pas épargnés par les pressions et concentrent le plus fort taux d’arrêt-maladies du magasin.

Face au malaise et à la surcharge de travail, syndicalistes et salariés disent ne rencontrer que déni et mépris de la part de leurs supérieurs. « La direction nous dit qu’il n’y a pas de souffrance au travail, pas de problème d’effectifs et que les clients peuvent bien se servir en rayon tous seuls », explique Monique De Filippis, représentants syndicale CFDT, qui, au bout de quarante années de boîte « avec un salaire de 1230 euros net ! », est devenue totalement désabusée. « C’est plus un magasin, c’est une entreprise de BTP ici : on détruit le personnel ! », s’emporte-t-elle. « Pour quoi que ce soit, notre direction ne comprend que le rapport de force », résume, lucide, une salariée de la bijouterie. En attendant, les employés et leurs représentants se préparent à de nouvelles actions pour obtenir au moins le retour des trente-cinq postes perdus « On envisage notamment de voter une expertise sur les risques psycho-sociaux au CHSCT (comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail) », lance Nathalie Frachon.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s