Bachelière avec mention et menacée d’expulsion

La Nouvelle République, 8 juillet 2016 :

Le même jour, Zarema, une jeune Russe réfugiée à Blois, s’est vu notifier un arrêté de reconduite à la frontière et a décroché son bac avec mention très bien.

Le mardi 5 juillet restera un jour de joie mêlée d’une grande tristesse pour Zarema Abieieva. Cette jeune Russe âgée de 20 ans s’est rendue à la préfecture à Blois où on lui a remis trois arrêtés de reconduite à la frontière pour elle et ses parents. Quelques minutes plus tard, elle apprenait qu’elle venait de décrocher son bac professionnel gestion et administration avec mention très bien. Un résultat qui force le respect quand on sait que cette jeune fille est arrivée en France le jour de Noël 2012 sans connaître un mot de français. Quatre ans plus tard, elle parle notre langue pratiquement sans accent et est admise en BTS. « Je ne comprends pas, ces trois années d’efforts et ces bons résultats n’auraient donc servi à rien ? » se demande la jeune diplômée avec amertume.

Originaire du Daghestan, une république de la Fédération de Russie, la famille Abieieva a dû fuir pour sa sécurité. En 2006, le père de Zarema a voulu dénoncer les malversations financières de ses associés dans une entreprise de matériaux. Il a été victime d’une grave agression qui l’a rendu aveugle. Un de ses cousins a été assassiné pour les mêmes raisons tandis que la jeune Zarema a échappé de justesse à un enlèvement. La corruption qui règne dans cette partie du Caucase est généralisée si bien que la famille ne pouvant compter sur les autorités policières et judiciaires n’a pas eu d’autre solution que l’exil. « Nous ne pouvons pas retourner là-bas, assure la jeune fille, nous ne serions pas en sécurité et mon père serait immédiatement arrêté pour ne pas avoir respecté l’interdiction de partir du pays. »

Liberté, solidarité et sécurité

La famille Abieieva a déposé une demande d’asile après son arrivée en France et a pu s’installer dans un appartement à Blois. Malheureusement l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) a rejeté leur requête l’année dernière pour manque de preuve et ce, malgré les témoignages produits par des proches. Zarema et ses parents espéraient que la préfecture leur accorderait un titre de séjour mais là encore, il a fallu déchanter. Alors que le papa souffre d’un méningiome et doit consulter régulièrement un neurochirurgien, l’administration estime qu’il pourra être suivi médicalement au Daghestan.

L’avocate de la famille Me Sarah Lévêque déplore un tel manque de discernement et espère obtenir un délai devant le tribunal administratif.

Le temps presse : en avril dernier, la famille a été expulsée de force de son appartement. Les parents et la jeune fille vivent aujourd’hui dans une chambre d’hôtel à Vineuil. C’est dans ces conditions que Zarema a dû réviser son bac.
Cette situation a ému les professeurs et les camarades du lycée Sonia-Delaunay. La mairie de Blois et le collectif des sans-papiers sont également mobilisés pour trouver une solution. Zarema espère d’ici la rentrée obtenir une carte de séjour étudiante. Pour elle et ses parents, « la France représente la liberté, la solidarité et le droit à la sécurité. »

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