Grève générale au Zimbabwe

Le Monde, 6 juillet 2016 :

Le Zimbabwe tournait au ralenti, mercredi 6 juillet, après un appel à la grève générale lancé par la société civile, un signe supplémentaire du climat de défiance qui règne dans le pays envers le président Mugabe. Cette grève fait suite à plusieurs jours de manifestations, notamment des fonctionnaires, qui n’ont pas reçu leur salaire du mois de juin, faute de liquidités. Seuls les membres des forces de sécurité ont été payés, les autres fonctionnaires n’ont reçu qu’une avance de 100 dollars (90 euros).

Au moins 80 % du budget de l’Etat zimbabwéen est dépensé dans le salaire des fonctionnaires, selon le gouvernement, alors que 90 % de la population n’a pas d’emploi formel.

Mercredi, les rues étaient plus vides qu’à l’ordinaire dans la capitale zimbabwéenne en raison de cet appel à la grève, manifestement suivi. « Je ne peux aller travailler si le reste du pays ne travaille pas, estime Sybert Marumo, un électricien. La vie est dure et nous devons montrer au gouvernement qu’on a atteint la limite. »

Faute d’enseignants, les enfants n’étaient pas non plus à l’école ce mercredi.

Dans le sud-est du pays, dans la ville de Masvingo, la police a dispersé des manifestants qui bloquaient des rues avec des pneus en feu.

Les communications téléphoniques, y compris Internet et le service de messagerie WhatsApp, fonctionnaient assez mal, mais les autorités ont nié être à l’origine du dysfonctionnement.

Chiens lâchés contre les manifestants

Depuis l’indépendance du Zimbabwe en 1980, le pays est dirigé d’une main de fer par Robert Mugabe, 92 ans, et les manifestations sont habituellement rares.

« C’est un signe de l’effondrement de l’économie, les gens n’ont plus rien à perdre, analyse Dumisani Nkomo, porte-parole de l’ONG Coalition contre la crise au Zimbabwe. Nous nous dirigeons vers un point de non-retour. Les citoyens vont exprimer leur mal-être par tous les moyens. »

Lundi, la police a violemment réprimé une manifestation de chauffeurs de bus qui protestaient contre la corruption policière. Selon l’organisation des avocats pour les droits de l’homme au Zimbabwe, 113 d’entre eux ont été arrêtés et certains ont été blessés par des chiens lâchés par la police sur les manifestants, précisent les avocats.

Vendredi dernier, 71 personnes avaient été interpellées après avoir bloqué le poste frontière de Beitbridge, dans le sud du pays, limitrophe de l’Afrique du Sud pour protester contre l’interdiction de l’importation de certains produits de base.

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