Message de Jafar Azimadeh à la conférence annuelle de l’OIT

Message de Jafar Azimadeh, militant ouvrier emprisonné, à la conférence annuelle de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui s’ouvre ce 30 mai à Genève.

jafar

Monsieur le Secrétaire Général et aux représentants ouvriers à la conférence,

Moi, Jafar Azimadeh, suis un travailleur emprisonné en Iran et aujourd’hui, 27 mai, j’en suis à mon 29 jour de grève de la faim pour dénoncer la multiplication des violations des droits fondamentaux des travailleurs iraniens et pour protester contre l’OIT.

J’ai été, parce que j’ai participé à la création du Syndicat Libre des Travailleurs d’Iran, parce que j’ai participé à la collecte de 40.000 signatures pour l’application de l’article 41 du code du travail sur les hausses de salaires, parce que j’ai conseillé et aidé des travailleurs en grève dans plusieurs régions du pays pour obtenir leurs revendications légales, parce que j’ai organisé et participé à des rassemblements pacifiques devant le ministère du travail et du parlement et parce que j’ai participé à des réunions avec d’autres organisations ouvrières, condamné à 6 ans de prison.

J’ai trouvé nécessaire de résumer les raisons de ma condamnation à 6 ans de prison puisque les termes exacts que l’on retrouve dans l’acte d’accusation sont « rassemblement et collusion dans le but d’agir contre la sécurité de la société et propagande contre la République Islamique d’Iran ».

Behnam Ebrahimzadeh et Mohammad Jarrahisont en prison pour plus de 6 ans pour leurs activités syndicales. Behnam a été condamné à 7 années de prison supplémentaires pour avoir exprimé son point de vue à l’extérieur de la prison. et en plus de cela, pendant cette dernière année, des centaines de travailleurs ont été convoqués devant les tribunaux, menacés, détenus, fichés parce qu’ils ont protesté pacifiquement contre les licenciements et le non-paiement des salaires, et une grande majorité des militants et représentants des quelques organisations indépendantes d’ouvriers et d’enseignants sont condamnés à de longues peines de 5 à 14 ans de prison et attendent l’exécution de ces sentences tyranniques.

En Iran, la plus petite et la plus pacifique forme de protestation ouvrière dans les lieux de travail pour obtenir le paiement des salaires ou contre les licenciements, fait immédiatement face à la présence des forces de sécurité afin de menacer les travailleurs. Là ils fouettent des ouvriers qui protestent contre les licenciements et le non-paiement des salaires, suivant les sentences délivrées par les juges. Le dernier exemple d’une telle barbarie, qui s’ajoute tous les autres qui ont été rapportés à l’OIT par les organisations ouvrières indépendantes d’Iran ces dernières années, c’est la flagellation de 17 ouvriers de la mine d’or d’Aqh Darreh en Azerbaïdjan il y a environ deux semaines.

Ici, en Iran, il n’y a absolument aucune sécurité de l’emploi avec la généralisation des contrats temporaires de 1 à 3 mois et avec les contrats à « signature blanche » (NDT : ce sont des contrats où les travailleurs signent une feuille blanche et où le patron utilise cette signature comme et quand il le souhaite). Le salaire égal à travail égal a été éradiqué à cause des discriminations de genre et même entre les hommes avec la généralisation et l’institutionnalisation  des agences d’intérim dans les grandes et moyennes entreprises. Le non-paiement des salaires pendant des mois et à une grande échelle est devenu quelque chose de régulier. Les travailleurs sont privés de tout droit de construire leurs organisations indépendantes, et lorsque les travailleurs construisent de telles organisations, ils sont soumis à une répression intense et ces organisations n’ont pas le moindre droit d’intervenir sur les questions du monde du travail.

Ces points importants que je met en avant sont de façon condensée des points que nous, les militants ouvriers et quelques organisations ouvrières indépendantes, avons exposé à l’OIT. Nous l’avons fait chaque année depuis au moins dix ans. La comparaison des rapports de ces 10 dernières années montre que non seulement la République Islamique ne respecte pas les droits les plus fondamentaux des travailleurs, mais qu’en plus nous devons subir les salaires impayés à une large échelle, l’éradication des dernières possibilité de sécurité de l’emploi, toujours plus de discriminations de genre, l’abolition du principe « à travail égal, salaire égal », une généralisation sans précédent de politique répressive et une répression systématique des protestations pacifiques dans les lieux de travail avec menaces, convocations, arrestations, fichage, une répression systématique et organisée pire encore que dans les années 2000 et même par rapport à ces trois dernières années.

Nous, les travailleurs d’Iran, considérons l’OIT responsable qu’une telle situation perdure parce que l’OIT, non seulement a failli dans son devoir de prévention des violations des droits les plus basiques des travailleurs par les gouvernements qui en sont membres, mais en plus elle accepte la présence de soi-disant « représentants des travailleurs » d’Iran dans ses conférences annuelles, fermant les yeux sur ce fait évident que ceux qui participent à ces conférences annuelles de l’OIT ne sont pas élus par les travailleurs en Iran, mais sont des hommes de main  nommés par les institutions répressives afin de défendre les intérêts du gouvernement iranien.

C’est pour ces raison qu’avec mon codétenu Esmail Abdi, secrétaire de l’Association des Enseignants en Iran, dans notre déclaration de grève de la faim, nous déclarons protester contre l’OIT, à cause de son manque de transparence et son absence d’action effective contre les violations des droits fondamentaux des ouvriers et des enseignants, comme un de nos axes pour cette grève de la faim.

Monsieur le secrétaire général et aux représentants des travailleurs lors de cette conférence,

Pour de 29ème jour de grève de la faim, derrière les barreaux de la prison Evin, je déclare que je proteste vivement contre l’OIT et appelle les représentants des travailleurs à cette conférence à joindre leurs voix aux nôtres, celles des travailleurs d’Iran, pour protester de façon unitaire contre manque de transparence et son absence d’action effective contre les violations des droits fondamentaux des travailleurs, et contre l’indifférence de l’OIT à propos de la grève de la faim d’Esmail Abdi et moi. Nous vous demandons avec insistance de revendiquer que l’OIT fasse observer les droits fondamentaux des travailleurs au gouvernement iranien, qu’il mette fin à la répression des protestations syndicales des ouvriers et des enseignants, qu’il retire les poursuites contre les travailleurs et les enseignants pour avoir participé aux luttes ou pour activités syndicales.

Merci

Jafar Azimazdeh, Prison Evin (Téhéran), section 8, 27 mai 2016

Message diffusé par la Campagne « Free Them Now », pour la libération des travailleurs emprisonnés en Iran.

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3 réponses à “Message de Jafar Azimadeh à la conférence annuelle de l’OIT

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