Un point sur le mouvement contre la loi travail

Topo d’introduction d’une réunion publique de l’Initiative Communiste-Ouvrière le 18 mai sur le mouvement contre la loi El-Khomri.

Cela fait maintenant plus de deux mois que le mouvement contre la loi El Khomri a commencé, un mouvement marqué par de grandes manifestations, notamment les 9 et 31 mars, un mouvement dans les universités et les lycées, et, depuis ce mardi 17 mai, une grève reconductible dans le transport routier et depuis ce 18 mai à la SNCF, mais aussi dans d’autres secteurs du transport comme les ports et docks.

Douchy

Nous n’allons pas revenir sur l’ensemble de la loi ni même du mouvement. Notons simplement que cette loi permettrait aux patrons de remettre en cause le code du travail et les conventions collectives. C’est ce qui mobilise, à juste titre, les routiers qui craignent pour la rémunération des heures supplémentaires. Il est en effet rare que l’on fasse 35 heures dans ce secteur. La moyenne mensuelle est, selon leurs fédérations syndicales, de 200 heures par mois et non de 151 heures. Aujourd’hui, les heures supplémentaires sont majorées à 25% de la 35ème à la 43ème heure et à 50% au-delà. Avec la loi El Khomri, elles pourraient n’être plus que majorées à 10%. Selon la CGT et FO, cela pourrait signifier 100 euros de baisse de salaire mensuel en moyenne. Alors, bien sûr, les politiciens PS expliquent que la baisse de la rémunération des heures supplémentaires ne pourrait se faire que par accord ou référendum… et ils osent appeler ça « démocratie » ! On sait tous, surtout dans un secteur concurrentiel avec de nombreuses petites entreprises sans aucune présence syndicale comme le transport routier, comment ça va se passer. On expliquera aux travailleurs que pour survivre face à la concurrence il faudra baisser les prix, et comme toujours cela se fera sur le dos des travailleuses et des travailleurs. On jouera sur le chantage aux licenciements pour faire accepter, dans certaines entreprises d’abord, la baisse de la rémunération des heures supplémentaires, puis, dans les autres, on dira qu’il faut « s’aligner sur le prix de la concurrence » . Ce n’est pas un point spécifique au secteur routier, c’est ce que réserve la loi El Khomri à tout le monde du travail, la fin des garanties collectives, la fin d’un socle commun à chaque salarié de droits et de garanties.

Déjà aujourd’hui, bien des patrons cherchent à remettre en cause le temps de travail au nom du maintien de l’emploi. Dans bien des entreprises, en particulier celles où il n’existe aucune présence syndicale, aucun militant ouvrier, dans des secteurs comme le transport, le nettoyage, l’aide à domicile ou le BTP, bien des heures supplémentaires ou des primes ne sont jamais payés. Avec cette loi, ce sera une cascade de remises en cause de nos quelques droits. Alors oui, plus que jamais nous devons continuer et renforcer la mobilisation contre la loi El Khomri !

Notons qu’au-delà de l’application de cette loi dans le privé, c’est une offensive générale que mènent patronat et gouvernements contre les socles communs de droits à tous les salariés. Des conventions collectives ont déjà été attaquées comme le convention collective 51 dans la branche médico-sociale ou la convention collective de l’aide à domicile. C’est en ce moment l’attaque à la SNCF contre le RH0077 ou celle contre le statut des ouvriers d’Etat. C’est la remise en cause des jours de RTT dans les hôpitaux publics. Notons enfin que la différence secteur public / secteur privé a de moins en moins de sens dans un contexte où de plus en plus d’embauches se fond dans le secteur public avec des contrats de droit privé et où le recours à la sous-traitance se multiplie autant dans le public que dans le privé (pour ce qui est du nettoyage des locaux par exemple).

C’est donc bien l’ensemble du monde du travail qui est touché par cette loi, y compris les cheminots. S’il y a aujourd’hui encore 150.000 cheminots sur les 158.900 travailleurs de la branche qui sont rattachés à la SNCF, le nombre de travailleurs du secteur ferroviaire de droit privé ne fait qu’augmenter. La lutte des cheminots pour défendre leur convention collective, le RH0077, et la lutte pour le retrait de la loi El Khomri forme bien une seule et même lutte, celle pour la défense des garanties collectives de la classe ouvrière. On notera que le 9 mars, de nombreux cheminots en grève ont rejoint les manifestations contre la loi travail. Dans le Nord et à Paris par exemple, les cheminots de plusieurs des principaux dépôts voulaient se lancer une grève reconductible. Or, ce n’est que ce 18 mai qu’un préavis de grève reconductible est lancé par Sud Rail, la CGT appelle elle à des « grèves rectangles » de 48 heures (les 18 et 19 mai) et les syndicats CFDT et UNSA déposent des préavis de grève… à compter du 31 mai ! Déjà avant, plusieurs appels spécifiques aux cheminots, comme la grève du 26 avril (alors qu’il y avait une journée de grève interprofessionnelle le 28) ou la manifestation du 10 mai, ont eu lieu plutôt que d’appeler les cheminots à se battre aux côtés de l’ensemble du monde du travail.

Pour la CFDT, qui avait d’ailleurs publié un communiqué le 9 mars pour différencier la grève des cheminots du mouvement contre la loi El Khomri, il est clair qu’il s’agit de tout faire pour que les cheminots restent séparés du reste du monde du travail. Mais le moins que l’on puisse dire c’est que la Fédération CGT des cheminots ne cherche pas non plus à réaliser l’unité des cheminots avec les autres secteurs de la classe ouvrière.

Au delà de la question des cheminots, et même si des équipes syndicales sont en premières lignes dans bien des villes et entreprises pour obtenir le retrait de la loi travail, les directions syndicales, et en premier lieu celle de la CGT qui est la principale force, ont plus freiné qu’appuyé le mouvement. Le 9 mars, ce sont d’abord, après un appel sur les réseaux sociaux, les organisations de jeunesse qui ont appelé à débrayer et à manifester, appel très vite repris par un certain nombre d’équipes syndicales, et ce n’est qu’au dernier moment que les directions confédérales ont appelé à y participer. Lors de son congrès à Marseille, la CGT a bien voté une motion appelant à débattre dans les entreprises, de la reconduction de la grève à partir du 28 avril, mais ce sans aucune stratégie pour en faire une réalité. Aucune véritable campagne n’a été menée pour, par exemple, tenir des AG dans les UL, pour mobiliser les militantes et les militants, pour tenter de construire cette mobilisation dans un maximum de villes. En gros la position de la direction confédérale a été de dire au militantes et militants de se débrouiller chacun dans leur entreprise.

Cela dit, si la critique des directions syndicales doit être faite, il serait faux de croire qu’il suffirait d’un appel à la grève générale de la part de la CGT pour en faire une réalité. Il serait tout aussi faux de plaquer sur la situation actuelle celles de 1936 ou de 1968. En 1936 et en 1968, les deux exemples de grève générale en France, il n’y a eu aucun appel à la grève générale de l’appareil CGT. La grève s’est étendue comme une traînée de poudre et l’appareil a ensuite tout fait pour faire reprendre le travail après des négociations avec le patronat et le gouvernement. Or, depuis le 9 mars, force est de constater qu’aucun secteur, aucune entreprise, avant les 17 et 18 mai, ne s’est mis en grève reconductible pour le retrait de la loi travail. Une immense majorité de la classe ouvrière et même de la population est contre la loi travail, plus de 70% de la population selon les sondages, mais force est de constater que la mobilisation n’est pas, aujourd’hui, à la hauteur de ce chiffre dans les grèves et les manifestations.

Le passage en force de la loi avec l’article 49.3 a provoqué des manifestations spontanées à Paris et en province, manifestations importantes dans le contexte où elles ont été organisées, par des appels rapidement publiés sur les réseaux sociaux. Dans l’Ouest de la France, et en particulier en Normandie, on voit une mobilisation des routiers et d’autres secteurs comme les ports et docks. La poursuite, dans les jours qui viennent de la grève des cheminots sera aussi un élément déterminant.

Militer pour la grève et sa reconduction est aujourd’hui la principale tâche pour les militants ouvriers et les révolutionnaires. La force des travailleuses et des travailleurs, c’est bien la grève. Mais cela implique de prendre en compte la situation et ne pas se raconter d’histoire. Non, nous ne sommes pas dans une situation révolutionnaire, et mener des actions dites « radicales » particulièrement minoritaires ne peut en aucun cas remplacer la mobilisation de masse. Il existe par exemple un culte du blocage chez certains militants. Il ne s’agit pas pour nous de refuser ce genre d’actions, mais d’en souligner les limites. En effet, lorsque la grève s’étend, les blocages de sites n’ont plus aucun intérêt puisque, justement, ces sites sont à l’arrêt par l’action de grève. Si les blocages peuvent être intéressant, c’est de leur donner pour but de militer à l’extension de la grève plus que d’y voir une fin en soi.

Rien n’est aujourd’hui gagné… mais rien n’est non plus perdu. Depuis le début du mouvement, le gouvernement est loin d’être « droit dans ses bottes ». C’est bien parce qu’il craint le mouvement, qu’il craint une explosion sociale, qu’il a retiré quelques uns des aspects de la loi initiale comme la barémisation des indemnités prud’homales ou la hausse du temps de travail des apprentis mineurs ou qu’il a accordé quelques miettes à la jeunesse. C’est aussi pour cela que depuis le début du mouvement on assiste à une répression sans précédent, avec des violences policières, des arrestations et des condamnations arbitraires, ou l’utilisation de l’état d’urgence pour interdire à des militants de manifester.

Alors oui, si rien n’est gagné, rien n’est non plus perdu !

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