TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : TOUJOURS RIEN ?

Article publié dans notre bulletin Communisme ouvrier n°65 de mai 2016

Du 26 au 28 avril s’est tenue la 4ème conférence environnementale sous la présidence de Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, de l’énergie et de la mer. Elle intervient suite à la COP21 qui a eu lieu à Paris en novembre 2015 avec un accord international pour le climat à la clé.

Même si la plupart des actions envisagées n’arriveront par décret qu’à partir de, au mieux, l’été prochain, on peut déjà constater que ces conférences passent et se ressemblent. Non, cette fois il n’y aura pas de propositions choc du type « portiques d’éco-taxe » dont la mise en place coûterait quelques centaines de millions d’euros avec un abandon total du dispositif, une fois payé et installé, dès le moment où le patronat taperait la main sur la table. Non, cette fois la conférence reste modeste et table sur une palette de mesures qui ne fera, a priori, pas de vagues.

Notamment un point qui concerne la production énergétique. Le document final et les discours de Royal, Valls et Hollande confirment ce que l’on savait déjà : le gouvernement n’a aucune intention de faire quoique ce soit à propos du nucléaire, si ce n’est le développer davantage. Même la centrale de Fessenheim, dont la fermeture était plusieurs fois mentionnée dans la campagne du parti socialiste (PS), reste bel et bien ouverte. Au contraire, tout en vantant « l’excellence du nucléaire français qui doit être maintenue et renforcée », la sûreté du système français et des nouveaux réacteurs et son coté « énergie propre », ce qui est déjà en soi absolument faux, prenant soin d’esquiver les questions sur le traitement des déchets nucléaires ainsi que sur les conditions du travail des salarié-es des filières nucléaires, la conférence nous rappelle tout de même entre les lignes toute la dangerosité du nucléaire, 30 ans après Tchernobyl, et nous prépare non à la sortie du nucléaire mais bien à mieux gérer d’éventuelles catastrophes. Ainsi les périmètres de sécurité et des plans particuliers d’intervention passent de 10 à 20 km, les contrôles seront a priori renforcés avec la participation des organismes étrangers pour plus de transparence et le déploiement sur l’ensemble du territoire du plan gouvernemental de réponse à un accident nucléaire ou radiologique majeur : la distribution d’iode, la prise en charge sanitaire de la population, la décontamination et la gestion des biens et denrées contaminés. Tout un programme fait pour « nous rassurer ».

Bref, en rajoutant le renouvellement des réacteurs en cours et à venir, avec des contrats colossaux entre EDF, Areva et Bouygues, entre autres, il s’agit à nouveau des milliards d’euros investis en nucléaire en détriment d’autres voies.

Même si un autre aspect de ce point touche brièvement les hydrocentrales (de petite capacité), les éoliennes (dont les projets de Dunkerque et de Sète) et le photovoltaïque, tout ce qui est annoncé reste assez loin des ambitions affichées dans la loi de transition énergétique de 40 % d’énergie renouvelable sur la totalité de production d’ici 2030. L’annonce de 40 000 emplois créés grâce à cette programmation dépend d’un côté, et c’est surtout vrai pour le photovoltaïque, de différentes « obligations » pour les « particuliers » et de l’autre de la reprise de la filière de la petite hydroélectricité.

Concernant cette dernière, on peut se poser deux questions : 1. Quel impact sur la biodiversité dans les endroits où ces (très nombreuses !) installations seront construites alors que justement la conférence prévoit une attention particulière à la sauvegarde de la biodiversité et son habitat naturel ? Et 2. En vue d’un investissement certain pour des capacités moyennes et petites, quel coût ça représentera en réalité, sachant que pendant que le gouvernement parle des KWh, pour nous en général ce sont les euros qui sortent de notre poche ?

Il n’est pas question pour nous de prendre ces sujets à la légère. La question énergétique doit être l’une des questions prioritaires. Mais là, on peut sérieusement se demander comment le gouvernement prévoit une transition énergétique en renforçant le nucléaire. En même temps, le sujet de l’énergie renouvelable est traité comme un gage gouvernemental pour rassurer les entreprises, leur proposer une certaine planification au niveau national, avec une annonce hypothétique de 40 000 emplois créés, bien plus qu’un réel projet de l’avenir énergétique. Puis finalement, quel impact tout ça peut réellement avoir sur l’environnement et le réchauffement climatique si c’est traité dans le cadre des frontières nationales et non à l’échelle planétaire.

Même si ces mesures font références à des engagements de la COP21, ils sont eux-mêmes en soi insuffisants pour le défi qui est face à nous. Pour répondre sérieusement au réchauffement climatique tout en assurant une transition énergétique vers les énergies renouvelables, ce n’est pas d’une conférence nationale dont nous avons besoin, même en cohérence avec des accords internationaux, espérant que chaque État fasse de même, ce qui est totalement illusoire après des décennies d’échecs, mais bien dépasser la notion d’État et se doter des véritables institutions planétaires.

Aleksa Gvozden

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s