Colère ouvrière à Madagascar : Le patron enfermé dans les toilettes

L’Express de Madagascar, 22 avril 2016 :

Un ressortissant étranger bien placé au sein d’une société de confection à Ankadimbahoaka s’est attiré la foudre des employés en battant quatre ouvriers. Ayant fait bloc contre lui, les employés l’ont enfermé dans les toilettes.

Une quadruple agression a viré à l’émeute dans une entreprise de confection sise à Ankadimbahoaka, hier, en début de matinée. Des ouvriers en colère, suite à l’agression de quatre de leurs collègues, se sont emparés d’un ressortissant étranger bien placé au sein de cette industrie textile, pour l’enfermer dans les toilettes jusqu’à ce que des éléments de l’État major mixte opérationnel de la Région (Emmo/Reg) Analamanga, conduits par le commandant de la compagnie territoriale de la gendarmerie de Tana ville viennent l’arrêter.

Fusillé du regard, l’individu à l’origine de la débandade a été sorti des toilettes par des gendarmes armés, sous les huées d’une masse d’ouvriers enragés qui ont demandé à ce qu’il soit menotté.

Il a été embarqué à bord d’un pick-up de l’Emmo/Reg pour être conduit dans un camp de la gendarmerie pour enquête. Invités à porter plainte à son encontre, des délégués du personnel se sont présentés à la gendarmerie. Les auditions ont déjà été entamées.

L’agression, ayant mis le feu aux poudres, a été perpétrée dans la nuit de jeudi à vendredi. Quatre travailleurs de nuit en ont fait les frais.

Barricade

Après avoir levé la main sur un premier ouvrier, l’auteur de l’agression se serait ensuite jeté sur un deuxième. Celui-ci a perdu connaissance des suites des coups qui lui auraient été assénés.

Deux autres employés, qui ont tant bien que mal tenté d’intervenir, affirment avoir également été battus. En se défendant, l’individu incriminé a expliqué aux gendarmes que les ouvriers en question auraient commis des fautes professionnelles. Alors que le premier se serait fait surprendre en train de manipuler son téléphone en s’absentant de son poste, le deuxième se serait permis de fumer dans un endroit où des jeans peuvent prendre feu à la moindre imprudence.

Ces coups et blessures volontaires ont mis les employés en ébullition. Au lever du jour, ceux censés regagner leurs foyers respectifs, après avoir travaillé toute la nuit, ont décidé de camper sur place. La tension est montée d’un cran lorsque les travailleurs de jour ont gonflé leurs rangs. Cette horde d’ouvriers déchaînés s’est barricadée derrière le portail fermé de cette entreprise franche. Elle a, dans la foulée, demandé à ce que des sanctions exemplaires soient prises à l’endroit du ressortissant étranger incriminé. Le fait que ce dernier use de violence sur ses subordonnés ne serait pas une première.

Toutes les activités ont cessé dans la société théâtre de ces scènes d’émeute jusqu’à ce que l’Emmo/ Reg n’embarquent l’agresseur. Venus en trombe avec deux pick-up, le commandant de compagnie de Tana ville et ses hommes n’ont accédé dans l’enceinte qu’au terme d’une négociation ardue avec les délégués du personnel qui se sont montrés intraitables.

L’inspection de travail bottée en touche

Faute de ministère ou encore de département en charge du travail, le service d’inspection n’est pas intervenu à Ankadimbahoaka hier, malgré l’atmosphère délétère. «Le travail a été occulté du ministère de la fonction publique. Il est supplanté par la réforme de l’administration dans le gouvernement naissant. N’étant affilié nulle part dans cette nouvelle structure ministérielle, nous ne sommes pas intervenus», lance un inspecteur de travail, interrogé sur cette affaire.

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