7ème jour de révolte en Macédoine. Trois témoignages de manifestant-es pour « Solidarité Ouvrière »

7ème jour de révolte en Macédoine a connu des nouvelles manifestations, pas seulement dans la capitale mais dans toutes les villes à travers le pays.

Le risque de violence. Le collectif « les citoyens pour la défense de la Macédoine », plus connu comme « les patriotes » ultra-nationaliste et pro-gouvernemental qui organisait des contre-manifestations depuis le début afin d’intimider les manifestant-es et provoquer les conflits avec des « minorités » d’autres nationalités, a d’abord annoncé qu’il abandonnait toute nouvelle mobilisation, surement faute de « combattants ». Néanmoins, ce matin le régime, malgré le risque d’escalade de violence, appelle à des contre-manifestations jeudi 21 avril au même moment où le mouvement social avait prévu de descendre dans les rues comme tous les jours depuis 13 avril. 

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Président Ivanov a aussi annoncé ce week-end des nouvelles élections pour le 5 juin afin de calmer les manifestants, ce que le parti principal d’opposition a refusé. Mais c’est surtout la rue, avec un mouvement qui ne faiblit pas et se propage à travers le pays, qui envoie un signal clair : la démission du président n’est pas négociable.

Le blog « Solidarité Ouvrière » a reçu des témoignages des manifestant-es, retranscrits ci-dessous, qui illustrent  l’état d’esprit.

Depuis le 13 avril, à l’appel d’une centaine d’organisations de la société civile, des organisations syndicales, des collectifs des chômeurs, des organisations féministes, des associations d’aide aux réfugié-es etc. soutenues par le « nouveau parti social-démocrate », des dizaines de milliers de personnes, des travailleuses et travailleurs, des privé-es d’emploi, des retraité-es, des étudiant-es… manifestent à Skopje demandant avant tout la démission du président Gjeorge Ivanov. Nous avons publié un premier article vendredi 15 avril expliquant brièvement la naissance du mouvement (voir le lien suivant : https://communismeouvrier.wordpress.com/2016/04/15/revolte-en-macedoine-des-greves-manifestations-et-affrontements-a-skopje/ ).

Depuis ce week-end, des manifestations monstres se déroulent, à part à Skopje, dans pratiquement toutes les villes à travers le pays. De nombreuses entreprises sont également en grève. Et toujours le même ras-le-bol général exprimé par les manifestant-es, le rejet du VMRO, le parti nationaliste au pouvoir depuis 10 ans, le rejet des nationalismes, les revendications de démocratie, de justice sociale et de liberté.

Pendant le week-end, les manifestations ont donné lieu à quelques affrontements avec la police. Les bureaux du parti VMRO ainsi que le bâtiment présidentiel ont été partiellement détruits. Les manifestants se sont également attaqués avec de la peinture et des œufs aux symboles et monuments mis en place par « Skopje 2014 » ,  le projet identitaire imposé par le VMRO, d’un coût de plusieurs centaines de millions d’euros, composé de plusieurs édifices « antiques » reconstruits et plusieurs monuments, dont une statue d’Alexandre le Grand de 30m d’haut. (voir http://www.communisme-ouvrier.info/?Que-se-passe-t-il-en-Macedoine )

Parmi les slogans on retrouve : « Pas de Justice, pas de Paix », « Police partout, justice nul part », « Mort au fascisme, liberté pour le peuple » (un ancien slogan de la Yougoslavie antifasciste 1941-1945), « Egalité, Justice, Liberté », « Plus de liberté, moins de peur » etc. Dans les prises de paroles, à part la démission du président et les aspirations à plus de liberté et de démocratie, les revendications concernent les conditions de vie, les salaires, le chômage, les droits des femmes…

Le blog « Solidarité Ouvrière » a reçu des témoignages de trois personnes qui participent à ces manifestations depuis le début et qui ont bien voulu partager leurs ressentis.

Pour Gabriela Andreevska, militante des droits humains et membre de « Leftist Movement Solidarity » (Solidarnost, Mouvement de Gauche), la lutte contre les idéologies identitaires et le nationalisme est primordiale pour mener la lutte des classes. Elle met l’accent sur l’unité de différentes nationalités, que le pouvoir s’efforçait à diviser, qui participent ensemble dans les manifestations :

« Ceux qui sont au pouvoir utilisent des sentiments illusoires de l’identité nationale, y compris la religion entre autres, et du patriotisme pour créer des divisions, désaccords et une sorte de désunion entre nous – les oppressé-es. Leur objectif est de nous diviser pour nous empêcher de nous soulever ensemble dans la première et l’unique lutte – la lutte des classes contre l’exploitation, humaine et des ressources. 

Mais l’Histoire nous a appris que les gens de différentes religions, ethnies et nationalités se sont souvent unis et ont travaillé ensemble contre le fascisme et l’exploitation capitaliste. Pour citer un exemple, les albanais et les macédoniens se sont battus ensemble contre les forces fascistes de Bulgarie et l’Allemagne nazie. Et même si parmi ces fascistes, il est vrai, il y avait d’autres albanais, eux aussi combattus par les forces jointes des albanais et macédoniens qui croyaient en d’autres idéaux. Pendant la deuxième guerre mondiale, les albanais vivant dans le village de Dolno Jabolcishte ont été tous massacrés sans donner les noms de leurs camarades, les partisans macédoniens. C’est quelque chose qui était d’une grande importance pour nous ici aujourd’hui, pendant que l’extrémisme  sur des bases nationalistes était grandissant chez les macédoniens et les albanais. N’oubliez pas que la Macédoine est un pays où à coté d’une majorité de macédoniens il y a aussi près de 30% d’albanais. Mais les livres officiels d’Histoire ne mentionnent plus ces périodes où nous avons toutes et tous toujours agis uni-es, non pour le bien de la nation ou la patrie, mais bien sans les prendre en compte.

Nous en avons été témoins lors des manifestations l’année dernière, et nous en sommes à nouveau témoins cette année – les macédoniens et les albanais manifestent ensemble contre un régime dictatorial qui nous oppressent toutes et tous et nous prive de toutes les ressources, même celles qui n’existent pas en forme des lourdes dettes.

Vous pouvez voir les drapeaux macédoniens et albanais attachés les uns aux autres contre ceux qui nous volent, qui volent nos ressources. Et nous espérons le jour où il n’y aura plus de drapeaux du tout.

L’unité est là, la solidarité est là et elles ne connaissent ni les frontières ni les religions ni les nations. La rue et la lutte appartiennent aux gens. A nous toutes et tous, opressé-es, pour qui la nationalité, la religion, le genre… ne représentent rien.

Aussi, il est vraiment agréable et motivant de voir les camarades d’autres pays venir et soutenir « nos combats » car c’est « leur combat » également. Ils sont là à manifester avec nous, comme les camarades de Grece, Bulgarie etc… »

 

Lazar est employé d’une entreprise de transport, militant syndical et sympathisant du « nouveau parti social-démocrate ». Il a déjà participé à des manifestations l’année dernière. Cette année il est sorti dans la rue dès le premier appel :

« Ca fait des mois que j’attend la reprise du mouvement. Ca ne pouvait pas se passer autrement. L’année dernière, l’UE nous a imposé un accord avec le pouvoir qui a coupé net l’élan des mobilisations. En fait, ils voulaient surtout un pays relativement stable pour pouvoir faire face aux vagues des réfugiés qui arrivaient et qu’on protège les frontières. Ils voulaient que tout s’arrête dans l’intérêt de l’Union Européenne et que les policiers puissent être mobilisés à la frontière. Et nos intérêts à nous ?!

Dans mon entreprise, régulièrement on n’a pas de salaires pendant des mois. Le chômage technique ainsi que les licenciements nets sont fréquents. Tout ça fait des gens qui galèrent. Il n’y a que ça, des gens qui galèrent. Et c’est comme ça depuis des années et le gouvernement s’en fiche des gens. En plus il est composé des criminels qui s’en foutent pleines les poches grâce à notre travail et notre sueur. Les médias sont sous contrôle, pendant les élections il y a toujours des fraudes qui leur assurent un maintien au pouvoir, à chaque fois que nous essayons de nous mobiliser ils cassent les mouvements avec la police, avec la propagande dans les medias avec toujours la même histoire sur « les agents infiltrés qui menacent la Macédoine ». Ils n’hésitent pas à créer des conflits interethniques comme c’est déjà arrivé à plusieurs reprises. Il y a même eu des morts mais ça ils s’en fichent. L’Union Européenne s’en fiche également parce qu’elle est parfaitement au courant de ce qui se passe.

Moi je ne veux pas de cette Macédoine là.  Et tous ces gens qui sont dans la rue, non plus. Les macédoniens et les albanais, peu importe, on galère tous. Ivanov et le VMRO doivent partir et nous laisser repartir des bases saines. Et nous n’arrêterons pas tant qu’ils ne soient pas tous partis.

Les gens n’ont plus grand-chose à perdre mais quand même quand il s’agit d’une mobilisation au niveau d’une entreprise, ils ont assez peur et ce n’est pas facile de nous organiser et défendre nos droits. Mais quand c’est comme ça, quand on est des dizaines de milliers dans les rues, tout se débloque. C’est un très bon début. On va virer ces criminels au pouvoir et on va créer des conditions dans lesquelles il nous sera plus facile de défendre nos droits et en gagner des nouveaux. Du moins, c’est ce que j’espère ! »

Drita a fini ses études de biologie il y a trois ans et depuis attend un poste de chercheuse à l’Université. En attendant, elle fait des petits boulots. Elle vient de Pristina, la capitale du Kosovo, mais a de la famille à Skopje où elle vient régulièrement. Elle participe aussi dans les manifestations, parce qu’elle se sent concernée.

« Je considère la Macédoine comme mon pays autant que le Kosovo. J’ai passé mon enfance et ma jeunesse ici à Skopje. J’y ai des amis, de la famille, mes habitudes. L’année dernière je n’étais pas là mais cette année pour moi il était normal de sortir et manifester.

J’ai vu les dernières années des choses qui m’ont profondément choquée. La ville coupée en deux avec les albanais d’un coté, les macédoniens de l’autre. Des affrontements pendant des jours. Alors qu’en fait, moi mes amis et les gens que j’aime se trouvaient de deux cotés de la ville. J’ai été terriblement inquiète. Ca m’a rappelé des histoires que mes parents m’ont racontées sur la guerre au Kosovo il y a 17 ans, mais aussi sur ce qui s’est passé en Macédoine il  y a 15 ans. Je me suis dit que si je peux faire quelque chose pour que ça ne se répète plus jamais, j’y vais sans réfléchir. Et là on est en train de le faire. Ce n’est plus une ville divisée qui se fait la guerre, c’est une ville totalement unie qui fait la guerre à ceux qui ont tout intérêt de nous garder divisés et soumis. Ce soir (lundi) il y avait un peu moins de monde que le week-end dernier mais on avait quand même l’impression que la ville toute entière y était.

Il y a des choses fortes qui se sont passées et qui ont marqué les esprits chez les albanais de mon entourage. Ca fait des années que le pouvoir et les nationalistes macédoniens provoquent avec leurs édifices et leurs statues. Ce week-end on a vu que les macédoniens jetaient les œufs, de la peinture et inscrire des choses comme « Smrt na fasizmot, Sloboda na narodot » (mort au fascisme, la liberté au peuple) sur ces mêmes symboles de nationalisme. C’est fort !

Une autre raison pour laquelle je suis là, c’est aussi mon espoir que tout ça ne se limite pas seulement à la Macédoine. Au Kosovo, d’où je viens, les choses ne sont pas terribles du tout avec des aspects similaires comme ici et des criminels au pouvoir qui utilisent les idéologies identitaires et la peur des « autres » pour nous contrôler. J’aimerais que ce mouvement se propage au Kosovo aussi, mais aussi en Serbie et ailleurs. Que l’on créé nos Balkans et notre Europe à nous. »

Voir le communiqué de l’Initiative Communiste-Ouvrière : http://communisme-ouvrier.info/?Smrt-na-fasizmot-sloboda-na

2 réponses à “7ème jour de révolte en Macédoine. Trois témoignages de manifestant-es pour « Solidarité Ouvrière »

  1. Pingback: Три сведоштва од демонстрантите - интервју на активист(к)и за Communismeouvrier - Солидарност

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