LA HAINE ET LA XÉNOPHOBIE SUR LE DOS DES TRAVAILLEUSES ET TRAVAILLEURS DE CALAIS

Article de Aleksa Gvozden paru dans le n°64 de Communisme-Ouvrier d’avril 2016

L’expulsion de la zone sud de la « jungle » est terminée. La municipalité de Calais s’en réjouit. Étant donné la stigmatisation des migrant-es et la récupération politique ignoble du désarroi des habitantes et habitants de Calais face à une situation qu’ils/elles, pas plus que les exilé-es, n’ont pas cherché, Natacha Bouchart, la maire de cette ville n’est sûrement pas le symbole de l’humanité et de l’hospitalité. Aux antipodes de toutes les Calaisiennes et tous les Calaisiens solidaires du sort des migrant-es, elle n’a pas raté une seule occasion pour nourrir la haine et la xénophobie, allant jusqu’à « un appel à une intervention militaire ». « Il faut que l’armée intervienne ! », martèle-t-elle depuis des mois.

Aucune réelle solidarité ni réponse politique ne peuvent se bâtir sans la solidarité locale, arrivée au stade où il n’y a plus de « nous » et de « eux », et peu importe le nombre de co-voitureurs qui montent de Paris ou d’ailleurs de temps en temps. Si les soutiens locaux à Calais peinent à construire une passerelle si nécessaire entre la majeure partie de la population et le camp des exilé-es, c’est aussi parce que les politiciens et le patronat local leur mettent les bâtons dans les roues, désignant les réfugié-es comme la source de tous les maux. Ce sont bien les politiciens et le patronat local qui s’acharnent à construire un véritable mur entre les gens.

Dénigrant la solidarité et favorisant, voir encourageant, les idées fascisantes et identitaires, la maire de Calais a aussi activement participé dans ce qui a fait de la ville de Calais le terrain de « jeu » des pires groupuscules fascisants et des criminels se donnant même à des ratonnades contre les réfugié-es. Il n’est pas étonnant non plus que tout ça se solde par des manifestations regroupant à Calais ce qu’il y a de plus réactionnaire et fasciste en France, aujourd’hui. Comme par exemple le dimanche dernier lorsque lors d’une réelle invasion des nervis de « Génération identitaire », le groupuscule de l’extrême droite, plusieurs dizaines de militants venus de toute la France ont bloqué les accès à la ville brandissant des banderoles xénophobes et racistes, cherchant à « renvoyer les clandestins chez eux », effrayant les promeneurs de dimanche et plongeant Calais et ses habitantes et habitants des siècles en arrière.
L’intervention des « forces de l’ordre », qui prenaient leur pause dominicale dans leur chasse aux migrants, ne nous fera pas oublier une complaisance sans précédent et une complicité réelle entre les policiers et l’extrême droite qui durent depuis des mois, et qui ont été plusieurs fois rapportée par les associations mais aussi les médias locaux, les photos et vidéos à l’appui.

Finalement, il y a eu 14 interpellés. Onze sont rapidement relâchés, et parmi eux à nouveau Gaël Rougemont. Ce militant néo-nazi qui, quelques mois auparavant, a d’abord provoqué et insulté les participants d’une manifestation de solidarité et ensuite brandi un fusil visant les exilé-es. La place que certains médias, même nationaux, lui ont accordé en le présentant juste comme un « riverain excédé et agressé », ainsi que le non-lieu prononcé par le tribunal était un signal fort d’impunité que les pouvoirs publics et la justice ont envoyé à ce sombre personnage, et ses semblables, l’encourageant à enfiler à nouveau ses habits de guerre et continuer sa chasse à l’homme. Trois jours après ce « non-lieu », il a donc récidivé.

La vidéo avec ce néo-nazi armé de son fusil visant une foule a parcouru la France et le monde entier. Aujourd’hui, à la mention de Calais, pour beaucoup, malheureusement c’est bien cette image qui revient et non l’image d’autres Calaisiennes et Calaisiens qui, totalement solidaires, aident tant qu’elles/ils peuvent les migrants dans le camp et ailleurs. Et si c’est l’image de Gaël Rougemont qui représente Calais en France et ailleurs, si Calais souffre de son image, c’est bien le discours municipal, de la maire et la politique de l’État français qui encouragent la haine et la réaction qu’il faut interroger. Les migrant-es et leurs soutiens n’ont finalement pas grand-chose à voir avec ça.

Si la situation révolte les travailleuses et travailleurs à Calais, comme ailleurs, si cela les pousse à agir, ce n’est sûrement pas au coté de la maire, des équipes municipales, des services de l’Etat et du patronat local que les drapeaux des organisations ouvrières doivent se hisser. Mais bien au sein même du camp en solidarité avec nos sœurs et frères de classe.

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