Pour dénoncer les viols à Djibouti, 10 femmes se mettent en grève de la faim

MarieClaire

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Dix réfugiées politiques djiboutiennes ont arrêté de se nourrir depuis le 15 mars dernier. Le but ? Alerter le grand public sur le fléau du viol, utilisé par l’armée comme « moyen de réprimer l’opposition au gouvernement ».

Ne plus manger pour faire entendre leur message : c’est le parti pris par 10 femmes venues de Djibouti, réfugiées politiques en Belgique ou en France. Ces militantes n’ont pas mangé depuis le 25 mars dernier, désirant alerter l’opinion publique face à une réalité désastreuse : selon elles, « l’armée djiboutienne utilise le viol comme moyen de répression ».

Si elles ont décidé d’entamer cette grève de la faim, c’est que vendredi prochain sera jour d’élection et que le président Omar Guelleh briguera un quatrième mandat : un moment fort qui – elle l’espère – donnera un écho particulier à leur lutte.

« Depuis le début de la guerre civile en 1991 il y a eu des centaines de femmes qui ont été violées par les soldats de l’armée gouvernementale à Djibouti. Ça ne peut pas durer. Nous constatons que ce sont les régions du nord, du sud-ouest du pays, qui sont les régions où opère le front armé du FRUD, où les femmes et les civils sont pris pour cible parce qu’ils sont simplement soupçonnés de sympathie parfois à l’égard de ce front armé », rappelle Aïsha Dabalé, porte-parole en France du Comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l’impunité.

Avant de continuer, « je suis en France depuis 1998. J’ai quitté Djibouti justement, parce que j’ai été emprisonnée parce que j’avais dénoncé le viol de ces femmes-là. Parce qu’à l’époque j’avais constitué un dossier avec des témoignages de femmes violées. Et ces viols se poursuivent encore aujourd’hui. A Djibouti, il y a une terrible répression et tout le pouvoir est concentré entre les mains du président Guelleh. Et puis vous vous retrouvez derrière les barreaux pour un oui ou pour un non ».

Le gouvernement djiboutien a tenu à réagir

Évidemment, le gouvernement djiboutien a tenu à répondre à ces accusations par la voix de son porte-parole parole officiel Mahamoud Ali Youssouf, qui voit derrière ce soulèvement « une manoeuvre politique ». « On se demande après vingt ans – un peu plus de vingt ans – ce qui amène maintenant ces dames-là à faire la grève de la faim pendant la période électorale ou pendant la campagne électorale de 2016. Et on a reconnu aussi quelques personnes qui sont réputées être de farouches opposantes au régime depuis une trentaine d’années », a-t-il déclaré.

Avant d’asséner le coup de grâce en mettant en doute la véracité de ces viols : « On se dit peut-être qu’il faudrait que si ces dames aient été réellement victimes de ces exactions, de ces viols dont elles parlent, par l’armée djiboutienne, il faudrait que la procédure soit entamée rapidement, le dépôt de plainte contre x, auprès de la justice, poursuit le porte-parole du gouvernement interrogé par RFI.

Pour l’heure, aucune mesure n’a été prise : seul un hashtag (#stopvioldjibouti) a été lancé afin d’aider ce collectif de femmes à se faire entendre.

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