Loi El Khomri : continuer et amplifier la lutte

Topo d’introduction de la réunion publique en ligne organisée par l’Initiative Communiste-Ouvrière le 16 mars 2016 :

Le 9 mars nous étions près de 500.000 dans les rues selon les organisateurs. Il est à noter que même si on prend le chiffre de la police, 230.000 manifestants, il est déjà supérieur à celui des premières manifestations contre le CPE. Et dans la grande majorité des villes, la mobilisation du 9 mars était quelque chose que nous n’avions plus connu depuis le mouvement de 2010 pour les retraites. Avec, et il faut le dire, quelque chose de différent : la journée du 9 mars a d’abord été appelé sur les réseaux sociaux car c’est le jour où devait être présenté le projet de loi, relayeé par les organisations de jeunesse, puis très vite par un certain nombre d’équipes syndicales, mais ce n’est que tardivement, et à certains endroits à reculons, que les directions syndicales y ont appelé. Dans plusieurs villes et secteurs d’activité, même des syndicats CFDT y ont appelé, et ce, contre l’avis de leur direction confédérale.

A young woman holds up her fist as she chants slogans and holds a banner reading "their gains = our sacrifices" as thousands of people demonstrate on March 9, 2016 in Nantes, western France, as part a nationwide day of protest against proposed labour reforms. France faced a wave of protests against deeply unpopular labour reforms that have divided an already-fractured Socialist government and raised hackles in a country accustomed to iron-clad job security. / AFP / LOIC VENANCE

A côté des jeunes, le 9 mars a aussi mobilisé de nombreux travailleurs et travailleuses. A PSA par exemple, on estime en tout à 1200 le nombre d’ouvriers qui ont débrayé pour rejoindre les manifestations. Les cheminots, en grève ce même jour pour défendre leur convention collective, ont aussi été nombreux à rejoindre les cortèges de manifestants.

Il faut noter que cette première journée de mobilisation ainsi que la pétition qui a dépassé le million de signatures, ont vite inquiété le gouvernement. La date de présentation du texte a été repoussé du 9 au 24 mars. Et lundi 14 mars, Valls a présenté une version, très légèrement modifiée, du texte afin de s’attirer le soutien des directions syndicales les plus conciliatrices, en particulier de la CFDT. Il est assez difficile de faire le bilan de ce texte « modifié » puisqu’il n’a pas encore été rédigé, et on sait bien à quel point, dans un texte de loi ou même un accord d’entreprise, « le diable se cache dans des détails », mais on peut citer par exemple quatre points où le gouvernement recule légèrement :

- Le plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif devient « indicatif ». C’est un point sur lequel il convient de s’arrêter un peu, puisque la déclaration intersyndicale scandaleuse du 23 février, signée par toutes les organisations syndicales à l’exception de FO, de mettait en avant que ce point. Il est aussi à noter que le gouvernement avait déjà tenter d’imposer une barémisation des indemnités en cas de licenciement abusif, mesure qui avait été rétorquée par le Conseil Constitutionnel. Des juristes constitutionnalistes pourraient peut-être expliquer si dans cette nouvelle mouture la barémisation des indemnités aurait eu, ou non, une chance d’être acceptée par le conseil constitutionnel ou pas, cela dit on peut se demander si dès le départ il n’y avait pas de la part du gouvernement l’idée que ce point pourrait être modifié en cas de grogne sociale. Et surtout, vu que la nouvelle mouture du projet de loi n’est pas rédigée, on ne sait pas si le fait que cela soit indicatif changera quelque chose dans les faits. Rappelons qu’aux prud’hommes, il y a deux juges salariés et deux juges patronaux, et que les juges patronaux, en cas de licenciement abusif, font toujours tout pour que le patron ait le moins à payer. Si des taux maximum, fussent-ils indicatifs, existent, il y a fort à parier qu’il sera très difficile d’aller au-dessus. Notons également que dès le 15 mars, Macron a déclaré que même si ce n’est que partie remise, cette barémisation des indemnités pour licenciement abusif finira par être imposée.

- l’allongement du temps de travail pour les apprentis mineurs est supprimé.

- l’extension du forfait jour est un peu plus encadré.

- la durée du congé en cas de décès d’un proche ne pourra être inférieure à la loi.

Mais le fond du texte, lui, reste bien le même, une destruction des dernières garanties collectives du Code du Travail pour les salariés. Les patrons pourront toujours imposer, par des référendums-chantages à l’emploi, d’augmenter le temps de travail jusqu’à 48 voire 60 heures hebdomadaires, de baisser la rémunération des heures supplémentaires de 25% ou 50% à 10%, de fractionner le repos quotidien de 11 heures entre deux journées de travail, etc.

Et c’est bien ça qui est en jeu avec cette loi, préparée par les précédentes comme l’ANI ou la loi Macron, c’est la destruction des garanties collectives du monde du travail assurées par le Code du Travail.

Le Code du Travail, bien sûr, est un droit bourgeois, il est la codification des rapports d’exploitation capitalistes, des relations entre travailleurs salariés et capitalistes dans l’entreprise. En ce sens et pour aller vite, on y trouve toutes les conquêtes de plus d’un siècle de luttes ouvrières, toutes les limitations que ces luttes ont su imposer à l’exploitation capitaliste. C’est un socle minimum commun de droits dont disposent tous les travailleurs, et sur lequel on est amené à s’appuyer pour faire respecter un minimum notre droit à l’existence face à l’arbitraire et à la rapacité des capitalistes. C’est grâce à ce socle minimum que l’on peut, surtout dans des secteurs et des entreprises qui ont longtemps été des déserts syndicaux, des avancées pour les droits des ouvrières et des ouvriers. Si ce socle minimum disparaît, s’il est remplacé par une kyrielle d’accords d’entreprise dérogatoires, c’est cet appui qui disparaît.

Aussi, il est clair que la mobilisation doit continuer pour le retrait de la loi El Khomri, et qu’on ne peut se contenter des quelques aménagements concédés par le gouvernement.

Si la journée du 9 mars a été un succès, elle l’a été comme première journée de mobilisation. 1200 grévistes chez PSA par exemple, c’est un bon début, mais on reste très loin d’une grève générale reconductible. La mobilisation doit encore se poursuivre et s’amplifier. Et pour cela, il y a deux écueils qui semblent nécessaire d’éviter.

Le premier écueil, c’est une attitude suiviste des organisations syndicales. Si dans bien des villes et boîtes, il y a des équipes syndicales qui militent pour rejoindre les mobilisations lycéennes et étudiantes, comme ce fut le cas pour le 9 mars et comme ça le sera pour le 17 mars, les directions syndicales, en particulier CGT et FO, misent essentiellement, et depuis le début, sur le 31 mars, et ont tendance à plus vouloir freiner qu’appuyer les autres mobilisations. On l’a bien vu pour la journée du 9 mars, et on le constate encore pour la journée du 17 mars. Et surtout, on ne voit apparaître aujourd’hui aucun plan pour des suites au 31 mars. Clairement, s’il n’y avait pas eu dans la jeunesse et chez bien des militants ouvriers un véritable mouvement pour appeler au 9 mars, les directions confédérales se seraient contentées d’une journée le 31 mars pour dire qu’elles ont fait quelque chose. Quant à la direction de la CFDT, elle a d’ores et déjà fait savoir qu’elle se satisfaisait des promesses de Valls. Cela dit, nous devons continuer à nous adresser aux salariés organisés ou influencés par la CFDT, en particulier à ceux qui étaient avec nous dans la rue le 9 mars sur le mot d’ordre de retrait de la loi El Khomri.

Si on ne peut pas compter sur les directions syndicales, cela ne signifie pas non plus sombrer dans l’autre écueil, « gauchiste », qui consisterait à tourner le dos à la perspective d’un mouvement massif pour le retrait de la loi El Khomri. Cet écueil gauchiste c’est par exemple, préférer les « actions coup de poing » minoritaires au travail pour mobiliser des secteurs toujours plus nombreux dans la lutte. Que l’on soit clair, il n’y a pas de type d’actions à défendre ou à rejeter en soi, tout dépend du contexte. Le contexte actuel, c’est une mobilisation réussie le 9 mars, mais qui n’a pas encore fait le plein, ni dans la jeunesse ni dans la classe ouvrière. Nous pouvons et nous devons être de plus en plus nombreux dans les rues. Et c’est vers là qu’il faut aller et concentrer les énergies militantes, dans les entreprises, mais aussi vers les lycées, les LEP et les facs. Le contexte, c’est aussi une répression violente, avec des CRS qui vont jusqu’à intervenir dans les universités. Il faut aussi prendre ce contexte en compte.

Revenons sur 2010 : au-delà des grandes manifestations, il y a eu de nombreux blocages, notamment de zones industrielles ou d’usines. C’était bien, et dans les villes où il est parfois difficile de trouver ne serait-ce qu’une dizaine de militants pour distribuer des tracts aux portes des usines à 5 heures du matin, on pouvait organiser des blocages avec des centaines de manifestants. Mais ces blocages, si sympathiques qu’il est pu être, étaient finalement plus une faiblesse qu’une force du mouvement. Si on faisait des blocages, c’est qu’à part les raffineries, les cheminots et quelques secteurs de la fonction publique territoriale, il n’y a pas eu de grèves reconductibles. En 1936 ou 1968, il n’y a pas eu de blocages et pour cause, c’était la grève générale. Il ne s’agit donc pas en soi de s’opposer aux blocages, mais de bien avoir conscience que cela n’est pas suffisant. La perspective devrait plutôt être de développer, et en premier lieu dans des secteurs-clefs, des secteurs qui regroupent des milliers de travailleurs, des grèves reconductibles et de les étendre.

Ce n’est pas la perspective qu’ont les directions syndicales, mais c’est celle que les révolutionnaires doivent avoir. Nous n’en sommes pas encore là, mais une telle mobilisation se construit. La jeunesse a commencé à multiplier les rendez-vous d’ici le 31 mars, nous devons nous efforcer de ne pas laisser la jeunesse seule dans la lutte contre la loi El Khomri, appeler à rejoindre, depuis les boîtes, leurs manifestations, tout faire pour maintenir un climat de lutte et d’agitation qui peut favoriser un véritable coup de colère généralisée de la classe ouvrière.

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