Hongrie: parents et enseignants encore dans la rue contre la loi sur l’école

RFI, 17 mars 2016 :

Mardi 15 mars, jour de la fête nationale hongroise, près de 15.000 Hongrois ont défilé pour protester contre la mainmise du gouvernement de droite nationaliste de Viktor Orban sur l’éducation. C’est la plus grande manifestation depuis octobre 2014, lorsque le premier ministre avait retiré un projet de taxe sur Internet après la mobilisation d’une centaine de milliers de personnes. Les enseignants et parents d’élèves protestent contre le nouveau système scolaire, jugé trop bureaucratique et qui a supprimé l’autonomie des écoles et des pédagogues. A défaut d’être entendus, ils menacent de faire grève le 30 mars prochain.

Malgré la pluie glaciale, près de 15.000 personnes ont défilé mardi 15 mars sur l’avenue Andrassy, les Champs-Elysées de Budapest, avant de rejoindre la place Kossuth où trône le parlement néo-gothique. Ibolya Nagy est venue manifester, pour la troisième fois depuis le 3 février. Ce jour-là, des milliers d’enseignants étaient descendus dans la rue pour protester contre la loi de l’éducation publique adoptée en 2011 par la droite majoritaire au pouvoir. La loi a abouti à une centralisation et une bureaucratisation jugées excessives du système scolaire.

Ibolya, femme ronde et vive de 58 ans, est secrétaire à l’école Sandor Petöfi dans le XIème arrondissement de Budapest. Depuis que toutes les écoles publiques sont dirigées par le Klik (Centre d’administration Klebelsberg), un nouvel organisme créé par la loi, Ibolya travaille 12 à 13 heures par jour au lieu de 8 heures précédemment, sans salaire supplémentaire. Les écoles ont vu leur compte en banque supprimé. Pour acheter le moindre stylo, il faut passer par le Klik. C’est aussi lui qui paie les professeurs, et les factures de chauffage des écoles, parfois avec des mois de retard. Auparavant, les professeurs choisissaient les manuels scolaires sur une liste d’une quinzaine de livres agréés pour chaque matière. Aujourd’hui c’est le Klik qui impose les livres – il n’y a plus qu’un ou deux livres et ce sont les plus médiocres : les meilleurs ouvrages ont disparu de la liste. « On va dans le mur avec ce système !, explique à RFI Ibolya Nagy. Il empêche l’école de bien fonctionner, il empêche les gens de faire leur travail. C’est comme si on était des esclaves de l’Etat… »

Les revendications des manifestants

Le 15 mars 1848, le poète Sandor Petöfi prenait la tête de la révolution magyare contre les Habsbourg et rédigeait un manifeste en 12 points dont le premier exigeait l’abolition de la censure. Et le jeune poète déclamait ces vers : « Nous ne serons pas des esclaves… »

Mardi, les enseignants du collectif Tanitanék (« J’aimerais enseigner »), chef de file de la contestation, ont lu « leurs » 12 points à la foule. Ils réclament notamment l’autonomie financière des établissements scolaires, plus de liberté pédagogique pour les professeurs, et la transformation, voire la suppression du Klik. Ils exigent aussi la mise en place d’un véritable forum de négociations avec le gouvernement ; ce dernier a convoqué une table ronde mais les pédagogues la jugent illégitime car y siègent des organismes inféodés au pouvoir.

« Si, d’ici le 23 mars, Viktor Orban (le Premier ministre, NDLR) et Janos Ader (le président de la République, NDLR) ne présentent pas des excuses pour la politique menée depuis 6 ans dans le domaine de l’éducation, à tous ceux qu’ils ont humiliés et intimidés, alors nous ferons une grève d’une heure le 30 mars » a lancé Istvan Pukli, directeur du lycée Blanka Teleki, l’un des chefs de file du mouvement. Un ton qui traduit l’exaspération des pédagogues.

Selon la nouvelle loi de l’éducation, il est très difficile pour les enseignants, voire illégal, de faire grève. Pour faire respecter nos droits humains inscrits dans la constitution, nous n’aurons peut-être pas d’autre choix que d’enfreindre la loi, a souligné I. Pukli.

Le gouvernement fait quelques concessions

Quelques heures avant la manifestation, le Premier ministre Viktor Orban prononçait un discours à l’occasion de la fête nationale, devant environ 2.000 personnes. Le Premier ministre reste très populaire au sein de la bourgeoisie aisée et chez les retraités. « On a une chance énorme, en ces moments difficiles, d’avoir un politicien aussi talentueux et aussi intelligent à la tête du pays », assure Tel Ernö Takacs, ingénieur retraité de 68 ans. Mais beaucoup de Hongrois ne sont pas du même avis. Ils ne supportent plus ce gouvernement autoritaire et c’est aussi pour cela qu’ils sont descendus dans rue. « Il ne s’agit pas seulement de l’éducation… Cette protestation est un signe de mécontentement envers tout le système », explique Eszter György, professeur à l’université.

Le gouvernement a fait quelques concessions. Il a nommé un nouveau secrétaire d’Etat à l’Education publique. Ce dernier, Laszlo Palkovics, a annoncé que le Klik allait être restructuré d’ici le 1er juillet. Une carte bancaire devrait être donnée à chaque établissement scolaire pour pouvoir acheter les petites fournitures. « Des mesures cosmétiques » juge Ibolya Nagy selon laquelle « aucun gouvernement n’a jamais été capable de procéder à de vraies réformes ». L’éducation mais aussi la santé publique sont dans un état catastrophique, ajoute-t-elle.

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