Calais: «J’ai 35 ans, je suis prêt à mourir»

Nord Littoral, 14 mars 2016 :

Depuis mercredi 2 mars, des Iraniens se sont cousu les lèvres et ont entamé une grève de la faim, protestant notamment contre le démantèlement. L’un d’eux témoigne.

Bouche cousue, affaibli, Morad* a décidé de poursuivre sa grève de la faim, comme huit autres Iraniens. Une action forte, un geste d’automutilation pour attirer l’attention, être écoutés, protester contre le démantèlement, la situation des exilés. Ils ne veulent pas lâcher. Pour Morad, comme les autres, c’est une lutte au nom de tous les exilés. « Je n’ai pas d’enfant, je ne suis pas marié. J’ai 35 ans, je suis prêt à mourir », lâche-t-il sans sourciller. Il n’a rien à perdre et il le fait comprendre.


HCR et défenseur des droits

Mercredi et jeudi, des représentants du HCR et du défenseur des droits « les ont rencontrés », affirme un associatif. Ça ne suffit pas. Les pelleteuses détruisent chaque jour un peu plus la Jungle. De la fenêtre de l’Information center des No Border, là où les Iraniens trouvent refuge régulièrement et se reposent, Morad le voit. La destruction claque pour lui comme une violence supplémentaire. « On veut être entendus. » Depuis le 2 mars, ces Iraniens veulent que « l’expulsion cesse, que les violences fascistes cessent » et que « les frontières soient ouvertes ».

Un combat « pour tous »

Ce professeur de maths concède que « c’est difficile, on se sent malade, affaibli. J’ai parfois la tête qui tourne. » Mais insiste : « Je suis plus blessé de l’intérieur que physiquement. », rappelant qu’en quittant son pays, il a vécu pire. « Ils étaient déjà affaiblis avant leur grève de la faim. Ils savent que nous sommes là, qu’ils peuvent venir nous voir », indique Médecins sans frontières, dont la cabane rudimentaire est située face à l’Information center. Pas de suivi médical strict mais un œil attentif et une main tendue s’ils en ont besoin. Les risques d’une grève de la faim sont là, beaucoup tentent d’ailleurs de les dissuader de continuer.

« Je respecte leur choix, leur action », confie un activiste que Morad décrit « comme un frère ». « On les soutient, sans jamais essayer de les influencer. Je n’ai pas envie de les voir mourir, ça me travaille beaucoup, mais je respecte. » Pour Morad, c’est sûr : « Si on arrête, rien ne va changer. On doit continuer, c’est notre décision. Je le fais pour tous. » Les solutions proposées par le gouvernement, Morad n’y croit pas, il cite en exemple des amis pour qui la demande d’asile est tombée à l’eau, des galères d’exilés, coincés dans des procédures qui n’aboutissent pas, pointant du doigt « les droits de l’homme » qu’il cherche sans les trouver. « Ici, on n’a pas d’option. » Et de prévenir que si rien n’évolue, « oui, on est prêt à se coudre les paupières. » Il confie : « Je ne suis pas là pour prendre le travail des gens. D’où je viens, je suis réprimé. Ici, je viens demander de l’aide. » Un combat pour les autres, critiqué ou non, un combat fort.

*prénom d’emprunt

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