LOI TRAVAIL : NON, MERCI !

Article de Leona Lantana, Communisme-Ouvrier n°63, mars 2016

A l’heure où le gouvernement prévoit une nouvelle réforme du Code du travail, annonçant le démantèlement du cadre protecteur de la loi, quelques réalités sont bonnes à rappeler.

Ces brèves nous plongent dans le quotidien des salariées face à leur charge de travail, leur rémunération, leur évolution de carrière, leur droit à une vie privée et familiale, mais aussi leur investissement pour un travail bien fait et en conséquence, leur santé.

Juliette a 37 ans, elle est mère de trois enfants et travaille dans le secteur tertiaire. Elle a vu sa carrière s’effondrer au fur et à mesure qu’elle construisait sa vie de famille. A chaque congé maternité, une réorganisation de l’entreprise supprimait son poste. Contrairement à sa collègue, on ne lui a pas dit qu’elle avait trahi l’entreprise mais presque… Par trois fois, elle a dû consentir à changer de poste, puis de service jusqu’à encaisser une rétrogradation. Juliette a bénéficié du maintien de son salaire mais surpayée pour le poste, elle n’a pu prétendre à une augmentation depuis 8 ans. A sa demande d’évolution, une référente « ressources humaines » (RH) lui répond que l’entreprise n’acceptera jamais un manager à temps partiel.

Myriam a 42 ans, élève seule ses deux enfants et travaille en tant que cadre dans une petite entreprise. Elle occupe plusieurs fonctions à la fois et a appris sur le tas l’ensemble de ses missions. Elle a pourtant dû sacrifier une partie de sa vie familiale : 70 heures de travail par semaine, travail à domicile, appels téléphoniques pendant ses repos et congés. Elle a dû subir les reproches de son directeur, sa manie de faire et défaire son travail, ses humeurs. Myriam s’en est sortie mais elle aura sacrifié sa vie de famille et sa santé pour rien, puisque ses homologues masculins sont toujours mieux considérés.

Sofia a 28 ans, un enfant et travaille dans le secteur du service à la personne. Elle est à temps partiel, modulé sur l’année avec des périodes de forte activité et des périodes creuses. Ses journées sont morcelées. Elle est pistée par GPS. Certaines interventions sont planifiées, mais bien souvent on l’appelle du jour au lendemain. Ses heures varient de mois en mois. Ce qui arrange bien son employeur. Sofia, elle, ne gagne pas plus chaque mois. Et pourtant, elle a l’impression de devoir être à la disposition quasi permanente de son employeur.

Ces femmes ont fini par craquer, par pleurer, par s’épuiser. Parce qu’elles ont vu leurs droits bafoués, mais aussi parce que l’entreprise leur a imposé une disponibilité sans faille.

Mais elles ont décidé de résister avec l’appui des représentants du personnel et de l’Inspection du travail afin d’imposer à leurs employeurs le respect de leur personne et de leur vie.

Le Code du travail le permet encore aujourd’hui.

Et demain ?

A l’encontre même du principe de prévention « le travail doit s’adapter à l’homme », le projet de loi El Khomri prévoit qu’il appartient aux salariés de s’adapter aux besoins de l’entreprise.

Ainsi, en cas de restructuration de l’entreprise, le contrat de travail pourra être modifié de manière unilatérale sans garantie du maintien de salaire et de la qualification. Demain, Juliette pourra de nouveau être rétrogradée mais l’employeur n’aura plus l’obligation de lui maintenir son salaire.

Pour les salariés soumis à la rémunération au forfait, l’employeur n’aura plus l’obligation de veiller à leur santé et leur sécurité ni payer les jours supplémentaires. A sa demande de reconnaissance du travail fourni, Myriam se verra donc répondre : « Tu as pris tes responsabilités en travaillant pendant ton temps libre, il fallait mieux t’organiser ».

Enfin, l’aménagement du temps de travail dit « modulation » pourra s’étendre sur trois ans et ne fera plus l’objet d’un planning prévisionnel. Sofia ne verra pas l’organisation de son travail s’améliorer, bien au contraire. Et pour les heures supplémentaires, au bout d’un an, elle n’avait pas grand chose. Alors, au bout de trois ans…

Cette nouvelle offensive contre le droit du travail vise à briser les dernières mesures qui protégeaient les salarié-es contre les abus des employeurs. Le gouvernement et le patronat veulent faire de nous des travailleuses et travailleurs corvéables à merci, des variables d’ajustement de l’économie. Nous leur répondrons dans la rue le 9 mars 2016 : nos vies valent plus que vos profits ! Non à la loi El Khomri !

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