Guerre d’usure entre enseignants stagiaires et autorités marocaines

France 24, 24 février 2016 :

Des enseignants stagiaires qui manifestaient ont été violemment réprimés par la police dans plusieurs villes du Maroc, en début de semaine. Ces violences sont récurrentes dans le pays, où les enseignants stagiaires sont en grève depuis quatre mois, afin de réclamer la suppression de deux décrets ministériels controversés. Mais pour l’heure, les négociations semblent au point mort.

Le 22 février, les enseignants stagiaires se sont rassemblés dans une quarantaine de villes marocaines, comme ils l’avaient déjà fait auparavant. Ce jour-là, des violences ont notamment éclaté à Tanger, Kénitra, Tétouan, Khémisset ou encore Guelmim, faisant une trentaine de blessés.

Mustapha Idbelkacem, membre de la Commission nationale des enseignants stagiaires, réside à Casablanca.

« On est en grève depuis le 20 octobre, afin de protester contre un décret qui change les règles du jeu concernant l’embauche à l’issue de notre formation.
Avant, pour devenir enseignant, on devait passer un concours, puis on recevait une formation d’un an, avant d’être automatiquement embauchés dans la fonction publique. Cette année, il y a 9 912 enseignants stagiaires.
Désormais, les autorités souhaitent que l’on passe un autre concours à la fin de l’année de formation, pour nous recruter. Le problème, c’est que seuls 7 000 enseignants seront directement embauchés à l’issue de ce concours, pour des raisons budgétaires. Les autres se retrouveront donc au chômage ou seront contraints de rejoindre des établissements privés.

« On se dirige donc vers une privatisation de l’enseignement »

Concrètement, avec ce décret, le nombre d’enseignants dans les établissements publics va diminuer. C’est problématique car il y a déjà 20 000 postes manquants, et on se retrouve parfois avec 70 élèves par classe. En affaiblissant le système éducatif public, on se dirige donc vers une privatisation de l’enseignement, alors que de nombreux Marocains n’ont pas les moyens de mettre leurs enfants dans des écoles privées.

Par ailleurs, on proteste également contre un second décret ministériel, qui réduira de moitié la bourse mensuelle que l’on touche durant l’année de formation. Elle est censée passer de 240 à 120 euros environ.

« C’est la première fois qu’on se mobilise autant »

Afin de faire entendre notre voix, on organise des sit-in et des manifestations pacifiques depuis quatre mois. C’est d’ailleurs la première fois qu’on se mobilise autant. Mais on est régulièrement réprimés par la police et les Forces auxiliaires marocaines, qui nous donnent des coups de matraque, des coups de pied… Par exemple, le 7 janvier, à Inezgane, un enseignant stagiaire a été frappé au visage et a eu une épaule fracturée, nécessitant plusieurs opérations. Le 18 février, un collègue a perdu conscience pendant 18 heures, après avoir été frappé à Casablanca. Le 22 février, il y a eu au moins 38 blessés, dans cinq villes différentes. Je pense que les autorités utilisent la force pour nous décourager et qu’on cesse la grève.

« On ne compte rien lâcher tant qu’aucune solution n’aura été trouvée »

Mais on ne compte rien lâcher tant qu’aucune solution n’aura été trouvée. Le problème, c’est que les autorités refusent de revenir sur ces décrets. Elles proposent uniquement d’embaucher 7 000 enseignants à l’issue d’un premier concours en septembre, avant de recruter les autres lors d’un second concours en janvier prochain. De notre côté, on refuse cette proposition, car des élections législatives auront lieu en octobre, donc on ne sait pas ce qu’il adviendra dans les mois suivants, en cas de changement de gouvernement. On a peur que les 2 912 enseignants stagiaires restants ne soient finalement jamais recrutés.

Après plusieurs semaines au point mort, le gouvernement a finalement annoncé hier soir qu’il envisageait de reprendre le dialogue. On verra ce que ça donne… »

 

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