À Toulouse, le droit à l’avortement ne va plus tout à fait de soi…

La Dépêche, 1 février 2016 :

Un collectif pour la défense de l’accès à l’interruption volontaire de grossesses (IVG) tire la sonnette d’alarme. Faute de capacité d’accueil, les délais légaux sont parfois dépassés.

C’est un témoignage mis en ligne par la section syndicale CGT du centre hospitalier universitaire toulousain (CHU). En quelques mots, une infirmière raconte sa galère dans la soirée du 6 janvier, lors de laquelle elle s’est retrouvée seule pour s’occuper de 14 patientes dans le service gynécologie de l’hôpital Paule-de-Viguier, à Purpan. «Des malades qui souffrent, des équipes épuisées», qui pour les syndicalistes sont la conséquence de la restructuration engagée dans une unité, qui accueille notamment les interruptions volontaires de grossesse.

«Il s’agit du seul service public d’accueil dans la région, plaide la CGT. Alors que nous venons d’obtenir le tiers payant à 100 % pour tous les actes en lien avec l’avortement, il ne s’agit pas d’en perdre l’accès». Le syndicat dénonce notamment des suppressions de lit et un manque de personnel. Des accusations formellement démenties par le CHU qui a été contraint d’annuler sa traditionnelle cérémonie de vœux à l’Hôtel-Dieu, mardi dernier, pour prévenir une manifestation du collectif pour la défense de l’accès à l’IVG en Haute-Garonne. Ce qui n’a pas empêché les manifestants de faire irruption dans le bureau du directeur. «Nous demandons que les patientes venant pour une IVG aient réellement du personnel affecté avec du temps et la possibilité de soigner en sécurité», souligne le collectif. Pour le CHU, ces craintes n’ont pas lieu d’être. «Il n’y a aucun refus ou retard dans les prises en charge. Les unités de chirurgie ambulatoire et hospitalisation de jour accueillant l’essentiel des IVG ne sont pas concernées par la nouvelle organisation», plaide la direction.

Mais le collectif redoute toujours un décalage entre les intentions et la réalité. Dans un autre établissement de la ville, l’hôpital public Joseph Ducuing, une patiente n’a pas pu être prise en charge, il y a deux semaines. «Le personnel était débordé, raconte une permanente du Planning familial. Résultat, elle a dépassé les délais d’intervention, de 12 semaines de grossesse et nous avons dû l’accompagner à Gérone, en Espagne où les délais sont de 24 semaines». Ces passages obligés de l’autre côté des Pyrénées pour se faire avorter sont plus fréquents qu’on pourrait le croire et esquissent quand même l’ombre d’un problème sur la situation toulousaine. De son côté, le conseil d’administration du réseau régional d’IVG médicamenteuse en ville (REIVMP) entité indépendante du CHU, n’a pas signé l’appel du collectif. S’il ne partage pas ses inquiétudes sur la situation dans les services de gynécologie, il se dit malgré tout «vigilant pour que la prise en charge des femmes soit toujours de qualité».

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