Après la balle dans le dos d’Amine, la légifération du « permis de tuer » sur le dos de justice

Article publié par l’Initiative Communiste-Ouvrière :

« Je commençais à y croire, moi aussi » – répond le représentant du ministère public, Loïc Pageot visiblement ému à Amal Bentounsi, soeur d’Amine après l’annonce du jugement. « Je suis désolé Madame. » (Propos recueillis par « l’Humanité »)

Et pour y croire comme pour en être désolé, l’avocat général a toutes les raisons du monde. La mise en lumière des mensonges d’autres policiers (qui n’ont d’ailleurs jamais eu de sanctions disciplinaires) pour couvrir leur collègue Damien Saboundjian, le policier qui a abattu de dos Amine Bentounsi ce 21 avril 2012, les témoignages (que la police dans un premier temps ne voulaient pas recueillir) attestant qu’Amine est tombé sous les balles bien face à la terre, et d’autres indices, ont été suffisamment clairs pour que le représentant du ministère public ne croit pas en thèse de « légitime défense », plaide « homicide » et demande 5 ans de prison avec sursis et la destitution du policier de ses fonctions avec l’interdiction de les exercer. Les juges en ont décidé autrement.

Le tireur, acquitté, ressort libre et toujours policier.

Tirer plusieurs fois dans le dos d’une personne, la tuer froidement… pour finir tout simplement acquitté. Ce n’est pas réservé à tout le monde.

On ne peut pas ne pas penser à la victime et à sa famille et leur quête de vérité et justice. On ne peut non plus ne pas se dire, encore, qu’ il s’agit d’une justice clairement sélective. Une justice capable de condamner à de la prison ferme des ouvriers qui défendent leurs droits et leurs emplois. Une justice capable surtout de condamner une femme, Jacqueline Sauvage, à dix ans de prison ferme pour s’être défendue et avoir tué son bourreau qui depuis des années la violentait et violait, elle et ses filles. Une justice qui s’acharne contre toutes celles et ceux solidaires des réfugiés et autres migrants. Contre les sans-papiers. Contre celles et ceux qui essayent de survivre et d’autres qui, en plus, osent se lever contre les injustices. On ne peut ne pas penser à toutes ces victimes de la justice bourgeoise. Ni à celles de la force de l’ordre établi. De la police et la gendarmerie. A Remi Fresse et à Zyad et Bouna, par exemple… dans le tort n’était même pas d’avoir participé à un braquage mais dans une simple manifestation écologiste pour le premier ou bien tout simplement d’être jeunes dans un quartier populaire stigmatisé pour les seconds.

Ce n’est pas la première fois que les membres des forces de l’ordre sont acquittés suite à des « bavures », et actes prouvés volontaires, même quand ceux là coûtent des vies. Ce n’est pas la première fois que la justice se rend totalement complice de ces crimes.

Néanmoins, il faut signaler, encore et toujours, que ce jugement ne rend pas justice à la victime, quels que soient ses torts, ni à sa famille, et bafoue la vérité, ce qui est déjà à vomir et inacceptable.

Cet acquittement est d’autant plus symbolique, fort et terrifiant… il est d’autant plus dangereux qu’il arrive quelques jours avant les discussions parlementaires sur les propositions qui modifieront la notion de la légitime défense et les champs d’usage des armes à feu par la police dans le cadre de celle-ci.

Une jurisprudence qui légitime cette demande de longue date des forces de police… une préparation pour rendre légal ce qui se pratique déjà : « le permis de tuer et mutiler » ? Ça en a tout l’air.

Au-delà d’un acquittement qui assassine pour une deuxième fois la victime et la vérité avec, ce jugement intervient dans une période de climat nauséabond et dans une ambiance guerrière alimentée toujours plus par les politiciens, les médias et les extrêmes droites dans le but de rendre l’État d’urgence pratiquement permanent même s’il n’est pas prolongé au-delà du mois de février. La justice s’y met aussi pour exprimer tout son soutien et donner la carte blanche à ceux qui tuent et mutilent quasi-impunément, qui s’acharnent sur les exilés à Paris, qui cherchent à asphyxier avec leur gaz lacrymo même les enfants à Calais, qu’on utilise pour réprimer les grèves, manifestations, tout mouvement de contestations contre l’ordre établi. Qui, ce même jour et en pleine audience sur le meurtre d’Amine, se rendent coupable du « délit de faciès » en demandant les papiers, dans une salle pourtant remplie, à une seule et unique personne juste à cause de sa supposée origine.

C’est dans ce contexte que le gouvernement bourgeois et sa justice n’arrêtent pas d’envoyer des signaux d’impunité à leurs forces et comme une mise en garde à nous, toutes et tous.

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2 réponses à “Après la balle dans le dos d’Amine, la légifération du « permis de tuer » sur le dos de justice

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