Doha réforme sa loi sur les travailleurs étrangers, les ONG dénoncent un « simulacre »

Portail humanitaire, 30 octobre 2015 :

Critiqué pour les mauvaises conditions de travail des ouvriers étrangers sur les chantiers du Mondial-2022, le Qatar a aménagé sa loi sur les travailleurs, sans pour autant convaincre ses détracteurs.

L’émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani a promulgué mardi 27 octobre une nouvelle loi sur les travailleurs étrangers, alors que le pays était régulièrement critiqué notamment à cause de son système de parrainage controversé qui met ces travailleurs à la merci des employeurs qataris.

Or, Doha a aménagé sans l’abolir la « kafala », assimilée à de l’esclavage moderne, puisqu’il interdit à tout ouvrier étranger de quitter le pays sans l’accord de son employeur et le prive de la possibilité de changer d’emploi.

Concrètement, la nouvelle réglementation permettra à un travailleur étranger de demander une autorisation de sortie du pays au ministère de l’Intérieur. S’il ne l’obtient pas au bout de trois jours, il aura la possibilité de s’adresser à une commission de recours.

Il pourra également changer d’employeur à la fin de son contrat. Selon la loi actuellement en vigueur, il doit quitter le pays à la fin de son contrat et ne peut y revenir que deux ans plus tard, à condition que son ancien employeur n’y objecte pas.

Des voix se sont élevées pour dire que cette réforme, qui n’entrera en vigueur qu’en 2017, ne changera en rien la situation des travailleurs sur les nombreux chantiers du richissime émirat gazier, notamment ceux liés au Mondial-2022 de football. En 2013, le journal britannique « The Guardian » avait publié une enquête révélant que des dizaines de travailleurs népalais sont morts au Qatar sur les chantiers de la Coupe du monde et que des milliers d’autres travaillaient dans des conditions inhumaines. Des affirmations déjà révèlées en juin 2012 par l’association Human Rights Watch (HRW) qui avait publiéun rapport de 146 pages sur les conditions de « travail forcé » des ouvriers.

Environ 1,8 million d’étrangers travaillent au Qatar, dont un grand nombre provenant du sous-continent indien. Leur nombre doit atteindre 2,5 millions d’ici 2020, alors qu’ils représentent déjà 94 % de la population du pays. Le ratio le plus élevé au monde.

« Occasion perdue »

Pour Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale et critique virulente du Qatar, la nouvelle loi n’est qu’un « simulacre ». Elle « n’abolit pas le fameux permis de sortie et les travailleurs auront toujours besoin de l’autorisation de leur employeur pour pouvoir quitter le pays ».

Cette nouvelle réglementation ne va « probablement pas conduire à une amélioration de la situation » des travailleurs étrangers, a estimé Nicholas McGeehan de l’ONG Human Rights Watch.

« L’un des aspects décevants de la loi est qu’apparemment, l’employé aura toujours besoin de l’accord de son employeur pour quitter le pays », a-t-il déclaré à l’AFP.

Mustafa Qadri, d’Amnesty International, a parlé d’une « occasion perdue ». « Nous nous félicitons de (cette) tentative de réforme mais nous avons besoin de plus » que ça, a-t-il indiqué.

La permission de sortie est la clé de voûte du système de la « kafala ». Sa suppression ou son maintien ont fait l’objet de débats animés cet été au sein du Conseil consultatif du Qatar, une assemblée désignée, qui était récalcitrant à l’abandonner.

La situation des travailleurs étrangers dans l’émirat a attiré l’attention d’ONG et d’organisations internationales depuis que la Fédération internationale de football (Fifa) a attribué en 2010, à la surprise générale, l’organisation de la Coupe du monde 2022 à ce petit pays du Golfe.

Les autorités, qui avaient promis de réaménager le système de la « kafala » avant la fin de 2015, ont annoncé en le mois dernier une autre mesure supposée améliorer les conditions des travailleurs étrangers : le contrat électronique.

Selon le nouveau système, qui n’est toutefois pas obligatoire, les ouvriers pourront accéder à un site internet du gouvernement, où ils seront en mesure de lire dans leur langue les termes de leur contrat de travail.

Début septembre, Doha a également annoncé son intention de garantir à temps le paiement des salaires au moyen de cartes électroniques.

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