La répression de la police européenne contre les réfugié-es dans les Balkans ne faiblit pas

La période où les réfugié-es après des galères rencontrées en Grèce et Macédoine pouvaient entrer en 15 minutes en Serbie, circuler , se poser si nécessaire dans quelques camps actifs, voire se soigner, avant de poursuivre leur chemin vers l’UE est désormais terminée.

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. La dernière frontière ayant été « ouverte » pour des réfugié-es, sans enregistrement, sans camps « d’accueil » fermés, sans tri entre les réfugié-es, sans attente des « transports obligatoires » etc. , tout ce qui faisait que le passage de Presevo entre la Serbie et la Macédoine était vécu comme un peu de répit et de repos après les matraques et le gaz lacrymo de la police turque, grecque et macédonienne, tout ça part en éclats depuis jeudi 1er octobre. Et cette frontière commence de plus en plus à ressembler à toutes les autres frontières à l’extérieur et l’intérieur des Balkans et de l’UE : un mur froid et hostile difficilement franchissable, les interrogatoires, les enregistrements et les tris, des heures, voire des journées et nuits entières d’attente sous la pluie et le froid.

Et pourtant, l’ouverture de ce passage de Presevo a tenu bon pendant plusieurs mois. Depuis le début de l’année, près de 250 000 personnes l’ont traversé avec en moyenne 15 minutes d’attente. Même si les camps en Serbie, que ça soit à Presevo, à Belgrade ou ailleurs, par manque des moyens car montés surtout par des associations locales et gens solidaires, où l’ingérence  de l’Etat et des organisations humanitaires institutionnelles était ramené à un stricte minimum, étaient plutôt faibles en terme des conditions, il y avait tout ce qu’il fallait pour les premiers secours : de l’eau et de la nourriture, des dispensaires médicaux, des vêtements, des informations en plusieurs langues, des personnes solidaires et aidantes … et surtout la liberté de s’organiser pour les réfugié-es, partir à n’importe quel moment vers n’importe quelle destination sans risquer le matraquage ou garde à vue et c’est justement ce que les réfugié-es veulent avant tout autre chose. C’est entre autre ce qui a permis de résister pendant des semaines à la frontière avec la Hongrie et même organiser plusieurs fois les manifestations et réussir un tas de  passages forcés en groupe.

Cela ne nous fera quand même pas oublier que les autorités serbes, depuis la fermeture de la frontière hongroise, orientaient des bus et trains surtout vers la Croatie. C’est un fait depuis près d’un mois. Cela ne nous devrait pas oublier non plus que dans la région de Presevo et ailleurs en Serbie, malgré la surveillance par des réseaux d’associations et d’organisations politiques de gauche qui voulaient empêcher les abus, tout un tas de gens, de taxis, de commerçants, de transporteurs profitaient de la misère des réfugié-es et monnayer la nourriture, les téléphones et le transport . Mais le mouvement de la solidarité a été réel et bien présent, à la frontière comme dans des villes à l’intérieur de la Serbie.

Le comportement du gouvernement serbe, qui n’a surtout pas pu faire autrement face à la mobilisation de la société civile et le manque des moyens répressifs mais qui a aussi profité de cette opportunité pour se redorer l’image à l’international par une « gestion humaniste de la crise », agaçaient l’UE depuis quelques mois. Le blocus économique vers la Serbie de la frontière croate il y a dix jours et la pression politique européenne ont eu raison sur le prétendu humanisme du gouvernement serbe… et très vite. Il fallait une semaine de pression européenne, ainsi que quelques promesses, pour que l’Etat serbe renforce le contrôle sur sa frontière sud vers la Macédoine et notamment le point de passage de Presevo. Et comme si ça ne suffisait pas, dès jeudi 1er octobre sous couvert d’une action (Kosana 2015) contre les « passeurs », Europol a envoyé une centaine de flics de pratiquement tous les pays européens pour aider leurs collègues serbes. Le résultat : quelques taxis, officiels ou sauvages, arrêtés, quelques marchés sauvages d’aliments démantelés… mais aussi, selon des associations, au moins trois personnes qui, par solidarité voulaient emmener les réfugiés à bord de leurs véhicules privés à Belgrade, placées en garde à vue !

Pour rappel, ce n’est pas la première fois que l’UE somme la Serbie de respecter ses engagements liés à la protection des frontières, les obligations qu’elle a en tant qu’un pays candidat à l’UE. C’est d’ailleurs l’UE qui a imposé la modification du droit d’asile serbe en 2014, en adéquation avec les accords de Dublin qui ne s’y appliquent pas d’ailleurs, suite à une vague des réfugiés du Kosovo, comme ça a été fait avec la Macédoine en juin 2015, suite à la vague des réfugiés du Moyen Orient. En effet, depuis la fin 2013 et en 2014, près de 300 000 personnes du Kosovo et d’Albanie se sont réfugiées, fuyant leurs gouvernements dictatoriaux corrompus, via la Serbie vers les pays de l’UE. Cela a obligé la Serbie de modifier sa loi gérant le droit d’asile afin de rendre obligatoire l’enregistrement pour chaque réfugié entrant dans le pays avec 72h pour quitter le pays ou déposer le dossier de demande d’asile, sans quoi le réfugié est renvoyé dans son pays d’origine. Tout dans le cadre de la politique globale de « contrôle et protection des frontières extérieures de l’Union Européenne ».

Même si c’est la police serbe qui enregistre les réfugié-es à l’aide de 8 ( !) ordinateurs sur place, ce sont bien les forces de l’Europol qui se charge de « la sécurité » avec des nouvelles règles : chaque réfugié-e doit être enregistré-e avant de traverser la frontière, chaque réfugié-e doit attendre dans le « camp d’accueil » avant d’être transporté ailleurs , aucune personne sans être membre d’une organisation humanitaire accréditée (notamment la Croix rouge) ne peut accéder à la frontière ni aux camps.

Du coup, de 15 minutes d’attente, on est passé à  7  heures. La frontière qui accueillait près de 5000 personnes par jour, aujourd’hui n’en accueille que quelques centaines et en a plus de 5000 en permanence dehors sous la pluie et dans le froid. De plus en plus de personnes évitent de franchir la frontière hors points de passage officiel à cause de fréquentes arrestations, environ 13000 depuis le début de l’année, et plus de la moitié juste pour la dernière semaine. Les gens sont donc bloqués. Et toutes les associations locales et les gens solidaires n’ont plus ou très difficilement l’accès sur place pour leur venir en soutien.

quelques photos prises à Presevo (point de passage de Macédoine vers la Serbie):

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Ces attaques contre la solidarité ne sont pas anodines. La majorité des organisations politiques de gauche et extrême gauche, ainsi que des associations, en Serbie, Croatie et Slovénie partagent ce constat. La stratégie des forces répressives européennes qui consiste à couper les populations locales, notamment celles solidaires qui veulent aider, des réfugié-es se ressent ailleurs aussi. On retrouve le même cas de figure par exemple à la frontière entre la Serbie et la Croatie. Ici aussi, très peu de possibilités pour les associations locales d’accéder aux endroits où les réfugié-es sont livré-es à eux/elles-mêmes, ni à ce qu’on appelle « les camps d’accueil » qui ne sont que des gigantesques centres de tri aux conditions de détention déplorables cogérés par la Croix Rouge à l’intérieur et les forces répressives à l’extérieur. Il est également formellement interdit d’aider les réfugiés à passer la frontière et transporter les réfugié-es  à l’intérieur de la Croatie et de la Slovénie. Les sanctions, renforcées depuis le mois dernier, peuvent aller d’une amende financière jusqu’à prison ferme. Par exemple, en Macédoine la sanction pour le délit de solidarité peut aller jusqu’à 8 ans d’emprisonnement. A coté de ça, en Slovénie et en Croatie, les porte-paroles des gouvernements aidés par des responsables de la Croix Rouge essaient via les médias de décourager les populations à venir à la frontière fournir de l’aide. Dans leurs discours on apprend que les organisations humanitaires accréditées ont suffisamment de volontaires, qu’il y a suffisamment de nourriture, de médicaments et de vêtements, que tout se passe bien et qu’il n’y a pas de temps d’attente pour les réfugié-es qui sont dès l’arrivée à la frontière hébergés dans des lieux chauds en attendant le transport etc. Alors que les informations envoyées par des réfugié-es et leurs soutiens sur place affirment justement le contraire : pas de présence de la Croix Rouge ni des organisations humanitaires, surtout s’il n’y a pas de médias, très peu de présence médicale, des centaines et parfois des milliers de gens bloqués dans le no mans land à cause de la lenteur des enregistrements et des transports vers les camps, manque de couvertures, de nourriture, de l’eau etc. Les camarades du Collectif des militant-es libertaires de Croatie ainsi que du Front antiraciste sans frontière de Slovénie envoient régulièrement des informations sur le double discours des autorités croates et slovènes et des réalités sur place pour les réfugié-es.

Quelques photos prises dernièrement aux abords du camp d’Opatovac à quelques kilomètres de passage de Tovarnik. La capacité du camp est officiellement de 4000 personnes, les réfugié-es doivent obligatoirement passer par ce camp, n’en aucune liberté de circulation, et ne peuvent en sortir qu’à la demande de la police et la croix rouge qui organisent les transports vers la Hongrie ou la Slovenie. Plusieurs émeutes y ont eu lieu depuis son ouverture mi-septembre. On trouve ce type de camps, à une capacité moindre, dans d’autres endroits de Croatie mais aussi Slovénie, Hongrie ou encore Grèce.

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A l’entrée du camp un tri est effectué entre les célibataires et les familles, mais aussi sur la base ethnique ou religieuse

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A l’intérieur du camp les réfugié-es se voient attribuer un bracelet de différentes couleurs portant leurs noms, la date de naissance et la nationalité. Selon le ministre croate des affaires intérieures et les responsables de la Croix Rouge, c’est pour une « bonne gestion des populations prioritaires ». Ce procédé, ainsi que les divisions et le tri tout simplement, sont dénoncés par des réfugié-es eux/elles-mêmes et une bonne partie des associations et organisations de gauche en Croatie. Photo de « jutarnji dnevnik », journal croate. 

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Les autorités veulent de toute évidence à tout prix diviser au maximum et éviter la possibilité pour les réfugié-es de s’organiser avec leurs soutiens locaux par crainte des nouvelles manifestations comme celles du mois dernier à Horgos à la frontière entre la Serbie et la Hongrie ou encore d’il y a trois semaines sur différents points de passage entre la Croatie et la Slovénie. A cela on peut ajouter aussi des révoltes au sein des camps de tri qui ont eu des échos à l’extérieur notamment grâce à la présence des soutiens. Et c’est cette présence, ce soutien et cette lutte tout simplement que les autorités européennes veulent éliminer. Elles font tout pour mettre également l’accent et jouer sur les divisions ethniques et religieuses entre les réfugié-es eux/elles mêmes.

Récente expulsion du camp « no border » autogéré par des réfugiés et leurs soutiens à Vintimille, la répression policière contre les militant-es venu-es de France prêter main forte, ainsi que tous les récents événements à Calais montrent que c’est une stratégie généralisée de répression contre les réfugié-es et leurs soutiens qui englobe toute l’Union Européenne par les Balkans jusqu’en Turquie.

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