Racisme ça suffit !

Interview publiée dans « Communisme-Ouvrier n°57« , bulletin de l’Initiative Communiste-Ouvrière :

Rémy Vienot est Président de l’association Espoir et Fraternité Tsigane de Franche-Comté. Il répond aux questions de l’Initiative Communiste-Ouvrière pour nous parler de son association et de la « marche blanche » organisée le 5 août dernier par des élus à Thise, petite commune à côté de Besançon, derrière une banderole raciste.

Tsi

Camille Boudjak : Bonjour Rémy, pourrais-tu te présenter ainsi que ton association ?

Rémy Vienot : J’ai créé l’association Espoir et Fraternité Tsigane de Franche-Comté il y a 4 ans parce que dans notre région il n’y avait rien pour la défense des gens du voyage. J’ai auparavant fait partie d’une association qui s’appelait « La Roulotte de la Solidarité Tsigane » dans le Sud.

CB : Pourrais-tu nous donner quelques exemples d’actions qui ont été menées par ton association depuis sa création, à Besançon ou dans d’autres communes ?

Rémy Vienot : Nous avons empêché en 2013 l’expulsion en plein hiver des gens du voyage de l’aire d’accueil de Besançon. Nous avons soutenu des familles qui étaient en manque de places et à qui on a coupé l’eau et l’électricité. Nous avons également soutenu des familles à Dôle qui vivaient sur une aire d’accueil totalement insalubre dans des conditions inhumaines. Grâce à notre action cette aire d’accueil a été refaite à neuf.

Nous avons fait retirer un panneau discriminant envers les gens du voyage dans une commune à côté de Besançon. Dernièrement l’association a aidé un petit garçon paraplégique à Pontarlier, il y a beaucoup de travail à faire là-bas car les gens du voyage sont sur une aire d’accueil pitoyable.

CB : Le 5 août à Thise, à côté de Besançon, une « marche blanche » organisée par des élus a fait beaucoup parler d’elle, est-ce que tu peux nous en dire deux mots ?

Rémy Vienot : Cela nous a choqués tout de suite car la banderole derrière laquelle les élus ont défilés était violente. Il était écrit : « Invasion des gens du voyage, ça suffit ». Nous ne sommes pas des envahisseurs, c’est scandaleux et honteux d’écrire de telles choses alors que les gens du voyage ont le droit de voyager, la loi existant en France garantit la liberté de circuler pour tout le monde.

CB : Beaucoup de politiciens dans l’agglomération de Besançon mettent en avant qu’il y a une aire d’accueil à Thise pour les gens du voyage, et font mine de se demander pourquoi est-ce que ceux-ci ont voulu s’installer ailleurs. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu ce qu’il en est ?

Rémy Vienot : L’aire de grand passage de Thise, qui est juste à côté de l’endroit où se sont installés les gens du voyage, a une capacité maximum de 80 caravanes sur le papier. Or, je peux vous garantir qu’on n’en met même pas 60 bien serrées. Sachant qu’une mission de grand passage, c’est minimum 150 caravanes, le calcul est vite fait : tu ne mets pas 150 caravanes là où tu ne peux en mettre que 60. Donc forcément, il y a toujours un problème. Pourtant la loi Besson est claire et dit bien qu’une aire de grand passage doit avoir une capacité maximum de 200 caravanes.

Pour en revenir à la manifestation des élus, il y a eu dès le soir de la marche avec la banderole, un communiqué du maire de Besançon dénonçant une agression violente par des membres de la communauté des gens du voyage.

Il faudrait rappeler deux ou trois choses. D’abord, le maire de Thise a bloqué l’accès à son village dès que les gens du voyage arrivaient, comme si tout le monde avait le droit d’entrer dans sa commune sauf les gens du voyage. Ensuite, ce qui est qualifié « d’agression violente », c’est que le maire a été poussé parce qu’il empêchait les véhicules de passer. Les gens de la communauté des gens du voyage de la mission l’ont donc poussé et il s’est débattu très violemment. Il a finalement eu ce qu’il voulait, c’est-à-dire un petit bout de chemise déchiré. C’est à partir de ce moment-là que c’est devenu une « agression violente ».

Il y a donc eu ce communiqué du maire de Besançon que j’ai encore du mal à le digérer. Ce communiqué, à partir du moment où il a été mis sur sa page Facebook, en l’espace d’un quart d’heure il y avait une bonne cinquantaine de commentaires racistes, certains parlant de génocide, d’autres proposant de s’en prendre aux enfants du voyage pour les toucher directement.
Pour moi, si je peux comprendre parfois les politiciens, je n’arrive pas à concevoir qu’ils soient obligé d’arriver à inciter à la haine contre toute une communauté, c’est intolérable, je ne l’accepte pas et je dis clairement que ces politiciens-là, je les combattrai toute ma vie.

CB : Je crois que c’est bien ça le fond du problème, c’est que la banderole n’est pas contre une ou deux personnes mais bien contre l’ensemble d’une communauté…

Rémy Vienot : Oui c’est contre toute la communauté. Parce qu’en plus, on aurait pu dire que ce sont des groupes évangéliques donc on ne s’en soucie pas ; mais non, le message qui était écrit et tenu par ces élus de la République était bien à l’intention de toute la communauté des gens du voyage. Je le redis : nous ne sommes pas des envahisseurs, c’est scandaleux et honteux de tenir de tels propos !

CB : Après cette marche derrière cette banderole raciste, quelles ont été les réactions ?

Rémy Vienot : J’étais tellement surpris par cette manière de faire et par le direct de France 3 dans lequel on voyait ces élus tout sourire tenant cette banderole que j’ai envoyé un communiqué à L’Est républicain pour dire que j’étais choqué, et pourtant au moment où j’ai fait ce communiqué, je ne connaissais même pas encore le fond de l’histoire. Ce que je peux dire c’est que tout est allé très vite, que personne n’a cherché à savoir si cette agression était violente ou pas, à démêler le vrai du faux. Les élus ont tout de suite communiqué et organisé la « marche blanche ». A ce sujet, normalement, on fait une « marche blanche » quand quelqu’un est mort. Là, personne n’est mort, il n’y a même pas de eu de blessé et on fait une « marche blanche ». Tu sais, je connais une famille à Troyes qui avait un petit garçon de 10 ans qui a brûlé et qui est mort dans sa caravane parce que simplement là-bas à Troyes ils interdisent des familles de rentrer sur les aires d’accueil à vie.

Donc, les gens se retrouvent dans les champs ou dans les bois avec leur caravane sans eau ni électricité et sont obligés de se chauffer à la bougie. Et forcément, des drames arrivent. Là, pourquoi les élus n’ont-ils pas fait de marche blanche pour le petit garçon de 10 ans ? Par contre, quand il s’agit d’attiser la haine contre notre communauté, ils sont là ! Ca me scandalise.

CB : Certains élus disent qu’ils n’ont pas lu ce qu’il y avait d’inscrit sur la banderole, est-ce que tu as quelque chose à dire là-dessus ?

Rémy Vienot : [rire] C’est du Grand-Guignol il faut arrêter… Après, à titre personnel, je suis prêt à leur pardonner. Mais il faut qu’ils arrêtent d’être des suiveurs comme ça, parce que là ce n’est pas possible. Le mal est fait quoi qu’il en soit. Il n’y a qu’une seule chose qui pourra apaiser ce mal, c’est des excuses publiques et une meilleure compréhension de la communauté des gens du voyage. Encore faut-il qu’ils le veulent, parce que je pense réellement et sincèrement qu’il y a quand même un sacré mépris pour notre communauté.

CB : Il y a aussi une pétition ?

Rémy Vienot : Oui, nous avons lancé une pétition avec plusieurs organisations qui ont acceptées d’être signataires avec nous dont France Liberté Voyage gérée par Milo Delage, des organisations politiques comme le NPA et l’Initiative Communiste-Ouvrière et des associations étudiantes de Besançon. La pétition est actuellement à plus de 1 200 signatures en l’espace de quelques jours.

CB : Et pour la suite est-ce qu’il y a des actions qui sont prévues ?

Rémy Vienot : Oui, car on ne peut pas laisser passer ça. Notre association a lancé un appel pour organiser une manifestation avec comme mot d’ordre le fond du problème de tout ça. Le fond du problème, c’est le manque de places pour les gens du voyage et l’accueil des gens du voyage, et non la stigmatisation permanente comme on le fait. Il faut que ça soit ce mot d’ordre.

CB : Merci Rémy, est-ce que tu voudrais ajouter quelque chose avant qu’on se quitte ?

Rémy Vienot : Je voudrais te dire merci à toi, parce que c’est aussi grâce à toi que nous avons réussi à gagner beaucoup de combats. Même si je sais que tu n’aimes pas les flatteries, je te dis merci (rire).

La manifestation aura lieu le samedi 19 septembre, Place du 8 septembre à Besançon.

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