Beyrouth : « Nous voulons que la classe politique libanaise nous rende des comptes ! »

L’Orient le Jour, 29 août 2015 :

Répondant à l’appel à manifester lancé par le collectif de la société civile « Vous Puez! », des dizaines de milliers de Libanais, venus de tout le Liban, se trouvaient, samedi soir, sur la place des Martyrs, pour exprimer leur rancœur envers une classe politique jugée corrompue et incapable d’offrir les services de base. Parmi eux, Sélim, âgé d’une cinquantaine d’années. « Je suis là à titre individuel car je suis dégoûté. Nous voulons que la classe politique nous rende des comptes », dit ce Libanais travaillant dans la restauration.

Cette campagne de protestation est née avec la crise des déchets qui sévit au Liban depuis la fermeture programmée, le 17 juillet dernier, de la décharge de Naamé, au sud de Beyrouth. Depuis cette date, le gouvernement est incapable de trouver une solution à une crise pourtant annoncée, et les ordures s’amoncellent dans les rues de Beyrouth et d’autres villes du Liban. Cette crise a été le catalyseur d’un vaste mouvement de ras-le-bol, au sein de la population libanaise, qui, depuis plusieurs jours, dénonce aussi la corruption endémique, le dysfonctionnement de l’Etat et la paralysie des institutions politiques.

« Dans d’autres pays, les responsables politiques démissionnent pour moins que ça. Des milliards sont volés et on ne bouge pas. J’espère que ce mouvement va aboutir à quelque chose. Je suis prêt à dormir ici. Il faut rester jusqu’à ce que nous atteignons notre but, sinon ça ne marchera pas », ajoute Sélim.

La place des Martyrs, samedi, ressemblait à une mer de drapeaux libanais, distribués par les organisateurs de la manifestation. Pas de drapeaux de partis politiques en revanche. Beaucoup de pancartes, aussi, clairement fabriquées par chacun à la maison, signe de la spontanéité du ras-le-bol exprimé. Des pancartes dénonçant la corruption, une par exemple, représentant le chef du Parlement, Nabih Berry, rebaptisé Ali Baba, et ses 128 députés « voleurs ». Sur une autre pancarte, un message « Vous nous dégoûtez! ». Sur une autre pancarte, on peut lire « La poubelle consensuelle du Liban vous souhaite la bienvenue ». Ou encore « Vous nous avez fait oublier ce qu’est l’électricité, ce qu’est l’eau, le droit à la santé, à la propreté, les routes asphaltées. Nous sommes aujourd’hui venus vous faire oublier ce qu’est un pouvoir et ce qu’est une autorité ».

« La peur ne nous paralyse plus »

Dans la foule, composée de jeunes et de moins jeunes et de nombreuses familles, Moussa, ironique, « remercie le gouvernement qui nous a obligés à nous réveiller et à nous unir ». « Je n’ai plus peur pour ce pays. Même les casseurs (qui ont sévi lors de manifestations similaires le week-end dernier au centre-ville de Beyrouth, ndlr) passaient un message et voulaient faire entendre leur voix. Nous voulons un Etat qui nous respecte et qui nous assure des emplois », ajoute ce jeune homme de 30 ans, qui travaille dans l’audit.

Vingt-cinq ans après la fin de la guerre, l’électricité est rationnée et chaque été l’eau vient à manquer dans de nombreuses régions alors même que le Liban est le pays le plus arrosé du Moyen-Orient.

« Je suis là parce que je suis un citoyen, parce que le temps est venu pour nous d’avoir notre liberté. La situation dans ce pays est devenue insupportable, la corruption a atteint des niveaux records. Cette manifestation représente tout ce que je chante », explique le célèbre chanteur libanais, Marcel Khalifé.

Certains manifestants crient « Révolution ! », alors que d’autres distribuent des tracts où est écrit « Vous puez! ». En fond sonore, une chanson populaire de Pascale Sakr : « Quand le peuple descend dans la rue, la voix de la faim est plus forte que celle des canons ». Parmi les slogans, « Que le régime des voyous tombe », « Machnouk (ministre de l’Environnement, ndlr) calme-toi, ce peuple a des droits », « Le 14 et le 8 Mars ont fait de ce pays un grand souk ».

« Je soutiens totalement les masses qui n’ont pas peur. La peur ne nous paralyse plus. Mais je suis contre la violence, qui finalement, tourne à l’avantage des autorités », déclare, de son côté, Khalil Chemayel, 71 ans, éditeur à la retraite.

Sur la place des Martyrs, des FSI tentent de brandir une banderole sur laquelle est écrit : « Nous sommes au service du peuple ». Immédiatement, les manifestants crient leur colère.

Le week-end dernier, des manifestations similaires, organisées place Riad Solh, s’étaient achevées dans la violence, des fauteurs de l’ordre tentant de démonter les barbelés érigés devant le Grand Sérail, siège du gouvernement. Ce samedi, une heure après le début de la manifestation, l’ambiance était bon enfant, place des Martyrs. Les organisateurs, pour éviter tout dérapage, ont constitué un service d’ordre de 500 membres. A partir de 20h30, la tension est néanmoins montée d’un cran quand des manifestants sont passés de la place des Martyrs à la place Riad Solh, à quelques centaines de mètres, devant le Grand Sérail, siège du gouvernement.

Les manifestants ont une multiplicité de demandes, de la chute du gouvernement, à l’organisation de législatives et d’une présidentielle. Depuis les dernières élections de 2009, le Parlement a prolongé à deux reprises son mandat et les députés n’ont pas réussi à élire un président de la République, poste vacant depuis mai 2014. Les responsables du collectif « Vous Puez! », demandent, en plus, la démission du ministre de l’Environnement Mohammad Machnouk, le transfert de la collecte des déchets aux municipalités et le jugement des auteurs des violences du week-end dernier.

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