Paris : les migrants manifestent après la garde à vue de trois soutiens et d’un réfugié

Les Inrock, 16 août 2015 :

Trois membres du collectif “La Chapelle en lutte” et un réfugié ont été libérés ce 15 août après 48 heures de garde à vue. Ils ont été déférés. En réaction, les migrants qui occupent le lycée Budé (XIXe) à Paris ont manifesté pour leurs droits et contre la répression policière. Reportage.

migChap

Après quinze jours d’occupation par les migrants, le lycée Budé, situé au 7 rue Jean Quarré, dans le XIXe arrondissement de Paris, a tout d’une “Maison des réfugiés”, comme le souhaitaient leurs soutiens, organisés dans le collectif “La Chapelle en lutte”. Sur sa façade, un street artist a dessiné un migrant afghan en perpétuelle transhumance. “Refugees are survivors” (les réfugiés sont des survivants), peut-on lire au-dessus de lui. De l’autre côté de la cour, un tag semble lui répondre : “Refugees struggle” (les réfugiés luttent). C’est effectivement le cas ce 15 août.

En plein centre du terrain de basket, l’ordre du jour d’une Assemblée générale a été inscrit sur un tableau blanc. A 16h30, une centaine de personnes écoutent les intervenants qui se succèdent. Ils seront environ 200 une heure plus tard. L’objet de l’AG : faut-il maintenir la manifestation prévue ce jour-là, à l’appel de “La Chapelle en lutte”, pour dénoncer l’arrestation de trois soutiens et d’un réfugié le 12 août ?

Trois soutiens et un réfugiés déférés : jugement le 9 octobre

Ces derniers avaient été arrêtés par la police alors qu’ils occupaient pacifiquement le centre d’hébergement Pernety, géré par Emmaüs, dans le XIVe arrondissement. Ils y étaient venus pour soutenir les migrants du centre, qui avaient entamé une grève de la faim la veille afin de dénoncer “la mauvaise qualité de la nourriture, la propreté qui laisse à désirer, la quasi-absence de services de soins médicaux et surtout la lenteur extrême” des procédures administratives pour les demandeurs d’asile.

Le 12 août, dans un communiqué commun, la ville de Paris et Emmaüs Solidarité ont pourtant condamné “les menaces et les insultes proférées à l’égard des équipes d’Emmaüs Solidarité ainsi que la séquestration des salariés et des migrants présents, qui ont contraint la police à intervenir”. Le matin du 15 août, les trois soutiens et le réfugié (Yacoub, un migrant lybien de 27 ans qui tient souvent le rôle de porte-parole de ses camarades) arrêtés ont été libérés après 48 heures de garde à vue. Ils ont été déférés pour “violences, insultes et séquestration” suite à une plainte déposée par Emmaüs. Des chefs d’inculpation mensongers et injustes selon leurs soutiens. Dans un communiqué, les migrants du centre Pernety affirment qu’ils sont à l’origine de la fermeture de la porte du centre, pas “les soutiens extérieurs”, et qu’ils ont laissé sortir le directeur ainsi qu’une employée quand elle en a formulé la demande. Le jugement aura lieu le 9 octobre.

“Comment faire entendre notre voix si nous sommes invisibles ?”

Devant l’AG composée de migrants et de soutiens, Jalel, qui s’exprime en arabe (deux interprètes traduisent toutes les interventions en français et en farsi), au nom des réfugiés du centre Pernety, affirme haut et fort qu’il n’y a pas eu de séquestration. Pour lui “tant qu’on est pacifique, nous avons le droit de manifester et nous devons le saisir”. Certains sont plus frileux à ce propos : “Il faut être irréprochable, et améliorer nos relations avec le voisinage, avant d’être revendicatif”, affirme ainsi Mustafa. Mais “comment faire entendre notre voix si nous sommes invisibles ?, interroge Sélim, membre du collectif de soutiens. Comment négocier avec les autorités sans exercer de pression sur elles ? Ce n’est pas aux soutiens seuls d’aller manifester”.

Finalement, à 17h30, les migrants votent en majorité pour manifester. Leurs revendications sont nombreuses : “meilleures conditions d’hébergement, hébergements pérennes, accélération des délais des procédures administratives, fin de la répression policière, …” énumère Houssam, membre du collectif “La Chapelle en lutte”.

“Je veux vivre la liberté, l’égalité et l’humanité”

S’ils sont peu nombreux – une centaine – à battre le pavé sous les rayons de soleil qui percent les nuages en cette fin d’après-midi, ils le font avec entrain. C’est en chanson qu’ils réclament “des papiers pour tous” en se dirigeant vers la place de la République, et en arabe – après l’avoir traduit en Français – qu’ils revendiquent de “vivre la liberté, l’égalité et l’humanité”.

A l’occasion de quelques pauses, rue de Belleville, dans le XXe arrondissement, Sélim exhorte avec le mégaphone les “habitants des quartiers populaires” à rejoindre le mouvement de solidarité avec les migrants.

Un peu plus loin, devant une terrasse bien garnie, un sit-in improvisé a lieu tandis que les migrants scandent “J’y suis, j’y reste, je ne partirai pas”.

Arrivés sur la place de la République, les migrants et leurs soutiens ont fait jonction avec les militants du Droit au logement (DAL) qui l’occupent depuis quinze jours pour exiger “l’arrêt des expulsion et le relogement des expulsés”. Cette grande fédération des douleurs aura-t-elle attiré l’attention des habitants et des autorités ?

Publicités

Une réponse à “Paris : les migrants manifestent après la garde à vue de trois soutiens et d’un réfugié

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s