Paris : la révolte des dames pipi menacées de licenciement

Le Parisien, 24 juillet 2015 :

Banderoles « en grève », sono à fond, chasubles rouges aux couleurs du syndicat FO par-dessus les boubous : les dames pipi sont remontées comme des coucous. Ce vendredi, elles manifestaient au pied du Sacré-Coeur (XVIIIe), à côté d’un des sites dont elles s’occupaient.

« On nous a jetées comme des serpillières », se lamente Gabrielle, 62 ans, dont 29 ans à nettoyer des toilettes publiques de la Ville de Paris.

« On est trop vieilles pour le nouveau prestataire, pas assez instruites », poursuit-elle. La Stem, société de nettoyage qui l’employait, elle et ses onze collègues, a perdu le marché.

L’entreprise a été remplacée, à la suite d’un appel d’offres, par le néerlandais 2theloo (« Aux toilettes », en anglais). Un concurrent qui a refusé de reprendre les dames pipi. 2theloo veut conjurer « la très mauvaise réputation des toilettes à Paris », en introduisant « une nouvelle génération de WC hyper clean », « un service à l’américaine où le client est roi », avec de jeunes employées bilingues et des produits de toilette et de voyage à disposition.

La société avait déjà « fait main basse » sur les petits coins des gares parisiennes et tenté de se débarrasser de leurs dames pipi. Mais ces dernières, soutenues par les syndicats, avaient en janvier dernier occupé les toilettes de Saint-Lazare et de la gare du Nord jusqu’à obtenir, avec succès, leur réintégration, tout en conservant leur ancienneté.

En charges des toilettes publiques

Gabrielle, Dédé, Awan et les autres ont, elles, en charge les toilettes municipales situées au pied du Sacré-Coeur (XVIIIe), à Notre-Dame (Ier) et aux Champs-Elysées (VIIIe). « 1 200 € pour 35 heures, détaille Awan, avec les gens qui font partout pour nous embêter, les seringues des junkies à ramasser, les gens bourrés qui vomissent dans les lavabos… »

Chez 2theloo, on se défend. « Nous sommes prêts à rencontrer ces dames, affirme un porte-parole. Mais nous n’avons pas l’obligation de les reprendre. Nous ne sommes pas un prestataire de service. » Et d’ajouter : « Je ne comprends pas pourquoi leur ancien employeur qui compte plus d’un millier de salariés et qui sait depuis un an qu’il a perdu ce marché ne les recyclerait (sic) pas. »

Au pied du Sacré-Coeur, la révolte des dames pipi n’est pas près de retomber. « Nous avons prolongé la déclaration de manifestation auprès de la préfecture de police, indique Abbes Keddir, délégué central FO qui les soutient. On n’est pas contre cette société étrangère qui s’implante ici. Mais il y a des droits et des lois en France. Il faut qu’elle les respecte. On ne peut pas jeter ces bonnes vieilles dames qui nettoient la pisse des gens depuis 30 ans. ».

Une réponse à “Paris : la révolte des dames pipi menacées de licenciement

  1. C’est vraiment honteux de la part d’une mairie de Paris socialiste. Je vous soutiens. Avez-vous une pétition en ligne?

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