« Difret » : féminisme à l’éthiopienne

Les Nouvelles, 8 juillet 2015 :

Dans la grande tradition des films militants, Difret dénonce la condition des femmes en Ethiopie à travers l’histoire d’un procès qui a mobilisé tout le pays en 1996. Edifiant.

A 14 ans, Hirut vit dans un village à quelques heures de la capitale éthiopienne, Addis Abeba. Ce qu’elle aime, c’est aller à l’école. Mais un jour, elle est enlevée par un groupe d’hommes car l’un d’eux l’a choisie pour femme. Frappée, violée en guise de nuit de noces, elle se défend et tue son agresseur. Son acte la condamne à mort selon la tradition rurale, la même qui veut qu’un homme qui désire une enfant puisse l’enlever et la forcer à devenir sa femme.

Difret raconte le combat d’une avocate pour que la loi soit la même pour tous dans ce pays où aucune femme n’avait jamais été acquittée pour légitime défense.

L’histoire du parcours du film est au moins aussi intéressante que le film lui-même : le réalisateur, qui a fait ses études de cinéma aux Etats-Unis, s’est inspiré de la sœur d’un de ses amis, Meaza Ashenafi, pour ce personnage d’avocate pionnière des droits des femmes. Il a produit Difret avec son épouse, tous deux rivalisant de ténacité pour qu’il soit tourné non en anglais avec des acteurs plus ou moins célèbres comme certains financiers le lui ont proposé, mais en langue amharique (par ailleurs d’une belle musicalité). Et bien sûr, il a imposé des acteurs éthiopiens, comme Meron Getnet qui incarne l’avocate, héroïne d’une série devenue très populaire en Ethiopie.

Difret pourrait-il aussi faire œuvre militante dans son propre pays ? Il faudra attendre la fin d’une polémique qui a éclaté en avril dernier, menée par une jeune éthiopienne accusant les auteurs d’avoir volé son histoire et qui aurait obtenu l’interdiction de la diffusion du film en Ethiopie. Elle aurait également été dédommagée par la star Angelina Jolie, qui a adopté l’une de ses filles en Ethiopie et est devenue coproductrice du film en fin de parcours.

Même si depuis 2004, les enlèvements et les viols sont passibles de 15 ans d’emprisonnement, même si l’avocate Meaza Ashenafi a reçu le prix Nobel africain, les enlèvements perdurent. Au fait Difret, cela veut dire à la fois « courage » et « oser ».

Difret, de Zeresenay Berhane Mehari (Ethiopie, 1h39 ), avec Meron Getnet et Tizita Hagere. Produit par Haile Addis Production, distribué par Ad Vitam. Prix du public à Sundance (USA) et Berlin (section panorama), prix du jury à Valenciennes. En salles le 8 juillet 2015.

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