Bamako : Grève des ouvriers d’Ozone Mali

Malijet, 22 juin 2015 :

Des trottoirs sans ouvriers d’Ozone Mali (une entreprise nouvellement créée), des poubelles remplies d’ordures, des rues non balayées… C’est le triste constat, depuis quelques jours, dans la ville de Bamako où les ordures s’entassent sur les différents tronçons. Motif : Grève des ouvriers de la société Ozone Mali.

En quelques jours, les rues, avenus et boulevards de Bamako sont devenus méconnaissables. Et pour cause. Une grève a été déclenchée par les ouvriers d’Ozone Mali. La manifestation qui est en cours depuis plus d’une semaine, a débuté par un groupe de travailleurs au niveau des communes 5 et 6. Très vite, le mouvement s’est propagé au niveau de toutes les communes où les travailleurs ont tous arrêté le service de nettoyage.

Le mardi dernier, ces agents d’assainissement vêtus aux couleurs d’Ozone n’étaient visibles nulle part. La même situation (remarquable au niveau des quartiers de Médine, Missira, Bagadadji, Bozola, Badialan, Tomikorobougou) suffit pour apprécier toute l’ampleur d’un mouvement largement suivi. A travers ce mouvement, les ouvriers d’Ozone Mali réclamaient un mois d’arriéré de salaire (mai 2015) et dénonçaient les retards régulièrement constatés dans le paiement des salaires.

Au siège social de Ozone Mali, situé à Sotuba (Commune I), l’animation traditionnelle (à cause du va et vient des travailleurs), a laissé place à une atmosphère de morosité.

Premier constat : par petits groupes, les ouvriers causaient tranquillement à l’ombre d’un arbre.

Secundo : les engins sont immobilisés de part et d’autre de la cour. En temps normal, tous ces engins (bennes tasseuses, tracteurs, véhicules de ralliement..) font la ronde, du matin au soir, soit pour vérifier que le travail est fait, soit pour transporter les ordures vers un dépôt de transit. Mais, du fait de ce mouvement rares sont les engins ayant franchi, ces derniers jours, la porte du garage.

Certains ouvriers interrogés ne cachent pas leur déception. Ils ont accouru vers cette société pour avoir un emploi stable et digne. Voilà qu’ils découvrent des pratiques qui ne sont pas de nature à les motiver. Pour beaucoup d’entre eux, il faut craindre une amplification du mouvement.

Nous avons rencontré des ouvriers dont A. C. Qui est un agent de balayage en commune III. Outre le retard du salaire, le jeune dénonce les coupures fréquemment opérées sur leurs salaires. «Lors de cette manifestation, certains de nos camarades ont été arrêtés pour avoir déversé sur la chaussée les ordures en guise de protestation. Mais, jusque-là, cela s’est produit seulement dans deux communes. Si on ne nous prend pas au sérieux, dans quelques jours, c’est dans toutes les communes du district que des tonnes de déchets vont être déversées… », confie-t-il.

G Traoré, un autre manœuvre pointe, lui, un doigt accusateur vers les autorités. Selon lui, au départ, ils avaient mis en cause les Marocains, mais lors d’une rencontre qu’ils ont eu avec les responsables d’Ozone, ceux-ci ont fait comprendre que la faute ne leur incombe nullement, et qu’il faut plutôt voir du côté des autorités maliennes. «On doit nous respecter. Car, tout comme les forces de sécurité, de par notre métier, on peut dire que nous participons aussi à la sécurité des populations», lance D. S., un 3è agent.

Au lancement du projet, Ozone Mali s’était engagée à payer les agents pendant une certaine période. C’est ensuite à la partie malienne de prendre le relai. Aujourd’hui, tout porte à croire que c’est la gestion de cette transition qui pose des soucis.

A la direction d’Ozone Mali, l’on reconnaît l’existence d’un mouvement d’humeur, mais non d’une grève. Selon notre compatriote, Daouda Sogoba, Directeur général adjoint d’Ozone, pour parler de grève, il faut au préalable le dépôt d’un préavis de grève. « C’est ce que disent les textes», tient-il à préciser. Pour notre interlocuteur, ce qui passe ces derniers jours avec les ouvriers, n’est qu’une simple manifestation d’humeur et qui, ajoute-t-il, peut se comprendre.

Toutefois, il trouve inopportune une telle action, qui intervient au moment où la direction de la société, est à pied d’œuvre pour régler le problème. Le motif de frustration, indique-t-il, est le retard accusé par les salaires du mois de mai. Pour le Dga, dans leur protestation, les agents accusent aussi l’Etat, « mais à tort » Selon lui, le gouvernement n’est pas indifférent au problème. C’est dans ce cadre que l’Etat vient d’adopter, en conseil des ministres, un budget de 3 milliards de FCFA au profit de la capitale. Cette manne financière, explique notre interlocuteur, permettra à la mairie du district d’honorer ses engagements vis-à-vis de la société.

Sanctions (sévères) contre les frondeurs

A la direction d’Ozone Mali, on trouve excessive certaines actions posées lors de ces journées de protestation (agitation ?). Le mouvement a débuté par les communes V et VI avant de se propager au niveau des autres communes de la capitale. «Un petit groupe a décidé de ne pas travailler, réclamant le salaire du mois de mai, en retard. Je ne leur en veux nullement. C’est leur droit. Le problème, c’est qu’ils n’avaient pas à empêcher ceux qui voulaient travailler, de le faire», a fustigé la 2è personnalité de la structure. Selon lui, lors de la manifestation, certains se sont permis de déverser des ordures sur la grande voie. «Ils ne se sont pas arrêtés là ; ils ont, par endroit, saisi puis détruit du matériel de travail dont des balais et des caisses. Suite à ces comportements excessifs, la direction a sollicité l’intervention de la police».

Pour notre interlocuteur, suite à cette descente policière certains meneurs ont été interpellés. Au niveau de la direction, les jours non travaillés seront comptabilisés et déduits du salaire. Pour le DGA, il est clair que les travailleurs qui se sont rendus solidaires de ce groupe d’activistes, subiront les conséquences de leur acte, en fin de mois au moment de la perception des salaires. «Il sera fait une stricte application de la législation qui dit que tous les jours non travaillés ne sont pas dus.

J’ai encore la latitude de prendre d’autres sanctions ; mais, en tant que Malien, je n’irai pas jusque-là. Je vais me limiter aux seules sanctions pécuniaires qui me paraissent déjà suffisantes», affirme M. Sogoba. C’est contre les frondeurs, les meneurs de cette action de sabotage, que la direction entend réserver les plus lourdes sanctions, pouvant aller jusqu’au licenciement. «Tous ceux qui ont été pris dans le fait par la police, seront licenciés», a précisé le directeur général adjoint d’Ozone Mali.

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