Sambre et Meuse, trois mois après: «Tant qu’il y a de l’espoir, on reste»

11/06/2015, la Voix du Nord

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Depuis trois mois, les métallos occupent Sambre et Meuse. En attendant une éventuelle reprise. Photo Sami Belloumi<br />
VDN
Depuis trois mois, les métallos occupent Sambre et Meuse. En attendant une éventuelle reprise.

Quatre-vingt-dix jours. La semaine prochaine, les Sambre et Meuse fêteront un triste anniversaire, celui de la liquidation de leur entreprise. Si des espoirs renaissent, au sein de l’usine, la poignée de métallos encore présente continue de ne rien lâcher. Pour «leur» entreprise.

Ce jeudi, 10 h 30. Devant la porte d’entrée de l’usine, quelques banderoles, tags, restes de pneus, bois et palettes incendies. Devant l’ex-infirmerie, des chaises, un cendrier, et quelques visages désormais connus. Le sourire aux lèvres. L’ambiance est calme. Très calme. Trop calme ? « C’est comme ça depuis un mois, un mois et demi environ », raconte Ahmed. Et le départ d’une partie de leurs frères de lutte. « Certains ont eu leur solde de tout compte et on ne les a plus revus », lance le quadra.

Amer le bonhomme. Déçu, il le dit. Mais « pas rancunier, ni en colère ». « Si on en veut à quelqu’un, c’est à l’État, c’est lui qui nous a oubliés. » Avec ses copains de galère, il comprend, évidemment, ceux qui, après deux mois de lutte « ont baissé les bras ». « On ne peut pas leur en vouloir, chacun fait comme il le peut », apaise Pascal. Entre ceux-là, une nouvelle amitié s’est créée. « Il y a trois mois, j’aurai jamais cru qu’il allait tenir aussi longtemps », s’amuse Ahmed, à l’endroit de Fabrice, qui vient chaque jour en scooter de Berlaimont. « On est étonné, ceux qui paraissaient les plus forts sont partis, d’autres, auxquels on croyait moins, sont toujours là. »

À voir cette bande de potes se raconter les petits tracas, se taper dans le dos, rire, boire le café, jouer à la belote, on imagine aisément ce nouveau quotidien. « Ici, c’est rendez-vous 9 heures tous les jours. Philippe et Alain font le café, ils remplissent les thermos, et refont deux cafetières. Et puis on arrive, et on le boit ensemble », raconte Baddar.

Tiens, voilà justement Philippe « le cuistot ». Il revient de son tour d’usine. Depuis trois mois, avec Alain et Jean-Marc, c’est lui qui s’occupe des grillades, petits plats, et qui est aux fourneaux. « Ici seulement, chez moi, c’est ma femme, s’amuse-t-il. On fait avec ce qu’on a. Mais là, c’est tout, on n’a plus d’argent. Je ne fais plus la cuisine. »

« Christine, notre mascotte »

Fini le temps où riverains, entreprises et élus rendaient visite aux ouvriers, souvent accompagnés de vivres, clopes, boissons pour « tenir ». De la réserve accumulée, il ne reste quasiment plus rien. Le fonds de soutien de l’Agglo ? « Pas de nouvelles », assure Baddar. Mais les métallos l’assurent : « On tient, ça va, il y a le CSP, et d’autres ont le chômage. Pour le moment, on vit normalement. » Sauf un irréductible soutien perdure : « Christine, notre mascotte. » La Longuevilloise vient chaque week-end apporter des gâteaux aux Finésiens. « Parfois du tabac, des filtres. Elle peut nous demander ce qu’elle veut, on sera toujours là. Elle est géniale », sourit Ahmed.

Pas amer non plus Philippe. Juste réaliste. Depuis une semaine, ses copains et lui ferment les portes de l’usine le soir. Un peu à regret. Oubliés les matelas, la veille de nuit. La vingtaine de métallos assure désormais la présence le matin. « Mais le midi, on rentre chez nous en général. » Parce qu’il y a la famille, l’autre. Les rendez-vous à Pôle emploi pour certains. Même si ici, tous refusent de bosser ailleurs. Car même s’ils se disent beaucoup déçus des avancées, des « fausses promesses », tous l’assurent : « Ça fait quatre ans et demi que je travaille à Sambre et Meuse. J’ai bossé partout, à la chaîne. Il n’y a qu’ici que je me sens bien. On est traité en êtres humains. » Lâcher demain ? « Tant qu’il y a de l’espoir, on reste, on ne lâche rien. C’est ça qui résume ces 90 jours. »

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