Révolte en Amérique centrale contre les dirigeants corrompus

24 Matins, 6 juin 2015 :

Ces dernières semaines de nombreux dirigeants ou ex-dirigeants des pays d’Amérique centrale sont rattrapés par des affaires de corruption. La population qui vit dans la pauvreté et la violence se mobilise et organise des manifestations un peu partout.

Marche le 5 juin 2015 dans les rues de Tegucigalpa (Honduras) pour réclamer la démission du président.

Le fléau de la violence n’est pas le seul à frapper l’Amérique centrale où de nombreux dirigeants ou ex-dirigeants sont actuellement visés par des accusations de corruption à grande échelle, conduisant certains d’entre eux en prison et provoquant des mobilisations citoyennes inédites.

« Nous observons que la population est un peu lassée, écœurée, indignée par la corruption. Les gens ont connaissance de nombreux actes de corruption et les dénoncent, anonymement ou non, et les affaires sortent » au grand jour, explique à l’AFP Carlos Gasnell, responsable de l’ONG Transparency International au Panama.

Manifestation à Tegucigalpa le 3 juin 2015

Au Guatemala, la colère populaire a fait chuter début mai la vice-présidente Roxana Baldetti, éclaboussée par une affaire de fraudes aux droits de douanes impliquant son ex-secrétaire personnel, Juan Carlos Monzon, actuellement en fuite.

Ces derniers jours, le pays a connu une série de manifestations pacifiques inédites. Marches et barrages routiers ont mobilisé des indiens, des paysans, des travailleurs, des étudiants et de nombreux citoyens urbains exigeant la démission du président Otto Pérez (droite).

« Nous demandons qu’on enquête sur les grands fraudeurs (aux impôts) », clamaient encore des pancartes brandies vendredi par des manifestants à Guatemala Ciudad.

« Nous les Guatémaltèques, nous avons été excessivement permissifs face à la plaie purulente de la corruption. Désormais, nous sommes convaincus qu’il faut y mettre un terme », renchérit l’analyste politique Luis Linares.

Au Honduras, pays champion du monde du nombre d’homicides, selon l’ONU, le président Juan Orlando Hernandez affronte une vindicte populaire alimentée par la révélation de détournements de fonds au détriment de la Sécurité sociale et au bénéfice de son parti.

Il a dû admettre que son Parti national (PN, droite) a reçu 136.000 dollars de cet organisme ayant servi à financer sa campagne présidentielle en 2013. Ses adversaires affirment qu’il a même reçu 90 millions de dollars de la Sécurité sociale !

Mais Hernandez comme Pérez ont tous deux écarté toute éventualité de démission, s’affirmant étrangers à ces faits, malgré la pression populaire dans les rues.

« Je n’ai rien à voir avec ça (les détournements au sein de la Sécurité sociale) », a assuré devant la presse le président Hernandez, dont le mandat s’achève en 2018.

Pour le sociologue hondurien Marvin Barahona, l’équation est simple : « Cette reconnaissance (des faits) par le président vient seulement confirmer ce que la société civile répète depuis des années, que le Honduras vit sous un régime d’impunité » pour les corrompus et que « les riches volent les pauvres ».

Mais ce cancer touche également les autres pays de l’isthme centre-américain, qui se distingue également par de forts taux de pauvreté en plus d’indices de criminalité records.

L’ancien président du Salvador Francisco Flores (1994-2004) est par exemple sous le coup d’une enquête portant sur le détournement de 10 millions de dollars versés par le gouvernement de Taïwan.

Plus emblématique encore, l’ex-président conservateur du Panama, le millionnaire Ricardo Martinelli (2009-2014), a quitté le pays en début d’année, accusé d’avoir ordonné des surfacturations au détriment d’un programme d’aide sociale.

La liste de ses proches et anciens ministres interpellés et incarcérés ne cessent de s’allonger, mis en cause dans toute une série de scandales financiers.

Dernier en date, l’ancien ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Oscar Osorio, a été placé en détention dans la nuit de jeudi à vendredi, dans l’enquête sur un projet de système d’irrigation qui n’a jamais vu le jour mais pour lequel une entreprise équatorienne a touché 37 millions de dollars.

Pour Carlos Gasnell, la multiplication des révélations de ces agissements reflète la difficulté grandissante à les occulter dans une monde où l’accès à l’information se développe.

« Depuis les années 2000, il y a des lois d’accès à l’information dans la majorité des pays. Avec les réseaux sociaux, au final, tout se sait et il est très difficile de cacher ce qui est évident », explique-t-il.

Pourtant, le chemin est encore long. Le dernier classement mondial de Transparency International sur la perception de la corruption place le Honduras au 126e rang sur 175 pays, le Guatemala au 115e, le Panama au 94e et le Salvador au 80e.

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