Bridgestone Béthune : la grève est déclarée

Nord Eclair, 28 mai 2015 :

Négociations salariales mouvementées sur le site béthunois. Mercredi, les syndicats (CFTC, CGT, Sud et CFE-CGC) quittaient la table, et la CFTC, majoritaire et d’ordinaire très modérée, lançait la grève, bientôt suivie par Sud… Une nouvelle réunion a été programmée ce vendredi matin en urgence par la direction.

Le problème ? Les salaires gelés depuis 2010. Et c’est donc avec deux impératifs que les syndicats sont arrivés aux négociations il y a quelques semaines : obtenir une augmentation des salaires de 2,5 % et la revalorisation des heures le dimanche. Après deux réunions infructueuses, une dernière avait lieu mercredi matin. Et ? Les syndicats ont quitté la salle. Pourtant, la direction, qui rabâche que le site n’est pas compétitif, n’était pas venue les mains vides : 450 euros de prime (bruts) en juin et une prime de 35 euros mensuels de juillet à décembre liée à des objectifs de qualité.

« Pour un oui pour un non »

Mais, c’est sur le principe des primes que ça coince. Éric Brasme (Sud) : « L’an prochain, on n’aura plus rien ou alors il faudra encore négocier. Alors qu‘une augmentation, c’est définitif. Y’a que ça des primes ici, les gens en ont marre, ils veulent du solide ! »

David Vincent (CFTC, majoritaire) : « On a déjà fait beaucoup d’efforts. Et si on ramène ça à quatre ans sans augmentation, 450 euros, sur 48 mois, ça fait pas grand-chose. Et puis, les primes sont toujours liées à une condition. Ça tombe ou pas sans prévenir. »

Même son de cloche à la CGT où David Deltour conclut : « Les primes, pour un oui ou pour un non, on les aura pas. Et sur le travail du dimanche (ci-dessous), ils ne veulent rien entendre, alors que les mecs qui font le dimanche, avec vingt ans de boîte, ils plafonnent à 1 700 euros bruts ! »

Et contre toute attente, c’est la CFTC, en général assez consensuelle, qui a dégainé la première le piquet de grève, en lançant, dès mercredi, une grève de nuit et des week-ends. Pourquoi ce changement de braquet ? « On est resté calme pendant quatre ans, reprend David Vincent. Pour laisser le temps à la nouvelle direction de s’installer. Mais rien ne bouge. On va dans le mur . Au-delà des salaires, on dit que ça suffit, qu’il faut une nouvelle politique de production (ci-dessous). » Pourquoi faire grève la nuit et les week-ends ? « On ne voulait pas mettre l’usine à l’arrêt. Et les salariés ont déjà des fins de mois difficiles. Là, ils pourront faire grève deux ou trois heures selon leurs moyens. » Sud aussi a lancé un mouvement, les vendredis, samedis et dimanches, avec cette conviction : « Les gens ne sont pas bien. S’ils (la direction) ne font pas le geste, ils auront du mal à remonter le site, question de motivation. »

Une surprise ne venant jamais seule, la CGT, toujours prompte à sortir les banderoles, décidait de laisser passer le week-end. Les cégétistes, qui la semaine dernière, organisaient un coup de force en amont des négociations « pour mettre la pression », avaient prévu un rassemblement lundi matin. Mais ça, c’était avant que la direction, qui considérait pourtant que les syndicats avaient rompu les négociations, ne convoque une nouvelle réunion ce vendredi matin.

Des arguments des deux côtés

Impossible de joindre le nouveau DRH, Franck Chiezal, qui a succédé à Gilles Feuvrier, le manager de transition, qui lui-même avait succédé à Roger Dubus, licencié à l’été 2014. Mais la direction a fait savoir à l’issue de la réunion de mercredi que « tout mouvement qui pourrait impacter la production et l’image de l’entreprise rendra les propositions caduques ». Cette grève est donc un coup de poker pour les syndicats, d’autant que lors des premières rencontres, la direction répétait qu’elle ne disposait d’aucune enveloppe. C’est ce qui avait entraîné la grogne de vendredi dernier, à l’appel de la CGT. Objectif : mettre un coup de pression pour sortir de l’impasse. « Et ça a marché, indique David Deltour, CGT. Soi-disant, ils avaient pas d’enveloppe, et finalement ils sortent des primes ! »

Mais les syndicats refusent les primes. Et la direction, l’augmentation. Question de compétitivité. Mis en concurrence à l’intérieur du groupe avec les autres sites européens, les Béthunois sont à la traîne. Les Italiens, pour sauver leur site, ont accepté de baisser leurs salaires ; les Espagnols ont boosté leur production et fait des sacrifices. Et à Béthune ? La productivité est en berne. « On a des machines obsolètes et on nous demande de la haute performance, explique David Vincent (CFTC). On est régulièrement en panne. » Ajoutez à cela que le groupe investit en Pologne et au Vietnam. « C’est vrai qu’avec un ouvrier français, on paie trois Polonais, compare Éric Brasme (Sud). Mais nous on est en France, c’est pas de notre faute. On n’a pas les mêmes loyers, les mêmes factures… faut bien qu’on vive ! »

Des arguments que les syndicats tenteront une nouvelle fois de faire valoir ce vendredi matin.

En chiffres

Les anciens sont unanimes : Bridgestone, c’est plus ce que c’était. « Avant, on nous enviait… Maintenant, certains salaires sont si bas qu’il y a des gens qui continuent de percevoir leur RSA… » expliquait un cégétiste lors du rassemblement de la semaine dernière. David Vincent, de la CFTC confirme, « La preuve, c’est que les gens démissionnent. Ça ne serait jamais arrivé avant. »La dernière augmentation de salaire date de 2010 : 0,3 %, soit 4,5 € pour un salaire mensuel de 1 500 euros. Les salariés qui travaillent le dimanche ont une majoration de 25 %. Les syndicats demandent 50 %.

En 1995, 1 450 salariés sortaient 30 000 pneus par jour. Actuellement, 14 500 pneus sont produits avec un peu plus de 1 000 salariés.

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