Huit semaines de grève chez Appel 24 : et maintenant ?

Essonne Info, 6 mai 2015 :

Les tentatives de médiation ont échoué, d’autres employées sont arrivées… Chaque jour, la lueur d’espoir s’éteint un peu plus pour les onze salariées d’Appel 24. Depuis huit semaines consécutives maintenant, ces télésecrétaires de la société d’appel pour médecins et laboratoires médicaux, dont le siège se trouve au coeur d’Evry, ont arrêté le travail.

Ce mercredi matin, à 7 heures, il y a déjà un peu de monde devant la porte d’entrée du 48, boulevard des Coquibus à Evry-centre. Les visages sont déterminés, mais l’ambiance est chaleureuse. Depuis une semaine, la situation n’avançant pas, les salariées ont décidé de durcir le ton et la tension est encore montée d’un cran entre elles et leur employeur, Alain Karadjian. Chaque matin, le rituel est le même : les secrétaires d’Appel 24 bloquent le passage à leurs collègues non-grévistes, les empêchant de se rendre à leur poste – au moins jusqu’à ce que la police arrive, appelée par le gérant. Des méthodes qui semblent montrer que tout dialogue est désormais rompu. L’arrivée d’une collègue non-gréviste, qui doit user de ruse pour monter dans les locaux d’Appel 24, ravive les tensions. La police nationale, qui arrive à deux voitures, est vite sur place. Et le ton monte, augmentant un peu plus la confusion.

« Un coup de force » pour la CGT, seul syndicat à soutenir la grève d’Appel 24, qui dénonce le fait que le patron « a obtenu le concours bienveillant et immédiat des forces de l’ordre pour déloger les grévistes ». La situation semble plus que jamais paralysée.

Les revendications, elles, n’ont pas beaucoup changé depuis deux mois : « On demande toujours des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail », explique Aminata, l’une des salariées en grève depuis le début. Après l’embauche en CDI de nouveaux employés depuis que le mouvement social a commencé, la colère s’est amplifiée. Il y a un mois, le gérant justifiait ces embauches en expliquant qu’elles étaient prévues depuis longue date, bien avant que la grève n’ait commencé ; mais qu’il ne pouvait augmenter les salaires, « la période actuelle n’étant pas faste pour l’entreprise ». Jean-Louis Betoux, secrétaire de la CGT locale, précise qu’il s’agit de pratiques illégales, d’une « atteinte au droit de grève ». « Il peut embaucher mais il ne peut pas augmenter les salaires : ce n’est pas logique », accuse-t-il.

« Elles refusent que je les reçoive »

« Aucune salariée ne veut discuter, et elles refusent que je les reçoive », déplore Alain Karadjian. Malgré les interventions répétées de la police, il parle même d’« actes volontaires de violence, qui ont conduit à des arrêts de travail ».

« Ça se fait sans violence et ça se passe bien, réfute quant à lui Jean-Louis Betoux. Effectivement, certaines salariées se sont mises en arrêt, mais c’est à cause des méthodes de travail du patron. » Contacté, le poste de police d’Evry confirme aussi « qu’aucune violence ni infraction n’a été constatée, malgré des appels répétés au 17. Il faudrait maintenant qu’ils arrêtent d’appeler la police. »

L’amertume vient aussi du fait « qu’aucune aide ne vient des autres syndicats ni des élus de la ville », regrette Jean-Louis Betoux. Même si côté partis politiques, des membres du Front de gauche et du PCF ont communiqué leur soutien aux revendications des salariées. Certains d’entre eux sont présents d’ailleurs ce matin là, aux côtés du piquet de grève. Par ailleurs, une chaîne de solidarité financière s’est mise en place pour les salariées, autour notamment de la Maison du monde d’Evry. Elles reçoivent chèques et repas de la part de quelques donateurs.

Prochaine étape : la justice ?

« Pour l’instant, on continue le mouvement. Nous allons peut-être déposer une plainte en référé pour atteinte au droit de grève, explique Jean-Louis Betoux. Alain Karadjian, lui, parle d’un recours en justice suite aux « violences » qui auraient eu lieu sur des non-grévistes. « On n’a pas le droit d’empêcher les gens de travailler », ajoute-t-il.

Et chez Appel 24, à quoi pourrait ressembler la suite ? C’est encore un peu flou. Dans les locaux de la petite société, « on se débrouille comme on peut pour faire fonctionner l’essentiel, raconte le patron. Malgré tout, on est obligé de respecter le droit de grève. »

Au moins, syndicaliste et patron sont d’accord sur un point : de toutes parts, la situation est bel et bien bloquée.

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