Grève historique du rail et radicalisation des luttes en Allemagne

Les Echos, 5 mai 2015 :

La compagnie Deutsche Bahn fait l’objet d’un mouvement social de six jours.

Du mais vu. Pendant six jours, les Allemands vont devoir se passer au moins en partie du rail, suite à un mouvement de grève du syndicat des conducteurs de train (GDL). Ce huitième arrêt de travail depuis le début des négociations , il y a dix mois, illustre la radicalisation des conflits sociaux en Allemagne, pourtant connue pour la qualité d’un dialogue social cité en exemple à l’étranger, notamment en France.

Signe de la singularité du mouvement, Angela Merkel a rompu avec la réserve que s’imposent les politiciens lors d’un conflit social. « La grève est un droit en Allemagne mais je n’en pense pas moins que ces grèves représentent un lourd fardeau pour de nombreuses personnes et de nombreuses entreprises », a déclaré la chancelière, alors que plusieurs ministres ont critiqué GDL.

Un mouvement pas isolé

Le mouvement n’est pas isolé. Dans le secteur aérien, les pilotes de Lufthansa sont régulièrement en grève depuis … 29 mois, lorsque les négociations ont commencé avec la direction. Chez Amazon , le syndicat des services Verdi multiplie les débrayages depuis deux ans pour obtenir une convention collective que la direction refuse. Alors qu’il procède à des arrêts de travail chez Deutsche Post , Verdi pourrait annoncer ce mercredi une grève illimitée dans les jardins d’enfants…

Selon les chiffres de l’Agence fédérale pour l’emploi, le nombre de jours de grèves progresse depuis quatre ans. Il a atteint 154.745 jours en 2014, contre 24.500 en 2010. « On reste très loin des niveaux de la France, mais on observe une hausse des conflits sociaux depuis le milieu des années 2000 en Allemagne, explique Heiner Dribbusch, spécialiste à l’institut de recherche de la fondation Hans-Böckler, proche des syndicats. Elle s’explique essentiellement par la fragmentation de la négociation collective ».

Un lien avec les privatisations

Une évolution liée aux mouvements de privatisation. Jusqu’en 1990, une seule convention collective régissait les conditions de travail dans la poste et les télécommunications. Aujourd’hui, dans le seul secteur de la poste, on en compte 120. C’est aussi le cas des hôpitaux publics qui ont été privatisés et éclatés en multiples sociétés. Dans le rail, la privatisation de Deutsche Bahn (DB) a réduit le nombre de fonctionnaires, qui sont interdits de grève en Allemagne.

« Parallèlement à ce mouvement, la concurrence des syndicats sectoriels s’est accentuée et a contribué à des postures plus agressives de syndicats comme Verdi, qui craint de perdre ses membres», ajoute Oliver Stettis, expert du marché du travail à l’institut de conjoncture IW Cologne, proche du patronat. Chez Deutsche Bahn, qui refuse de signer des accords différents, le syndicat de conducteurs de trains GDL cherche à prendre des membres à son rival EVG. Et vice versa.

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