Le 1er Mai 2015 en Mauritanie, au Sénégal et au Burkina Faso

RFI, 2 mai 2015 :

Au Burkina Faso, malgré le contexte de transition les syndicats ne lâchent rien

Au Burkina Faso, c’est dans un contexte particulier, post-insurrection, que les travailleurs ont commémoré vendredi 1er mai la fête du Travail. Malgré un contexte de transition où le gouvernement se dit préoccupé par les préparatifs des élections générales d’octobre prochain, les syndicats restent fidèles à leur engagement. Depuis pratiquement trois ans, les mêmes revendications parviennent au gouvernement sans obtenir de réponse et les travailleurs haussent le ton.

1 Mai à Dakar

1 Mai à Dakar (Sénégal)

Comme chaque année, les mêmes slogans ont été scandés par les travailleurs durant la marche et le meeting qui ont marqué la célébration de la fête du Travail au Burkina Faso. Les revendications demeurent les mêmes depuis pratiquement trois ans : une révision de la loi portant régime juridique applicable aux emplois et agents de la fonction publique, une diminution significative des prix du carburant et des produits de grande consommation, la suppression de l’impôt unique sur le traitement des salaires entre autres.

« Le refus de fait des autorités de la transition d’engager des mesures fortes et diligentes contre l’impunité des crimes de sang et des crimes économiques demeurent des constantes d’une situation préoccupante, s’inquiète Chrysogone Zougmoré, le vice-président de la coalition contre la vie chère. La situation est aujourd’hui encore aggravée par des coupures intempestives d’eau et d’électricité qui plongent les populations des grandes zones urbaines dans le désarroi. »

Tout en dénonçant le silence du gouvernement sur leurs revendications, Yamba Georges Koanda, président du mois de l’unité d’action syndicale a appelé les travailleurs à rester mobilisés pour la suite de la lutte. « Le mouvement syndical affirme avec force qu’il ne peut accepter que les préoccupations des travailleurs et des populations soient mises sous boisseau. Si le gouvernement ne leur accorde pas l’attention nécessaire, nous reviendrons ici et nous saurons faire ce qu’il nous restera à faire », promet Yamba Georges Koanda.

Recevant les doléances des syndicalistes, le ministre de la Fonction publique a promis que le gouvernement travaillerait à répondre « favorablement » aux préoccupations des travailleurs en tenant compte des moyens disponibles.

Mauritanie, la grève de la SNIM dans tous les esprits

En Mauritanie, ce 1er-Mai avait un goût particulier, surtout à Zouérate et à Nouadhibou au nord du pays, là où les travailleurs de la société nationale industrielle et minière (SNIM) ont fait grève pendant 63 jours. Cette grève s’est terminée il y a à peine un mois. Des négociations ont débuté mardi avec la direction de la SNIM mais les travailleurs n’ont toujours pas eu gain de cause. Naturellement, les revendications et ce mouvement sans précédent étaient vendredi au cœur du défilé à Zouérate.

Trois centrales syndicales (la CLTMN, la CGTM et la CMTM) représentant la grande majorité des travailleurs de la SNIM ont défilé ensemble vendredi à Zouérate. Une marche sans incident, au cours de laquelle, les syndicalistes ont vanté plus que jamais les bienfaits de l’unité qui a conduit à la grève historique menée par les travailleurs de la SNIM en début d’année.

Parmi les personnes qui ont pris la parole figure Ahmed Vall ould Cheibany. Il est le seul employé que la SNIM ne souhaitait pas réintégrer depuis la fin de la grève il y a un moins, mais qui finalement vient d’obtenir le droit de reprendre le travail ce lundi. L’annonce de sa réintégration cette semaine a d’ailleurs ouvert la voie à la réouverture des négociations sur les doléances des travailleurs, négociations qui étaient bloquées depuis plusieurs jours.

Les discussions ont repris mardi et mercredi dernier et doivent se poursuivre cette semaine. Pour l’heure, aucune avancée sur les augmentations de salaire, la couverture sanitaire ou encore l’attribution de logements de fonction n’a été obtenue assure un délégué des travailleurs.

S’ils ont reçu l’équivalent de deux mois de salaire, sous forme d’avance sur prime et de prêt, pour compenser les deux mois de grève, les salariés attendent disent aussi encore attendre le versement d’un troisième mois de salaire promis par le chef de l’Etat.

Sénégal : un 1er-Mai avec en toile de fond le conflit des enseignants

La crise scolaire était au centre des préoccupations au Sénégal vendredi 1er mai. Les syndicats d’enseignants déroulent depuis février dernier plusieurs plans d’action. Un accord est intervenu jeudi soir avec une partie des syndicats, mais l’incertitude plane toujours et le risque d’une année blanche n’est pas encore écarté. L’école était donc d’actualité, mais les autres revendications figuraient aussi en bonne place lors du défilé unitaire.

L’unité pour défendre l’emploi, les conditions de travail… Les doléances ne manquent pas. « C’est une fête pour tous les travailleurs, mais aujourd’hui qu’est-ce qu’on ressent ? Les travailleurs ont le cœur lourd parce que les temps sont durs », détaille cette Dakaroise. « Sincèrement, le travailleur au Sénégal n’est absolument rien. Le salaire n’est pas bon, la prise en charge non plus. Il est temps que les travailleurs vivent de leur sueur. Ce n’est pas normal », commente cet autre.

Mais cette année, c’est surtout la crise scolaire qui occupe les esprits. « Aujourd’hui, on est soulagé parce que l’accord est signé entre les enseignants et le gouvernement. Ce n’est pas encore ficelé parce qu’il y a toujours des enseignants qui disent qu’ils ne sont pas prêts à aller à l’école. Donc on espère qu’ils vont trouver un consensus », rappelle cet habitant.

« Il faut sauver l’école. C’est nos enfants. Il faut que chaque parti joue le jeu, que l’Etat puisse à partir de maintenant respecter ses engagements et que les enseignants également comprennent qu’ils ont une responsabilité par rapport à l’éducation de nos enfants dans l’intérêt du pays », souligne Mody Guiro le secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS). Comme le veut la tradition, à l’issue du défilé, les syndicats ont remis au président Macky Sall leur cahier de doléances.

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