Grève: quand les Stibus rendent visite aux Sambre et Meuse

La Voix du Nord, 10 avril 2015 :

Dans le val de Sambre, la solidarité ne fait pas grève. Ce vendredi matin, les ouvriers licenciés de Sambre et Meuse ont reçu la visite des chauffeurs de Stibus dans leur usine desaffectée. D’un côté comme de l’autre, « on ne lâche rien » et on espère créer un mouvement social de grande ampleur.

Ils ont quitté la gare routière de Maubeuge à 10 h 15, direction Sambre et Meuse. Les conducteurs de bus grévistes de Stibus ont pris place dans une dizaine de voitures, escortés par des policiers. Après un détour par le centre-ville de Feignies, ils sont arrivés, en musique, sur le site occupé depuis plus de trois semaines par leurs camarades de Sambre et Meuse. Pour les accueillir, des poignées de main et d’énormes volutes de fumée noire. Derrière un container à ordures positionné à l’entrée, des pneus brûlent à satiété. La CGT Stibus épingle une banderole revendicatrice. Les deux luttes, l’une naissante, l’autre désespérée, se rejoignent dans un même élan social.

Aurélien Motte prend la parole : « Ça me tient à coeur que les deux entreprises se rencontrent avec autant de gars, déclare le taulier de Sambre et Meuse. J’ai vu les copains d’autres boîtes qui sont prêts à arrêter. Peut-être allons-nous créer un gros mouvement. » Jean-Paul Triquet, de la CGT Stibus, lui fait écho : « On ne vous laisse pas à l’abandon, on vous soutient. » Par leur présence, mais aussi par « une contribution financière » sous forme de collecte. Chasubles orange (Sambre et Meuse) et chasubles jaune (Stibus) se régalent de café chaud, boissons gazeuses et biscuits. « Ce qu’on boit, ce qu’on mange, ça vient des dons », précise Aurélien Motte.

« Ça pue ici »

C’est l’heure de la visite. Les guides de Sambre et Meuse scindent les touristes de Stibus en deux groupes. « Suivez le patron », s’amuse Aurélien Motte. « L’usinage, c’était la partie la plus moderne de l’usine, explique l’éléctricien. On va maintenant passer du côté Germinal. Il va faire froid, vous allez voir. » Quelques pas plus loin, dans la pénombre d’une usine surannée : « Ah ouais, tu ressens bien le vent », lâche un jeune de Stibus. « Ça pue ici. Vous avez pas fourni les bottes ? » Deux fours en fusion sont inutilisables. L’électricité n’a jamais été reliée : « C’est comme si on vous livrait un bus sans les roues », illustre Baddar, l’un des chasubles orange. À la découverte des luxueux locaux rénovés de la direction, c’en est trop. Les bureaux ? Passe encore. Mais la cuisine dernier cri… Et l’escalier extérieur : « Il est en inox, n’en revient pas ce gréviste Stibus. Comme les fourchettes et les cuillers ! » Samuel compatit : « Nous, dans nos bus, on a du chauffage. Eux, ils ont le froid. » Le froid, c’était avant les licenciements.

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