Shaimaa el-Sabbagh serait morte parce qu’elle était trop « maigre »

Le Figaro Madame, 24 mars 2015 :

La poétesse et militante Shaimaa el-Sabbagh, tuée par un officier égyptien en janvier dernier, serait morte parce qu’elle était « trop mince », d’après les conclusions des médecins légistes qui l’ont autopsiée.

Le 24 janvier dernier, à la veille du 4e anniversaire de la révolution égyptienne de 2011, Shaimaa el-Sabbagh est en route pour la place Tahrir, où elle souhaite déposer une gerbe de fleurs en mémoire des quelque 800 martyrs de la révolte. La militante reçoit alors une balle dans le dos, tirée par des policiers qui voulaient « disperser les manifestants ». Elle succombe à ses blessures, comme 17 autres personnes présentes ce jour-là. Les images de la mort de cette militante de 31 ans et mère d’un enfant de 5 ans avaient provoqué l’indignation des Égyptiens et du monde entier, au point de pousser le président Abdel Fattah al-Sissi à s’exprimer. Il avait alors demandé que le responsable soit traduit en justice.

Une volonté qui risque de ne pas aboutir car, comme le rapporte le New York Times, les conclusions des médecins légistes égyptiens ne mettent pas en cause le tir du policier mais la minceur de la jeune femme. « Shaimaa el-Sabbagh, selon les données scientifiques, n’aurait pas dû mourir », a expliqué samedi le porte-parole du service de médecine légale, Hisham Abdel Hamid, au cours d’une interview télévisée. « C’est un cas très rare. Elle était très mince, elle n’avait pas du tout de gras », ajoute-t-il. Pour lui, les petits éclats de chevrotine ont pénétré facilement et ont pu atteindre le cœur et les poumons ; ce sont eux qui ont causé sa mort. Une personne plus épaisse ne serait pas morte, a ajouté, en substance, le porte-parole.

Face à ces conclusions, les ONG se sont insurgées. Sarah Leah Whitson, de Human Rights Watch, n’en est pas revenue. « Ces affirmations ridicules ne font que s’ajouter au cycle sans fin de l’mpunité et des violences policières », a-t-elle expliqué, en reprenant les termes du porte-parole du service de médecine légale, qui se réjouissait qu’un autre homme ait eu la vie sauve grâce à une couche plus épaisse de gras.

Pour l’heure, un officier a été inculpé. Il ne sera jugé ni pour meurtre ni pour homicide involontaire, mais pour avoir infligé des coups et blessures ayant entraîné la mort et pour avoir délibérément blessé d’autres manifestants. C’est néanmoins la première fois qu’un officier est jugé pour la mort d’un civil lors d’une manifestation.

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