Vague d’indignation en Turquie après le viol et le meurtre d’une étudiante

Le Monde, 16 février 2015 :

Son nom est devenu le symbole de la colère qui monte en Turquie. Ozgecan Aslan, étudiante de 20 ans a été retrouvée morte vendredi 13 février, dans une rivière de sa ville natale de Tarsus, dans le Sud du pays.

Selon le récit de la presse locale, la jeune femme a été violée puis tuée à coups de barre de fer par le chauffeur du minibus qui la ramenait de l’université à son domicile. Aidé de deux complices, dont son propre père, le violeur présumé, Ahmet Suphi Altindoken, a ensuite coupé les mains de sa victime et mis le feu à son corps pour faire disparaître toute trace d’ADN. Rapidement identifiés, les trois suspects ont été interpellés par la police et sont passés aux aveux. Ils ont été inculpés et écroués dimanche.


DES AGRESSIONS DEVENUES BANALES

Mais depuis l’enterrement vendredi de l’étudiante, des milliers de personnes, femmes et hommes confondus, ont manifesté leur indignation dans plusieurs grandes villes du pays. Lundi, ils étaient ainsi un millier à défiler à Mersin pour rendre hommage à l’étudiante, et faire de son histoire plus qu’un fait divers. A Ankara, la capitale, 3 000 avocats, qui défilaient pour dénoncer un projet de loi controversé renforçant les pouvoirs de la police, lui ont aussi rendu hommage en brandissant des photos de la jeune femme.

Les associations féministes – selon lesquelles les meurtres de femmes ont nettement augmenté ces dix dernières années pour atteindre près de 300 cas en 2014 – ont appelé les Turques à porter le deuil et les réseaux sociaux débordent de messages de révolte exhortant les victimes à sortir du silence regroupés sous le mot-clé « #sendeanlat » (« toi aussi raconte » en turc).

L’AKP ET LE PRÉSIDENT MONTRÉS DU DOIGT

Les manifestations d’indignation ont également pris un tour très politique. Le régime islamo-conservateur du Parti de la justice et du développement (AKP), qui règne sur le pays depuis 2002, est accusé de fermer les yeux sur la recrudescence des violences faites aux femmes. Le chef du principal parti d’opposition a ainsi attribué la hausse des violences faites aux femmes à la « morale » et la « mentalité » religieuses de l’AKP.

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