Calais : Les travailleurs de Tioxide en grève contre les licenciement

Nord Littoral, 13 février 2015 :

Certains avaient anticipé le pire le matin même : « J’avais mis ma couverture dans le coffre pour pouvoir passer la nuit sur le site », avouait hier Emmanuel Triplet, délégué du personnel UNSA. Les salariés et représentants syndicaux arrivent sur le site de Tioxide aux environs de 7h30. La réunion du comité d’entreprise exceptionnel démarre un peu avant 8h.

Dès 8h30, la décision des dirigeants du groupe Tioxide est connue : « Huntsman prévoit de réduire sa capacité de production en dioxyde de titane en Europe. Plus de 100 emplois seraient maintenus sur le site de Calais ». Des bâtiments de Tioxide, seul le C, dit bâtiment blanc, sera opérationnel. « Il comprend une décharge calcinateur destinée à accueillir les autres produits du site du groupe pour fabriquer des pigments et des produits. Cela fait cinq postes par équipe pour cinq équipes en rotation. Cela fait 25 personnes, nous sommes loin des cent personnes », informe Philippe Lyoen, délégué syndical CGT de Tioxide.

Un scénario que Thierry Ségard, secrétaire du comité d’entreprise, membre du conseil européen de Tioxide et syndicaliste UNSA, pressentait depuis quelques jours. Et qui est plus vicieux qu’une fermeture définitive du site : « J’aurais préféré qu’on nous annonce qu’on arrête tout. Là, on continue juste à assurer la transition et l’apprentissage du TR52 aux Chinois avant de mettre l’usine sous clé définitivement d’ici six mois à deux ans. En gros, on nous laissera tomber après nous avoir pressés comme des citrons. C’est détestable comme méthode ».

Dès l’annonce de la nouvelle, les syndicalistes UNSA, majoritaires au sein de Tioxide, et ceux de la CGT ont empilé les palettes et interdit toute entrée sur le site. Ils accrochent deux grandes banderoles sur leur barrage de fortune. Pendant ce temps, les quelque 260 salariés sont conviés à entendre de la part de la direction du site la mauvaise nouvelle.

Vers 10h30, les salariés commencent à se rendre devant l’entrée de l’usine. Les camions et véhicules des sous-traitants quittent les lieux. Quelques personnes amènent des bidons pour y allumer un feu. Un campement de fortune commence à s’établir.

Aucun doute : la grève générale est décrétée : « Nous avons arrêté toute production dès 8h30, informe Thierry Ségard. Seule une équipe s’est occupée de l’unité chimique qui est plus longue à s’arrêter pour des raisons environnementales ». Emmanuel Triplet évoque déjà l’avenir : « Nous saurons être solidaires. La direction du groupe a su nous dire que nous étions tous sur le même bateau, nous quitterons donc ensemble ce bateau. Soit tout le monde reste ou tout le monde part. Comme la direction ne veut plus de monde, elle fera venir des salariés chinois sur le site pour continuer le travail ».

Six mois d’activité « normale »

Ambiance barbecue au midi avec sandwichs et merguez. Les salariés attendent maintenant le déroulement de la séance du comité d’hygiène, sécurité et condition de travail qui a eu lieu en début d’après-midi, suivie d’une réunion des délégués syndicaux avec le comité de direction.

Vers 17 heures, Thierry Segard a livré une synthèse de ces deux réunions. La direction souhaite poursuivre l’activité du site, tel quelle, durant six mois. Un temps jugé nécessaire à l’écriture du plan de sauvegarde de l’emploi. C’est seulement après ces six mois que l’activité sera réduite au bâtiment blanc. « Personne ne se fait d’illusion » commente Thierry Segard, « la section blanc ne va pas durer pas éternellement. Mais en six mois, tout est possible, y compris voir un éventuel repreneur se manifester. En tout cas, on peut l’imaginer. Ceux qui ont racheté le TR 52 pourraient se montrer intéréssés par l’usine elle-même, ce n’est pas absurde de le penser. »

Thierry Segard s’est adresssé à ses collègues accompagné d’un psychologue, du médecin du travail et de l’inspecteur du travail. Il s’est inquiété des conséquences des licenciements à venir sur la santé psychologique des salariés : « Là, vous pouvez avoir l’impression d’aller bien parce qu’on est ici tous ensemble. Mais il y aura peut-être un moment où ça ira moins bien et il faut que vous sachiez que des gens sont là pour vous aider. »

Selon le secrétaire du comité d’entreprise, la grève devrait se poursuivre jusqu’à ce week-end. Les salariés se relaient sur le piquet de grève selon le rythme des quarts. Des lundi, Tioxide pourrait connaître un retour « à la normale » : « un redémarrage sous certaines conditions » annonce Thierry Segard, pour qui « cette première journée de grève est importante car elle nous a permis d’être vus et entendus, notamment des politiques. »

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