Les professeurs du post-obligatoire à Genève feront la grève des notes

Tribune de Genève, 6 janvier 2015 :

Les maîtres du postobligatoire se mobilisent pour que le Conseil d’Etat concrétise des mesures visant à diminuer les effectifs par classe et soutenir les élèves en difficulté.

Après un débrayage massif en décembre pour protester contre le projet de budget du Canton et ses coupes, les enseignants repassent à l’action. Avec une grève d’un autre genre: durant le mois de janvier, les professeurs du postobligatoire (collèges et écoles professionnelles entre autres) vont suspendre la remise des résultats semestriels. Ils entendent ainsi forcer l’Etat à respecter un accord signé en 2013 visant notamment à faire baisser les effectifs en classe au cycle et au postobligatoire. Les maîtres du primaire et du cycle d’orientation annonceront jeudi s’ils suivent le mouvement.

550 sur 2500 professeurs

La grève des notes a été annoncée hier par l’Union du corps enseignant secondaire genevois (UCESG), en présence de la présidente de la Fédération des associations de parents d’élèves du postobligatoire, qui lui apporte son soutien. Quelque 550 maîtres — sur 2500 — se sont déjà engagés à suivre l’action. Les notes seront transmises oralement aux élèves et aux parents, mais pas au Département de l’instruction publique (DIP). «Cela l’empêchera d’établir les bulletins scolaires, détaille Jean-Pierre Martinet, membre du bureau de l’Union. D’autre part, l’Etat ne pourra pas établir ses prévisions d’effectifs pour la rentrée prochaine, basées sur les notes de janvier.»

Mais cette action pourrait également retarder des changements de filières et des réorientations, car sans moyennes, impossible d’effectuer ces changements… D’autant plus si la grève est reconduite sur plusieurs mois. «Nous voulons limiter l’impact sur les élèves mais il faut tout de même que l’action soit significative», souligne Jean-Pierre Martinet. Quitte à pénaliser des jeunes? «Si on doit en arriver là, c’est parce que notre employeur fait fi d’engagements pris!» s’emporte Marzia Fiastri, membre du bureau. Derrière ces «engagements bafoués», un cas précis: un accord signé entre les associations professionnelles d’enseignants et le Conseil d’Etat en 2013, composé d’une série de mesures visant à garantir de meilleures conditions de travail pour les élèves et les maîtres. Or, explique l’Union, la somme nécessaire à l’application de cet accord pour la rentrée 2016 — 10 millions — ne figure dans le plan quadriennal du Conseil d’Etat. Sa concrétisation n’est donc pas garantie.

Fixer des maxima d’élèves

L’accord implique notamment la création de 30 postes pour réduire les effectifs par classe et fixe des maxima d’élèves. «Certaines classes sont surchargées, notamment à l’Ecole de commerce André Chavanne, indique Marzia Fiastri. Ailleurs, on compte des classes à 26 voire 27 élèves, au lieu des 24 recommandés.» Jean-Pierre Martinet résume: «Nous voulons préserver des effectifs par classes raisonnables et dégager du temps pour les élèves en difficulté.» L’accord inclut aussi une généralisation à tous les degrés de l’heure de maîtrise de classe afin de mieux accompagner les jeunes en difficultés et d’orienter les élèves. Ou encore un allégement de l’horaire des maîtres en fin de carrière et la récupération des heures supplémentaires.

«Mauvais traitement de la fonction publique»

Pourquoi lancer une grève maintenant? «Le contexte général est plus qu’inquiétant, répond Marzia Fiastri. Nous dénonçons le mauvais traitement de la fonction publique et les signes négatifs que nous renvoie le Canton, comme la perte de nos annuités et les coupes budgétaires.» En effet, le budget 2015 du Canton prévoit une économie de 7 millions dans la rubrique «personnel», ce qui pourrait représenter 3,5 à 4 millions en moins pour le DIP. Ces coupes se sont déjà traduites par du concret: la cheffe du Département, Anne Emery-Torracinta, a annoncé lundi aux associations professionnelles que la maturité bilingue anglais ne sera finalement pas ouverte à la rentrée 2015 au collège de Saussure et à Sismondi, tout comme le cursus bilingue allemand à Candolle.

Le DIP refuse de commenter la grève. «L’accord mentionné par l’Union concerne le Conseil d’Etat et celui-ci souhaite réserver ses réponses aux enseignants et non pas ls transmettre par l’intermédiaire des médias», rapporte Teresa Skibinska, porte-parole du DIP.

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