Gel du recrutement dans la fonction publique en Algérie : Une provocation

El Watan, 29 décembre 2014 :

L’instruction du Premier ministre, concernant le gel des recrutements dans la Fonction publique pour 2015, est qualifiée de «provocation» et de mesure «antisociale» par les syndicats autonomes de cette institution.

Les responsables des organisations syndicales s’interrogent sur le timing de cette annonce : «Pourquoi une telle décision est-elle annoncée en cette fin d’année ? A travers cette mesure, le gouvernement cherche-t-il une émeute ?» Tous les syndicats, sans exception, ne se sentent presque pas concernés par l’appel du chef de l’Exécutif pour soutenir le gouvernement en ces moments de crise. «Pourquoi fait-on appel aux travailleurs lorsqu’il y a crise et pas lorsqu’il y a de la richesse ? Le gouvernement est dans une logique de privatisation des profits de la richesse et veut, par contre, la généralisation de la misère lorsqu’il y a crise. Ce n’est pas juste», s’indignent les responsables des syndicats.

Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapest, se demande où vont partir les universitaires ayant fini leurs études l’année dernière, ceux de cette année et aussi ceux qui réclament depuis bien longtemps un emploi. Pour lui, les secteurs qui seront touchés directement par cette mesure sont l’éducation et la santé. De son côté, Meziane Meriane, président du Snapest, estime que le secteur de l’éducation ne doit pas subir cette mesure dès lors que les générations futures doivent être formées dans de bonnes conditions. «Aujourd’hui, tous les enseignants se plaignent de la surcharge des classes. Un problème qui se pose avec acuité depuis longtemps. Si l’on n’ouvre pas de postes budgétaires comme annoncé, comment pourra-t-on faire face à ce casse-tête ?», lance-t-il.

Réduire les salaires des ministres et des députés

Meziane Meriane invite Abdelmalek Sellal à réduire, dans un premier temps, pour faire face à la crise, les salaires astronomiques des hauts cadres, des ministres et des parlementaires dans le but de renflouer les caisses de l’Etat. Selon les syndicats de l’éducation, les enseignants subissent la pression de la surcharge des classes.

«La surcharge des classes est une agression mentale. Il est insensé d’avoir 60 élèves dans une classe, alors que la norme internationale est de 20 élèves. Le gouvernement s’est engagé à régler définitivement ce problème en ouvrant des postes budgétaires», rappelle Meziane Meriane, affirmant que ce n’est pas à la classe moyenne de subir les conséquences des retombées de la chute des coûts du pétrole et surtout d’une orientation politique et économique désastreuse.

Pour sa part, Idir Achour, secrétaire général du CLA, rappelle que le gouvernement s’est engagé à redresser le secteur de l’éducation en commençant par combler le déficit en matière d’encadrement et d’enseignants qui s’élève à 27 000. Cette année, explique-il, le secteur fonctionne avec 12 000 vacataires et contractuels. «Le gouvernement s’est engagé en mars dernier à recruter 12 000 enseignants, alors que l’année prochaine le secteur aura besoin de 27 000 postes budgétaires, puisque 15 000 enseignants seront à la retraite sans compter les nouveaux établissements qui seront opérationnels et auront besoin de personnel», précise Idir Achour, qui qualifie cette mesure d’«antisociale et antiéconomique».

Le syndicaliste fustige le gouvernement et se demande à qui profitent les devises acquises par le pétrole : «Ce sont les importateurs algériens qui ramènent n’importe quoi qui profitent de la devise pétrolière et non les travailleurs de la Fonction publique ! Et le deuxième consommateur de cette devise pétrolière est le FMI.» Sur le même ton, le docteur Merabet, porte-parole du syndicat des praticiens, est très critique à l’égard des politiques économiques menées par les différents gouvernements et qui sont basées uniquement sur la rente pétrolière. «Les différents gouvernements ont élaboré des plans d’action et ont fait des propositions de nouvelles mesures. Les parlementaires et l’UGTA ont applaudi ces mesures. Des milliards ont été dépensés et résultat : l’échec total. Aujourd’hui, on demande aux travailleurs de payer cet échec !», s’offusque-t-il.

Selon lui, le gel des recrutements ne résoudra nullement le problème, car cela fait plusieurs années que la Fonction publique n’a pas ouvert de postes budgétaires. «Dans le secteur de la santé, 25 000 travailleurs attendent une confirmation. Le paramédical, à lui seul, enregistre un déficit de 3 0 000 postes budgétaires. Du personnel a été recruté dans le cadre du filet social et touche un salaire de misère. Avec une telle décision, comment va-t-on répondre aux besoins des malades ?», s’interroge le Dr Merabet, invitant le gouvernement à revoir sa feuille de route.

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