Angoulême : Poussée de fièvre chez Leroy-Somer

La Charente Libre, 18 décembre 2014 :

À l’appel de la CGT, une soixantaine de salariés manifestaient mercredi à Champniers contre la baisse de leur pouvoir d’achat. En soirée, ils ont tenté de retenir le P-DG et son staff. La grève doit continuer ce jeudi et pourrait se durcir.

Pas un camion ne devrait entrer ce jeudi matin dans l’enceinte de l’usine Rabion de Leroy-Somer à Angoulême. Et la grève pourrait durer au moins jusqu’aux fêtes. À la lueur d’un brasier de palettes, une vingtaine de salariés emmenés par la CGT étaient mercredi soir déterminés à ne pas laisser tomber le mouvement «sans précédent» entamé quelques heures plus tôt devant les grilles du centre de formation du fabricant de moteurs à Champniers.

Au plus fort de la mobilisation en milieu d’après-midi, une soixantaine d’ouvriers attendaient sans illusions l’issue d’une réunion entre la direction et les organisations syndicales: CGT, FO, CFDT et CFE-CGC.

La direction s’échappe par la petite porte

«Nous espérions qu’un intéressement semestriel et une participation nous seraient accordés, résume Fabrice Jofroit, élu CGT du site de Mansle. Avant 2008, nous obtenions l’équivalent d’un treizième voire d’un quatorzième mois de salaire grâce à eux. Mais depuis, ils ne sont versés qu’en dents de scie sous forme d’avances ou pas du tout, selon les années.»

Alors mercredi en fin d’après-midi, quand la direction a annoncé qu’elle n’accorderait pas un centime d’intéressement ni de participation mais «une prime exceptionnelle de 20% des salaires bruts de novembre», la CGT et ses soutiens ont vu rouge écarlate. Au point de tenter de séquestrer le P-DG Pierre-Emmanuel Sarre, les directeurs généraux Xavier Tranchant et Guillaume deLacorde, le responsable des affaires sociales Jean-Charles Alzuyeta ainsi que le directeur des ressources humaines Jean-François Glimois.

L’équipe de direction –que nous n’avons pu joindre mercredi– a cependant pris de court les ouvriers en réussissant à s’éclipser par une petite porte.

À 19 heures, alors que le doute planait encore sur qui était véritablement à l’intérieur, seuls étaient retenus quatre cadres étrangers au mouvement. Dès que les gendarmes sont venus révéler leur identité, les grévistes les ont laissés sortir sans faire d’histoires.

«Nous n’acceptons pas la proposition injuste de la direction, tonne Éric Géraud, délégué syndical central. Nous demandons une juste répartition de cette enveloppe de 1,5 million d’euros entre les 2.092 salariés charentais.» Soit 717 euros pour tout le monde.

«On en a marre que les miséreux continuent à être les moins aidés», proteste Yannick David, délégué du personnel, ouvrier, 1.500 euros de salaire mensuel, un enfant à charge et une copine au chômage. «Alors que nos dirigeants, eux, ont de quoi vivre quatre vies.»

«Les Américains s’en mettent plein les poches», dénonce l’un de ses camarades, en référence au propriétaire de Leroy-Somer, Emerson, dont le pavillon à Champniers a été décroché par les mécontents.

«Quand les actionnaires continuent de prendre des millions, notre pouvoir d’achat a considérablement baissé. Des ouvriers ont perdu 4.000 euros par an depuis 2009», calcule, effaré, Fabrice Jofroit.

«Dans les usines, les gars sont de moins en moins motivés, de plus en plus désœuvrés. Ça ne peut plus durer», poursuit-il quand Pierre-Anthony Lascoux, secrétaire du comité central d’entreprise, pointe «une centaine de départs à la retraite non remplacés chaque année jusqu’en 2017.»

Leroy-Somer, premier employeur privé du département, a perdu 509 salariés depuis 2006. «Baisser les charges salariales, c’est devenu la priorité de la direction», se désole Fabrice Jofroit, nostalgique d’un temps pas si lointain «où on avait des primes, des récompenses: où on était considérés».

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