« L’affaire Le Paon » et la bureaucratie

Article publié par l’Initiative Communiste-Ouvrière :

Sortie dans la presse, ce que l’on peut appeler l’affaire Le Paon touche non seulement les militantes et militants CGT, mais au-delà bien des travailleuses et des travailleurs. Plus de 100.000 euros pour rénover un appartement de fonction à Vincennes, 62.000 euros pour refaire son bureau au siège de la CGT à Montreuil et une indemnité de 30.000 euros lors de son départ de l’Union Régionale CGT de Basse-Normandie pour devenir secrétaire confédéral, ces sommes ont de quoi choquer bien des ouvriers, des chômeurs et des employés, syndiqués CGT ou non.

Bien sûr, ces sommes ne sont pas excessives par rapport à ce que se mettent dans la poche les grands patrons et politiciens. Mais qu’importe ! La direction confédérale rappelle aussi qu’avec un salaire maximum de 2.300 euros, les dirigeants permanents de la CGT ont un train de vie bien moindre que ceux des autres confédération où les salaires tournent autour de 4.000 à 5.000 euros… mais là aussi que ce soit pire ailleurs ne saurait justifier les dérives au sein de la CGT !

A propos de l’appartement, plus que les sommes engagées, ce qui est révoltant c’est aussi les justifications comme celle d’Eric Lafont, ex trésorier confédéral, qui affirme : « On n’a pas osé le loger à Aubervilliers ou à Clichy. » De tels propos, tout comme des discours depuis la direction confédérale qui expliquent qu’il serait normal qu’un secrétaire général de la confédération ait un certain standing, ont de quoi écœurer bien des militantes et des militants CGT. Combien de militants, de délégués et de syndiqués CGT vivent justement à Clichy ou à Aubervilliers ? Pour les communistes, quelqu’un qui se prétend représentant des travailleurs n’a pas à avoir un niveau de vie supérieur à celui de la moyenne des travailleurs. Le principe mis en place par la Commune de Paris pour les élus, celui d’une indemnité égale au salaire ouvrier moyen, se doit d’autant plus d’être appliqué à la tête d’une centrale ouvrière.Tous les discours sur l’importance d’un certain standing pour l’appartement ou le bureau d’un dirigeant syndical au nom d’une tâche de représentation ne devraient pas avoir cours dans le mouvement ouvrier !

L’affaire ou plutôt les affaires Le Paon montrent bien ce qu’est la bureaucratie syndicale. Une couche de permanents qui fait carrière au syndicat comme d’autres dans l’entreprise et qui à force de côtoyer plus souvent les ministres et patrons que les ouvriers et employés, finissent par adopter leurs mœurs et à vouloir singer leur train de vie. Cette bureaucratie (et cela n’est pas nouveau) finit par avoir un intérêt dans le maintien du système capitaliste, intègre ses valeurs, et en échange de quelques miettes joue un rôle de conciliation dans les luttes entre les travailleurs et le capital. Lorsqu’en février 2013, Thierry Le Paon déclarait « il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat », déclaration qui va à l’inverse de ce que pensent bien des militantes et militants, il expliquait bien cette position conciliatrice de la bureaucratie.

Mais les affaires Le Paon ne doivent en aucun cas remettre en cause la nécessité, pour les travailleurs, de s’organiser collectivement. Et surtout, ces affaires ne sauraient éclabousser la grande masse des militants et adhérents CGT. La CGT est aujourd’hui la principale organisation syndicale en France et surtout la principale organisation ouvrière et celle qui regroupe le plus grand nombre de travailleurs combatifs. Partout en France, dans les usines et les services, dans leurs boîtes et leurs localités, les militants CGT mènent quotidiennement des luttes face à la toute-puissance patronale. On ne compte pas le nombre de militantes et de militants CGT licenciés pour leur activité syndicale, harcelés pour les pousser à la démission, mis au placard dans leurs entreprises,… quant il ne sont pas déférés devant les tribunaux comme à Roanne, à Caen, au Havre, à Amiens ou ailleurs pour avoir défendu les intérêts collectifs de la classe ouvrière. Rappelons aussi qu’une étude publiée en 2010 démontre que les élus CGT touchent en moyenne 20% de salaires en moins que les non-syndiqués. Et ce sont ces militantes et ces militants qui font vivre la CGT, par leurs cotisations mais aussi et surtout par l’énergie et le temps qu’ils passent à défendre les intérêts de la classe ouvrière.

Pour ces militants ouvriers, pour tous celles et tous ceux qui payent le prix fort de leur engagement syndical, les affaires Le Paon sont vécues comme coup de poignard dans le dos. Dans le contexte actuel, il n’y a que le patronat qui sortirait renforcé si ces affaires Le Paon amenaient à démoraliser et à décourager ces militants ouvriers qui sont aujourd’hui un rempart à la toute-puissance patronale.

De nombreux syndicats, UL et même la principale fédération CGT, ont d’ores et déjà demandé la démission de Le Paon. C’est la moindre des choses. Oui, Le Paon doit démissionner. Mais cela sans aucune illusion sur ce que sera la prochaine direction confédérale. Une fois que Le Paon aura quitté la direction confédérale, les problèmes de fond, ceux de la bureaucratie syndicale, seront loin d’être réglés.

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