Résolution du WPA concernant sa politique militaire

Alors que les manifestations se multiplient à travers les Etats-Unis contre le racisme et les violences policières, il nous semble intéressant de publier ici la résolution de nos camarades américains du WPA (Parti des Travailleurs en Amérique) sur sa politique militaire et la constitution de forces d’auto-défense ouvrières, résolution adoptée en septembre 2014 peu après l’assassinat de Michael Brown à Ferguson.

1. Le meurtre par la police de Michael Brown Jr. à Ferguson dans le Missouri, a ramené sur le devant de la scène le rôle joué par l’État dans la société capitaliste décadente. Les journalistes et experts politiques de chaque bord ont pesé, de par leurs publications, sur l’augmentation des violences policières dans la classe ouvrière (en particulier sur les communautés de travailleurs noirs et latinos), sur l’équipement des départements de police avec des surplus militaires, sur le développement de la culture du « flic guerrier », sur l’augmentation du niveau de méfiance et de suspicion entre les forces armées de l’état et la population, etc. Ce que nous ne sous estimons pas, de manière tout à fait compréhensible d’ailleurs, est que cette tentative d’analyse de la situation implique le rôle de l’armement domestique pour la classe ouvrière. Cette résolution ne peut qu’être la conséquence des différentes dynamiques qui ont conduit à la transformation des forces de polices au sein des États-Unis, et ce que nous écrivons plus bas ne peut être que le sommet de l’iceberg. Néanmoins, ce qui suit devrait apporter suffisamment d’information afin de justifier les conclusions portées au bas de ce document.

2. Lorsque nous parlons des changement survenus dans l’État capitaliste, – à savoir les corps armés d’hommes et de femmes, motivés par le renforcement de l’exploitation et l’oppression de classe de par l’interprétation de « la loi et l’ordre » tels que définis par leurs lois, us et coutumes – nous parlons de la façon dont cet état est « perfectionné » au fur et à mesure, en fonction des besoins des classes dominantes à leurs époques. A travers l’Histoire, nous avons vu de nombreuses périodes de « perfectionnement » de l’état capitaliste et chacune de ces périodes de transformation a immédiatement précédé un changement radical dans la situation sociale globale. Par moments, ce changement suppose un renversement par le peuple de ceux qui disposent du pouvoir (par exemple, les mouvements sociaux des années 50 et 60) ; à d’autres moments, le changement est équivalent à une frappe préventive contre la possibilité ou la menace d’un futur renversement (par exemple, le coup d’état corporatiste en 2000). Bien qu’il y ait souvent des éléments de chacun de ces scénarios lorsque les classes dominantes initient un changement, l’un ou l’autre est bien souvent prédominant. Ainsi, le « perfectionnement » de l’état capitaliste est souvent une tentative pour contrer les futurs combats avec l’armée dont il aura besoin et non celle qu’il possède.

3. Contrairement au reste du monde, autres grandes puissances incluses, les États-Unis ne peuvent pas de manière formelle ou officielle déployer leurs forces armées actives (par exemple, l’armée) comme une force de police. La loi du Posse Comitatus de 1878, passée à l’aube de la période de la fin de la Reconstruction, restreint certaines taches à la police locale et aux unités de la garde nationale. La totalité des forces militaires ne pourrait être déployée qu’uniquement en réponse à un état d’insurrection déclaré. Ce qui signifie que les autres incidents de rébellion ou de soulèvement social, comme ce que nous avons vu à Fergusson, tiennent les classes dominantes pieds et points liés, avec des options très limitées. Jusqu’ici, la Garde nationale, représentait un compromis, une solution plutôt satisfaisante, pour les exploiteurs et oppresseurs. Toutefois, avec le déploiement massif d’unités de la Garde nationale en Irak et en Afghanistan durant la dernière décennie (ainsi que dans d’autres zones de combats telles que l’ex-Yougoslavie, Haïti, et l’Amérique latine pendant les années 90) on ne peut plus compter sur ces forces pour êtres totalement disponibles lorsqu’une urgence civile point . C’est la prise de conscience de ce manque de rapport de force qui a conduit au vote de la loi qui autorise le département de la défense à fournir les polices locales et bureaux des sheriffs en équipements et surplus militaires dans tous les États-Unis. Suite aux attaques terroristes du 11 Septembre 2011, ce programme a été étendu, sous le nom de « Guerre contre la terreur », afin d’y inclure des forces de polices spécialement entraînées par les forces miliaires de ce pays et d’autres pays (le programme le plus utilisé est géré par les forces de défense israéliennes). Suite à la panique de 2008 et le début de la grande récession, le besoin d’un ersatz de milice domestique qui maintiendrait l’ordre pendant que les classes exploitantes et opprimantes imposeraient l’austérité est devenu douloureusement apparent.

4. Mais les classes dominantes n’ont pas successivement « perfectionné » leur état aveuglément. Tous comme leurs maîtres industriels et financiers, les pouvoir politiques ont créé des zones de tests pour leur activité dans les communautés pauvres, les communautés de travailleurs. Tout d’abord dans les quartiers et villes à large population de travailleurs pauvres, noirs et latinos. Les conditions que nous voyons étendues uniformément à travers les États-Unis étaient déjà présentes dans ces zones de tests il y une génération plus tôt. Des villes comme Detroit et Washington DC, et les communautés noires et latinos des plus grandes zones métropolitaines comme New-York, Chicago et Los Angeles ont des décennies d’expériences amères avec des forces policières armées jusqu’aux dents, avec un équipement militaire et agissant comme une armée pendant l’occupation coloniale. Cet assujettissement des communautés de pauvres et de la classe ouvrière a travers le pays – qui est seulement la première partie de ce que l’ont appelle déjà le « nouveau Jim Crow » [lois raciales abolies en 1964, ndt], la criminalisation de masse et l’incarcération de travailleurs noirs et latinos afin de discréditer et d’affaiblir les sections principales de la classe – est là pour diviser la classe ouvrière autours de lignes de pensées raciales et nationales, renforcer les stéréotypes racistes auprès des travailleurs blancs jusqu’à ce qu’ils ne soient plus affectés par ce régime de répression brutale.

5. Les événements de Ferguson, du meurtre de Brown à la répression de la police en passant par la rébellion populaire, n’ont pas seulement mis en lumière la cruelle réalité vécue par des grandes majorités de la classe ouvrière, ils ont permis d’exposer les conditions de la prochaine étape dans la lutte des classes aux États Unis. Ceci étant, Ferguson représentait à l’échelle microscopique ce qui sera inévitablement répété dans la classe ouvrière pauvre, les communautés noires et latinos tant qu’il y aura de la colère et de l’indignation face aux actions des forces armées de l’état capitaliste. Bien sur, les conditions sur place varieront d’un degré à l’autre, mais les éléments essentiels seront bien présents dans ces zones.

6. Le rôle du Parti ouvrier, le parti communiste-ouvrier des États Unis, dans la lutte des classe est celui de direction politique. Nous ne nous substituons pas nous-mêmes à la classe, même lorsque nos frères et sœurs ne possèdent pas la conscience de classe révolutionnaire nécessaire pour passer de l’indignation à l’organisation, de la rébellion à la révolution. Par contre, il est de notre devoir de fournir une ligne politique et de maintenir le cap dont le mouvement a besoin afin de se battre et d’obtenir ses revendications et intérêts historiques communs. Dans le même temps, alors que nous même ne sommes pas un substitut de la classe et des organisations qui découlent de la luttent des classes, nous reconnaissons le besoin de développer des sections du parti qui serviraient de centres d’organisation et d’exemple afin de montrer le type d’unités dont nos camarades travailleurs ont besoin pour réussir. Le Parti ouvrier lui même, est ce type de section, présentant un modèle d’organisation révolutionnaire politique basé sur un programme communiste que les autres travailleurs peuvent émuler et construire à mesure que la conscience révolutionnaire s’élève. Mais une organisation politique communiste de travailleurs – un parti communiste-ouvrier – n’est pas suffisante. Un mouvement universel révolutionnaire des travailleurs nécessite un grand nombre de section au sein de toutes les couches de la société. C’est pourquoi nous préconisons la formation d’ un mouvement unitaire révolutionnaire industriel, pourquoi nous avons créé la « Red Star Society » (ndt : « la Société de l’étoile rouge ») comme groupe d’entraide et de soutien, pourquoi nous avons organisé des programmes d’assistance communautaires par le passé, chacune de ces organisations étant née des besoins objectifs de la lutte des classes.

7. A ce jour, plus de 400 personnes sont assassinées par la police chaque année. Entre 2003 et 2011, plus de personnes sont mortes aux états unis des mains des flics, que de soldats à cause de l’occupation de l’Irak. Il est communément admis par les classes dominantes que toute action armée dont résulte la mort de plus de 1000 personnes est considérée comme une guerre. En se basant sur ce standard, les exploiteurs et oppresseurs ont fait la guerre aux sections pauvres de la classe ouvrière et plus particulièrement aux sections les plus opprimées, et ce depuis des années. Cependant, c’est resté une guerre à sens unique, ponctuée çà et là de rebellions anti-racistes / anti-policières relativement désorganisées et spontanées. En tant que communistes, en tant que travailleurs révolutionnaires nous battant pour la défaite de l’état capitaliste, notre absence de ce combat serait, au mieux, honteuse. Au pire, ce serait platement criminel.

8. Quand le Parti ouvrier s’est créé en 2009, nous avons hérité de la Ligue Communiste les reliquats de son Corps d’auto-défense des travailleurs (ndt : Workers’ Self-Defense Corps alias WSDC). La WSDC avait été crée à la base dans l’intention de défendre le Ligue et ses membres, ainsi que toute organisation ouvrière qui nécessiterait sa présente. Cependant, la perte du premier commandant et le changement dans la mise au point de la création du Parti a vu cette initiative suspendue indéfiniment. Et alors que certains de ses élément les plus ambitieux ont rapidement été arrêtés par le comité central du Parti (par exemple : le Class War College), le corps n’a jamais été démantelé et le Parti ne décida jamais formellement de sa dissolution. Avec du recul, on peut considérer aujourd’hui que ce fut un choix prudent. Et ce parce que l’une des leçons les plus importantes que nous devons retenir des événements à Ferguson, est que la nécessité d’une auto défense des travailleurs contre le terrorisme policier ne peut plus être considérée comme abstraite. En effet, l’idée même de « Guerre de Classe » a été démontrée comme étant tout sauf abstraite. La situation depuis quelques temps a conduit à cette conclusion. Nous ne pouvons plus ni le minimiser, ni l’ignorer.

9. C’est pour cette raison que le bureau du comité central a réorganisé et réactivé le conseil de commandement, autorisé sous condition de suivre la résolution originelle que la WSDC avait établie, afin de commencer à procéder à la création d’un nouveau bras militaire et d’agents de sécurité du Parti des Travailleurs. Comme son prédécesseur, cette nouvelle formation ne pourra être qu’une force d’auto-défense ayant pour mission de protéger le Parti, ses membres, soutiens et amis, ceux de nos frères et sœurs aux côtés de qui nous travaillons dans cette lutte de classe et toute organisation ouvrière de bonne foi qui demanderait notre aide. Cependant, contrairement à l’ancienne WSDC, cette nouvelle force d’auto-défense se voudra une corporation plus compréhensive, avec de nombreux éléments non-combattants, des éléments de soutien qui fournirait en arrière plan, un soutien aux unités de défense actives et à la construction d’une infrastructure plus efficace afin d’aider au développement des autres sections du parti, et qui éduqueraient les travailleurs sympathisants au sujet de la réalité de la lutte des classes et de l’importance d’une organisation efficace dans ce combat pour une république ouvrière. En ce sens, cette nouvelle formation serait un corps de défense, d ’éducation et de développement qui existerait dans le but « d’élever le prolétariat à un niveau de classe dominante ». Elle NE sera PAS une armée de guérilla, ou toute autre activité « faisons joujou avec des armes » aventuriste, romantique ou amateuriste. Les membres recevront un entraînement approprié, encadré par des professionnels expérimentés (par exemple : avec une expérience dans les forces armées) et à qui on inculquera les principes de discipline, le sens du service de la responsabilité personnelle, indispensables afin d’être un membre efficace de cette initiative.

10. Cette formation ne prendra pas sa forme définitive en une nuit. Cela prendra au moins deux ans afin de construire un corps et une structure de commandement suffisamment efficaces pour rendre cette organisation d’autodéfense viable. Et même là, ce sera une petite structure incomplète, qui devra continuer à mûrir. Nous n’avons aucune illusion sur ce que cela signifierait pour les membres du Parti d’accepter de participer à cet effort. Nous savons que nous serons la cible et des critiques et des provocation des classes dominantes, de leurs politiciens et état, de leurs « dirigeants communautaires » auto-suffisants, et de leurs apologistes socialistes et communistes autoproclamés. Malgré cela, nous ne mordrons pas à l’hameçon. Nous ne laisserons pas les fruits de notre travail être détournés afin d’en être les propres destructeurs. Nous maintiendrons la discipline et expliquerons patiemment pourquoi nous avons pris cette décision. Nous prenons la lutte des classes très au sérieux, et nous prenons à égale mesure notre rôle dans cette lutte. Cela peut sembler impossible à réaliser, mais nous avons su prouver par le passé que nous sommes capables d’accomplir de grandes choses si nous nous unissons autour d’une initiative et que nous y investissons sérieusement nos expériences et compétences collectives afin de réussir. On ne peut pas attendre de miracles, mais nous pouvons procéder avec un optimisme prudent, nous résoudre a faire au mieux notre travail.

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