Face aux attaques anti-ouvrières, l’exemple belge

Editorial de « Communisme-Ouvrier n°49« , bulletin de l’Initiative Communiste-Ouvrière :

En France, la situation est marquée par des attaques de plus en plus violentes de la part du gouvernement et du patronat contre la classe ouvrière. C’est bien l’ensemble des droits que les travailleurs ont arrachés pendant des décennies de lutte qui sont remis en cause.

Les déclarations de Macron et d’autres politiciens sur les 35 heures préparent des remises en cause de la durée hebdomadaire du temps de travail. Toujours concernant le temps de travail, on assiste à une offensive, d’abord dans le commerce avant de s’étendre aux autres secteurs d’activité, pour imposer le travail dominical.

Après une nouvelle convention Unedic qui réduit les droits des travailleurs intermittents, intérimaires et licenciés, c’est une véritable campagne de dénigrement des privés d’emploi qui est lancé depuis les salons gouvernementaux, campagne qui vise à imposer encore plus de contrôles et de radiations à l’encontre des travailleurs au chômage. Et ce dans un contexte où chaque jour on apprend un nouveau plan de licenciement, où tous les secteurs sont touchés par des licenciements et des suppressions de postes massifs… Répondant aux aspirations du Medef, Macron prépare déjà une nouvelle loi visant à « simplifier » les licenciements économiques, à permettre aux patrons de ne plus avoir à respecter des critères dans l’ordre des licenciements et à rendre encore plus difficile l’invalidation des plans sociaux par les tribunaux. Le patronat, lui, revendique bien sûr d’aller encore plus loin et ne d’avoir plus à justifier les licenciements… ce qui veut dire pour nous les travailleurs que nous n’aurons plus la possibilité de les contester.

A cela, et sans que la liste soit exhaustive, on peut ajouter les politiques d’austérité dans les services publics qui dégradent à la fois les conditions de travail des salariés et le service rendu à la population. Et, en plus du renforcement de la répression anti-syndicale, les attaques contre les instances de représentation des salariés (CE, DP, CHSCT…) et la volonté de mettre fin à l’élection des juges prud’homaux montrent également une volonté de remettre en cause les libertés syndicales et les autres moyens dont disposent les salariés pour contester la toute puissance patronale dans l’entreprise. Quant aux salaires, il est question de les geler pendant trois ans, ce qui entraînera une perte encore plus violente de notre pouvoir d’achat.

Face à cette situation dramatique pour la classe ouvrière, le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne se mobilise pas en tant que telle pour résister à ces attaques. Des mobilisations de secteurs de la petite-bourgeoisie (comme les avocats, les médecins ou les pharmaciens) ont plus de visibilité que celles du monde du travail, quant ce ne sont pas les réactionnaires (Manif Pour Tous par exemple) qui tentent d’apparaître comme l’opposition la plus visible au gouvernement.

Bien sûr, ici ou là, apparaissent des mobilisations intéressantes. On peut citer la lutte des travailleurs du commerce à Paris contre la généralisation du travail le dimanche. Cette mobilisation a déjà permis de faire taire la campagne médiatique orchestrée par le patronat sur le « droit de travailler le dimanche », elle est la preuve, s’il en fallait une, que non les travailleuses et les travailleurs du commerce ne veulent pas être exploité un jour de plus. Toujours à Paris, on se doit de citer les luttes qui se développent dans l’hôtellerie de luxe, secteur où il est vrai les travailleuses et travailleurs peuvent quotidiennement constater l’indécence des fortunes de la grande bourgeoisie. Ici et là, on voit aussi des luttes contre les suppressions de postes dans les hôpitaux et bureaux de poste, ou des grèves contre les plans de licenciements.

Mais pour ce qui est des luttes d’ensemble de la classe ouvrière, force est de constater que depuis la rentrée, il n’y a pas eu une seule véritable journée de mobilisation. Les journées d’action syndicales qu’a pu proposer la direction de la CGT démoralisent plus qu’elles ne mobilisent les militants, sans même parler des travailleurs du rang. Que ce soit la journée du 16 octobre sur la protection sociale, la journée de mobilisation pour les transports ou celle pour les salaires dans la fonction publique, elles ont été quasiment confidentielles et ont déjà eu du mal à mobiliser les militants. Au niveau des directions syndicales, il n’y a aucun plan, aucune stratégie pour aller vers un mouvement d’ensemble, pour élaborer une résistance un tant soit peu efficace face au rouleau compresseur des attaques patronales.

S’il y a des différences de cultures syndicales, nous avons face à cette absence de stratégie des directions syndicales, un contre-exemple, celui de la Belgique. Les syndicats n’y sont pas plus radicaux ou moins bureaucratisés qu’en France. Il n’empêche que dans ce pays, les directions syndicales proposent une stratégie qui donne envie aux militants, aux syndiqués et au-delà à l’ensemble des travailleurs de se mobiliser. Face à des attaques du gouvernement qui visent à repousser l’âge de la retraite, à remettre en cause l’indexation des salaires et à réduire les indemnités chômage, et malgré les limites des bureaucraties réformistes, la stratégie mise en place montre la force potentielle de la classe ouvrière.

La mobilisation a commencé par une grande manifestation de plus de 100.000 travailleurs à Bruxelles le 6 novembre. Elle a continué par une première vague de grèves tournantes le 24 novembre dans les provinces d’Anvers, du Luxembourg, de l’Hainaut et du Limbourg, qui ont été un succès. Quasiment tous les transports, bus et trains, étaient à l’arrêt tout comme le Port d’Anvers, 70% des magasins de Charleroi ont été fermés par la grève, dans bien des entreprises de la métallurgie ou de la chimie la production a été stoppée, et un grand nombre de zones industrielles et commerciales ainsi que des administrations ont été bloquées par des piquets de grève. Une nouvelle vague de grèves tournantes aura lieu le 1er décembre, ainsi que le lundi suivant jusqu’à une journée de grève générale prévue pour le 15 décembre.

Bien sûr, on ne sait pas alors que ces lignes sont écrites jusqu’où ira le mouvement en Belgique. Les directions syndicales finiront peut-être par négocier des queues de cerise…

Mais une seule journée de grèves tournantes a déjà bloqué bien des lieux de production et de services, et ce dans un pays qui a connu plus d’une année sans gouvernement, absence qui n’a entravé en rien la bonne marche du pays. Cela permet de rappeler la force de notre classe sociale lorsqu’elle est organisée, et la faiblesse des bourgeois et politiciens qui ne produisent aucune richesse ! Et l’exemple belge montre aussi ce que pourrait être un plan de lutte visant à mobiliser les travailleurs contre la politique anti-ouvrière.

Impossible de dire si cela marchera ou pas, mais ce qui est sûr c’est que les directions syndicales, et en particulier celle de la CGT (qui reste la principale organisation ouvrière et celle qui regroupe le plus grand nombre de travailleurs combatifs), ne cherchent même pas à aller dans cette direction. Ce serait pourtant la seule qui permettrait de faire reculer le gouvernement et le patronat ! Aux travailleurs combatifs et aux communistes de militer dans ce sens ! Car il est temps, en France comme ailleurs, de mettre un coup d’arrêt aux attaques anti-ouvrières, et ce n’est que par la mobilisation de la classe ouvrière qu’on y arrivera.

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