Onnaing: des pneus brûlent devant chez Ogura

La Voix du Nord, 21 novembre 2014 :

Le syndicat Sud l’avait annoncé, il l’a fait. Ce vendredi matin dès 7 heures, des délégués syndicaux venus de toute la région étaient venus grossir les rangs, pour soutenir leurs camarades d’Ogura à Onnaing, bien décidés à faire monter la température avant d’aller négocier une rallonge d’indemnités pour les six salariés licenciés. Des mesures qui interviennent dans un contexte économique très difficile pour la société nippone.

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L’entreprise japonaise Ogura ne va pas bien. Comme nous l’écrivions lundi, cet équipementier automobile, qui fabrique des embrayages pour les systèmes de climatisation, est sous le coup d’une procédure de sauvegarde depuis le printemps. « On fait des pertes, il fallait éviter la cessation de paiement », explique le directeur administratif et financier Alain Gouvret. Ces six mois de procédure, qui ont gelé les créances, ont été « une bouffée d’oxygène ».

Dimensionné à l’origine, pour pouvoir accueillir jusque 182 salariés, Ogura, qui était, en 1998, l’une des premières entreprises à s’implanter sur le parc d’activités de la Vallée de l’Escaut, n’est jamais parvenue à atteindre ses objectifs. « Nous avons compté au maximum 90 salariés », confie le directeur. Après les six licenciements entérinés il y a une dizaine de jours en comité d’entreprise, il n’en restera qu’une trentaine. Pour redresser la barre d’un navire en grande difficulté, la direction s’est dite contrainte à cette extrémité, précisant toutefois que parmi les six, « cinq étaient volontaires. Il n’y a eu qu’un seul licenciement sec ». On constatera toutefois qu’en un an, entre les ruptures conventionnelles et les départs volontaires, Ogura s’est ainsi séparé d’une vingtaine de personnels, quasiment tous des productifs.

Le chiffre d’affaires est tombé de 26 à 8 millions

Mais pouvait-il en être autrement ? « Fin 2012 et début 2013, nous avons perdu un gros marché pour Volkswagen, celui qui faisait tourner l’usine et représentait 60 % de notre activité, soit 8 à 9 millions d’euros », détaille Alain Gouvret. Depuis, Ogura court après de nouveaux marchés, mais « nous avons beaucoup de concurrents, asiatiques notamment », soupire le directeur. Ogura travaille à l’export pour toute l’Europe, et avait choisi Onnaing, pour sa situation de carrefour. Mais à l’heure de la mondialisation, force est de constater que cet atout de la proximité peut s’avérer insuffisant quand « la concurrence tire les prix au plus bas ». Le chiffre d’affaires qui s’élevait encore à 26 millions en 2011 va chuter à 8 millions cette année.

Dans ce contexte, la gestion d’un bâtiment surdimensionné devient problématique : « Rien qu’en taxe foncière, ça nous coûte 166 000 euros par an », précise Alain Gouvret. « Il ne faut pas être propriétaire… Si ça continue, il va falloir qu’on loue une partie de nos bâtiments, ou s’installer ailleurs comme locataire ». Comme le craint Sud, l’unité de production serait-elle menacée au profit d’un recentrage de l’activité sur la logistique ? « On a des commandes pour les deux ans à venir », répond le directeur.

Et après ? L’avenir demeure incertain pour Ogura. Pourtant, « on mouille la chemise », assure le directeur, bien décidé à reconquérir de nouveaux marchés. À cette fin, décisive s’annonce l’audience du tribunal de commerce du 15 décembre, qui décidera, ou non, la fin de la procédure de sauvegarde. « Cela rassurerait nos clients et les futurs prospects… ». Signe positif, la maison mère, au Japon, a réinjecté 3 millions : « cela permettra de régler nos fournisseurs ». Et ne pas perdre leur confiance.

Pendant ce temps-là à l’usine, des pneus ont brûlé, ce vendredi matin. Le syndicat Sud, qui avait rameuté des camarades de Renault (Maubeuge et Douai), de Bombardier (Crespin), ou encore de Faurécia (Béthune), a bloqué l’accès visiteurs durant toute la matinée, avant de lever le camp à midi. C’était juste après avoir pu discuter avec le directeur : les syndicalistes réclament deux mois d’indemnités en plus pour les six collègues licenciés. La direction se laisse une semaine pour y réfléchir. Sud se dit prêt à reconduire l’action, s’il n’obtenait pas satisfaction. « Mais on reste ouvert à la négociation… ». Affaire à suivre.

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