Forte mobilisation attendue pour la grève des profs en Seine-Saint-Denis

Le Figaro, 20 novembre 2014 :

Les enseignants sont en grève ce jeudi dans les écoles, collèges et lycées de toute la Seine-Saint Denis. À la rentrée, 450 postes étaient vacants dans les écoles primaires du département. Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Éducation nationale, a annoncé neuf mesures spécifiques de recrutement pour le 93.

Les rentrées scolaires se suivent et se ressemblent désespérément en Seine-Saint-Denis. Il manquait encore cette année 450 enseignants dans les écoles primaires du département. «Résultat, la Seine-Saint-Denis a un nombre d’élèves par classe au-dessus de la moyenne nationale (24,11 élèves contre 23,69). Seulement 1 % des élèves de moins de trois ans ont accès à l’école. Aucun poste RASED – dispositif d’aides spécialisées aux élèves en difficulté, NDLR – n’ a été rétabli depuis la suppression de 190 d’entre eux entre 2007 et 2012 (soit la moitié du contingent départemental)», déplorent conjointement les syndicats d’enseignants SNUipp et FSU du 93, qui ont appelé à une journée de grève ce jeudi 20 novembre.

Dans l’urgence, le rectorat de Créteil a dû organiser avec Pôle emploi une opération inédite de «phoning» pour recruter des contractuels. «La situation reste très tendue car le problème est global. Aujourd’hui, l’école n’a pas les moyens nécessaires pour répondre aux besoins des élèves en Seine-Saint-Denis», explique Paul Devin, inspecteur de l’Éducation nationale et secrétaire général du syndicat SNPI-FSU, qui s’attend à une «forte mobilisation» pour la grève de jeudi.

Selon lui, la situation s’aggrave d’année en année. «Depuis cinq ans, les établissements du département accueillent environ 2500 nouveaux élèves par an.» Par ailleurs, 30% des enseignants ont moins de 35 ans et, dans une profession très féminisée, «les absences pour congé maternité sont plus nombreuses qu’au niveau national». La pénurie d’enseignants est symptomatique du «manque d’attractivité» du département, s’attriste l’inspecteur. «Les conditions de travail difficiles, notamment les faibles salaires et les classes surchargées, n’incitent pas les candidatures au concours. C’est un cercle vicieux car plus l’attractivité du département est faible, moins les enseignants postulent et plus les conditions de travail sont difficiles.»

Sur le terrain, les fonctionnaires sont à bout. «On tire la sonnette d’alarme car on est au bord de la catastrophe», confie cette directrice d’école à Saint-Ouen, qui s’alarme du taux d’encadrement dans les classes. «Nous demandons de bonnes conditions de travail et, pour cela, le département a besoin de financements, de vrais enseignants, plus de moyens matériels et plus d’effectifs.»

«Plan d’urgence»

La grève risque d’être d’autant plus suivie que les parents d’élèves sont également excédés par le problème récurrent du non-remplacement des enseignants absents. «Cette situation n’est plus tenable pour les enfants, mais aussi pour les parents», estime l’association des parents d’élèves FCPE 93, qui a organisé un rassemblement le mois dernier devant l’inspection académique de Bobigny pour réclamer à l’Éducation nationale un «plan d’urgence (…) pour rassurer les familes et redonner une perspective d’avenir pour nos enfants».

En déplacement dans une école de Bondy ce mercredi, la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a dévoilé neuf mesures pour les écoles de Seine-Saint-Denis, dont la création de 500 postes supplémentaires, l’ouverture d’un concours spécifique pour le département afin d’encourager les contractuels à devenir enseignants ou encore une réorganisation des services administratifs pour renforcer leur réactivité, notamment pour affecter des remplaçants. «Sur le principe, tout ce qui peut contribuer à améliorer la situation est une bonne chose, mais ces mesures sont insuffisantes face à l’ampleur du problème», commente Paul Devin. L’inspecteur estime que le 93 aurait besoin de 1000 postes supplémentaires aujourd’hui «rien que pour revenir à une situation normale». À terme, avec l’évolution démographique, ce sont 2000 postes en plus qui devraient, selon lui, être ouverts.

Des centaines de professeurs impayés en Seine-Saint-Denis

Plusieurs dizaines de professeurs des écoles débutants et contractuels de Seine-Saint-Denis, jusqu’à 300 selon SUD, n’avaient toujours pas reçu leur salaire de septembre à la mi-octobre, soit un mois et demi après la rentrée. Les enseignants stagiaires (qui commencent à enseigner juste après avoir réussi leur concours) et contractuels ont travaillé ainsi sans être payés. Selon les syndicats, l’administration est débordée dans un département qui connaît un turnover important d’enseignants. Cinq personnes doivent traiter 1500 dossiers, soulignent-ils. La direction académique s’était engagée avant les vacances de la Toussaint à ce que des acomptes sur le salaire de septembre soient débloqués au plus vite. En attendant, les professeurs à la situation financière la plus critique ont dû se contenter de bons d’achats alimentaires.

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