Poussés à bout, les chercheurs manifestent leur colère à Paris

lefigaro.fr, 17/10/2014

REPORTAGE – Après trois semaines à parcourir la France en vélo, les chercheurs de Sciences en Marche se sont réunis ce vendredi pour dénoncer des conditions de travail intenables.

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«Ne plus chercher nuit gravement à la santé» peut-on lire sur une pancarte. Chercheurs, syndicats et étudiants se réunissent pour crier leur mal-être ce 17 octobre. En recherche, «les postes sont théoriquement renouvelés, mais sont en fait gelés par manque de moyens» explique Vincent Goulet, chercheur et enseignant. «Du coup, au lieu de passer 50% de notre temps dans l’enseignement et 50% restant dans la recherche, on se retrouve à faire 80% de pédagogie. Résultat, mon projet de recherche qui devait être mené en 6 mois a pris 3 ans…». Face à cette situation intenable, il a démissionné de son poste d’enseignant chercheur, revendiquant sa décision dans une lettre publiée sur Mediapart .

De nombreux drapeaux de la CGT (Confédération Générale du Travail) et de l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France) se mêlent aux brassards vert pomme siglés Sciences en Marche. Guillaume Bossis, coordinateur de la manifestation, se réjouit de ces soutiens. Pour lui, ces dysfonctionnements au sein de la recherche «ne se jouent pas au niveau du Secrétariat de l’Enseignement et de la Recherche, mais de celui du Premier ministre». Après la lettre envoyée à François Hollande par 660 chercheurs, il attend une rencontre avec le Président, pour «remettre les sciences au premier plan». Selon lui, 30% du budget dédié à la recherche (d’un montant de six milliards) n’est pas reversé, et la France n’atteint même pas les 3% de PIB qui devraient être réservés à la recherche depuis le traité de Lisbonne, se hissant à peine à 2,25%.

Du côté des étudiants, c’est la dégradation des conditions d’études qui est mise en avant. «Pas de place dans les amphis, qui se délabrent, voire pas de professeurs face à nous», c’est le triste constat de Paul, étudiant en M2 Affaires Publiques et militant de l’UNEF. Face à ce manque d’infrastructures, les universités tentent de réduire leurs effectifs, autre conséquence négative soulevée par Emilien, en M2 Communication Politique à Paris 1: sélection accrue, capacité d’accueil maximum instaurée ou hausse des frais d’inscriptions sont au rendez-vous. «Ce n’est pas un sujet technocrate, les étudiants ont une voix au tableau» revendique le militant de l’UNEF, qui veut «lutter contre la sélection» et «peser dans ces décisions faites sans les étudiants».

«Le seuil de douleur a été atteint»

Le cortège, peu fourni, est plutôt calme. Pourtant, les chercheurs, poussés à bout, sont plutôt remontés. «Ils ne sortent jamais dans la rue et souffrent en silence, mais là, le seuil de douleur a été atteint» décrypte Rachid El Guerjouma, président de l’Université du Mans. «Depuis plusieurs années, je vois la situation se dégrader de manière continue et grave, nous ne pouvons plus accompagner les projets, faute de moyens». Quand les pays émergents comme le Brésil et la Chine investissent massivement dans la recherche, son université est en déficit de 180 enseignants-chercheurs. «Soit on change de modèle et on privatise l’enseignement supérieur, soit on continue mais on nous donne les moyens de travailler» s’offusque-t-il.

Dans le cortège, les têtes sont plutôt grisonnantes, mais quelques jeunes blondins se mêlent à la foule. Nicolas Abraham, 24 ans, est l’un deux. Doctorant en immunologie à Cochin, il déplore le «manque de reconnaissance» dont souffrent les docteurs, ce qui limite les embauches et rend quasiment impossible les CDI. Vincent Goulet, chercheur et enseignant, n’en pense pas moins, et c’est pour lui une raison de la faible mobilisation des docteurs. Vu la rareté des postes, il observe la résignation de ses collègues embauchés «à qui l’on dit grosso modo: t’as un poste, donc tu la fermes».

Si le mouvement peine à prendre de l’ampleur, c’est que les revendications restent cantonnées au milieu de la recherche. Pourtant, «le problème n’est pas que dans la recherche mais touche aussi la santé, l’éducation… Il faudrait monter un mouvement plus large, pas centré uniquement sur la recherche», pense Guillaume Sapriel, chercheur à l’Université de Versailles. Aude, habitante du quartier, illustre ce problème de communication. Cette jeune femme à vélo regarde passer le cortège d’un air étonné: «j’habite ici, je suis assez dans l’actualité, mais je ne vois pas du tout de quoi ils parlent», avoue-t-elle. A l’évocation du manque d’investissements et de postes dans la recherche, elle soulève que «ça intéresse très peu de gens. La personne lambda n’a pas conscience des retombées de leur travail dans leur vie quotidienne».

LIRE : Pourquoi les chercheurs sont en colère

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