A propos du référendum en Ecosse

Article de Communisme-Ouvrier n°47, bulletin de l’Initiative Comuniste-Ouvrière :

Le référendum sur l’Indépendance de l’Écosse a donné « Non » vainqueur, malgré les espoirs des indépendantistes. Avec plus de 45% de « Oui », ils savent désormais qu’ils peuvent espérer gagner la prochaine fois, ce qui était loin d’être évident jusqu’ici. Et de toute façon, ils ont obtenu une autonomie encore plus large que celles dont ils disposaient auparavant. C’était un signe attendu par d’autres régions d’Europe où le séparatisme s’agite, comme on a pu le voir dans les récentes manifestations en Catalogne.

Ce qui est caractéristique de la période actuelle, c’est que ces séparatismes ne se présentent plus sous la forme antérieure des « nations opprimées », de la « lutte de libération nationale ». Certains de ces mouvements, loin de mettre en avant un contenu progressiste à l’indépendance, peuvent même être très à droite comme la Ligue du Nord en Italie. Ils ne sont pas non plus portés sur l’action armée, puisqu’ils portent leur séparatisme et/ou leur nationalisme au cœur des institutions.

Malgré le matraquage médiatique en faveur de « Non » dénoncé les dernières semaines avant la date butoir et les menaces du Royal Bank of Scotland de quitter l’Ecosse si « Oui » l’emporte, ce n’est certes pas une mauvaise chose qu’un tel référendum puisse se tenir sans menace d’intervention militaire, sans répression, quoiqu’on puisse en penser sur le fond. Avec une nouveauté inédite : le droit de vote pour les électeurs de 16 et 17 ans.

Les arguments mis en avant par les défenseurs du « Oui » et les plus répandus dans les couches ouvrières sont l’indépendance comme moyen de sauver la social-démocratie écossaise et notamment son université gratuite et son système de santé public, et l’indépendance comme l’arme contre les conservateurs britanniques accusés de comploter contre le service public et préparer la sortie de l’Europe.
Mais à coté de ces arguments là, dans bons nombres de discours rappelant ceux des nationalistes flamands, entre autres, les indépendantistes écossais se sont attachés à démontrer que non seulement l’indépendance était économiquement viable, mais qu’elle coûterait moins cher aux écossais. Leur argument majeur dans ce sens, c’est le pétrole de la Mer du Nord. Et le gouvernement britannique a répondu sur le même registre.

Malgré cette enveloppe social-démocrate et progressiste plus ou moins accentuée, ce qui caractérise surtout les mouvements indépendantistes, c‘est qu’ils sont souvent des nationalismes de régions riches et que certains se présentent comme tels, de manière assumée. La Belgique avait fourni, ces dernières années, un parfait exemple. Le discours des nationalistes flamands dit en substance : nous ne voulons pas payer pour les chômeurs wallons. Derrière les mesquineries linguistiques, le débat porte sur l’impôt et sa redistribution, sur le partage de la dette, sur les avantages financiers de l’indépendance.

Ce qui est en jeu, c’est une Europe reconfigurée par la dette publique et le chômage, les régions les plus riches cherchant à s’émanciper d’un cadre national contraignant, non parce qu’ils s’y sentent opprimés, mais pour s’épargner la peine de payer pour les plus pauvres. C’est la teneur réelle de leur programme, une forme de libéralisme nationaliste. Il est clair que celui-ci peut bénéficier d’un certain soutien ouvrier, ce qui est visible dans le référendum écossais, tout comme le nationalisme de gauche trouve dans d’autres pays le soutien d’une partie de la classe ouvrière sous la forme du rejet des politiques européennes. Dans tous les cas, cela revient à se mettre à la remorque du nationalisme d’une fraction de la bourgeoisie, plutôt que de construire l’union de la classe ouvrière en Europe.

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